Dark Places de Gilles Paquet-Brenner: critique

Publié par Guillaume Ménard le 10 avril 2015

Synopsis : 1985. Libby Day a huit ans lorsqu’elle assiste au meurtre de sa mère et de ses sœurs dans la ferme familiale. Son témoignage accablant désigne son frère Ben, alors âgé de seize ans, comme le meurtrier. 30 ans plus tard, un groupe d’enquêteurs amateurs appelé le Kill Club convainc Libby de se replonger dans le souvenir de cette nuit cauchemardesque. De nouvelles vérités vont émerger, remettant en cause son témoignage clé dans la condamnation de son frère.

 

♥♥♥♥♥

 

Dark Places - affiche

Dark Places – affiche

Six mois après la réussite exemplaire de GONE GIRL (notre critique), c’est une autre adaptation de la romancière Gillian Flynn qui voit le jour. Dark Places a bénéficié de la promotion efficace du thriller torturé de Fincher. Cependant, et ce malgré des qualités indéniables, cette nouvelle intrigue réalisée par Gilles Paquet-Brenner ne se hisse pas à la hauteur de son prédécesseur. Capable du meilleur (ELLE S’APPELAIT SARAH – notre critique) comme du pire (Gomez et Tavarez), le cinéaste français bénéficiait pourtant ici d’une histoire puissante et d’un casting prestigieux. Dark Places débute sur un flashback de Libby (Charlize Theron) lorsqu’elle était enfant, allongée avec sa mère (Christina Hendricks) dans une chambre. Cette dernière lui dit l’aimer et de ne jamais l’oublier. Du grain de l’image monochrome, poussé au maximum, transpire un caractère malsain. La suite est cauchemardesque, la fillette voit sa famille sauvagement assassinée. Sur près de deux heures, l’intrigue va fonctionner sur deux temporalités. L’une dans le passé de Libby et de son frère Ben, incarné par Tye Sheridan dans les années 80 puis par Corey Stoll. L’autre, de nos jours, centrée toujours sur Libby, contrainte par Lyle (Nicholas Hoult), un investigateur néophyte convaincu de l’innocence de son frère, de faire la lumière sur les évènements passés. Le récit bascule donc sans cesse d’une époque à une autre, à l’instar de Gone Girl. Les protagonistes sont également animés par de sombres intentions. Et cette maladie de l’âme, au cœur de l’œuvre de Gillian Flynn, est visuellement bien transposée. Les silences de Libby et son allure de garçon manqué sont représentatifs de son traumatisme. Paradoxalement, cette qualité crée aussi une lacune dans le scénario. Les scènes focalisées sur elle dans le présent sont moins élaborées, et les personnages empêtrés dans leurs souvenirs douloureux freinent la structure narrative. Ce handicap fait défaut, dans la mesure où Gilles Paquet-Brenner aurait gagné à approfondir cette temporalité qui fonctionne pourtant dans la dernière demi-heure.

 

Charlize Theron dans Dark Places de Gilles Paquet-Brenner

Charlize Theron dans Dark Places de Gilles Paquet-Brenner

 

Malgré tout, le cheminement de Libby dans son enquête, à la recherche d’anciennes connaissances, met en évidence une gestion de l’espace totalement maîtrisée. Chaque scène l’amène dans un nouveau lieu, à une nouvelle rencontre. Ces confrontations sont le fruit du processus de quête intérieure pour Libby, qui évolue dans ces endroits sombres. D’un club de strip-tease miteux aux profondeurs d’une usine désaffectée, la descente aux enfers devient un passage inéluctable pour accéder à la vérité. On remarque ainsi un jeu d’ascension et de chute dans les mouvements du personnage. L’escalade se traduit par certains vecteurs du décor, comme les escaliers, pont métaphorique entre le haut et le bas, le familier et l’inconnu. Ces symboles laissent entrevoir un sous-texte clairement maîtrisé de l’espace. Ses chutes deviennent inhérentes à cette multitude de doutes qui gouverne les dialogues. Dark Places évite ainsi l’écueil de l’adaptation bavarde et se concentre sur l’intrigue.

 

Christina Hendricks dans Dark Places de Gilles Paquet-Brenner

Christina Hendricks dans Dark Places de Gilles Paquet-Brenner

 

Hélas, à trop vouloir introduire les flashbacks, le récit perd son équilibre tout en délaissant les personnages secondaires. La petite amie de Ben de l’époque, jouée par Chloë Grace Moretz, est traitée de façon trop simpliste, amenuisant les possibilités de nuancer la palette des sentiments. Le personnage de Lyle est, quant à lui, dépourvu d’intérêt, servant d’alibi au commencement du jeu de pistes. Reste le frère de Libby, personnage étoffé et admirablement tenu en particulier par Tye Sheridan. Le jeune homme possède cette noirceur et cette présence indiscutable, qui confirme son talent révélé depuis MUD (notre critique). Mais aussi la somptueuse rouquine de Mad Men, ici à contre-courant. Elle donne à Dark Places ce virage émotionnel. Car Charlize Theron, malgré sa performance, parvient rarement à toucher le spectateur.

 

Dark Places de Gilles Paquet-Brenner

Dark Places de Gilles Paquet-Brenner

 

Le choix de la bande originale est également assez paradoxale. Les morceaux les plus menaçants fonctionnent mais pas systématiquement dans la continuité des trames dramatiques. Si l’émotion ne s’impose pas réellement, l’aspect thriller totalement. Les twists ne manquent pas et alimentent une dynamique en porte-à-faux, en dépit de certaines révélations amenées maladroitement. L’immersion dans les années 80 est réussie et traite avec provocation de cette période où le Heavy Metal et le satanisme coexistaient. La thématique du sacrifice est ainsi omniprésente, et pas seulement dans l’entourage sombre de Ben. Cette notion fait écho de façon plus large à tous les personnages. Beaucoup ont perdu une part d’eux-mêmes, et personne ne semble être ce qu’il est réellement. Ainsi, le final est à l’image de Dark Places : provocant, fascinant, inégal et en perte d’émotion. Il fait partie de ces rendez-vous manqués qu’on aime toutefois regarder. Un moment sombre de réflexion, situé un cran au-dessus des thrillers remâchés, où la dimension viscérale du désespoir côtoie l’état de constatation.

 

 

 

  • DARK PLACES réalisé par Gilles Paquet-Brenner en salles le 8 avril 2015.
  • Avec : Charlize Theron, Christina Hendricks, Nicholas Hoult, Chloë Grace Moretz, Tye Sheridan, Miko Hughes, Corey Stoll, Andrea Roth, Drea De Matteo…
  • Scénario: Gilles Paquet-Brenner d’après l’œuvre homonyme Dark Places de Gillian Flynn
  • Production : Prince Azim, A.J Dix, Matt Jackson, Beth Kono, Stéphane Marsil, Matthew Rhodes, Cathy Schulman, Charlize Theron
  • Photographie : Barry Ackroyd
  • Montage: Billy Fox, Douglas Crise
  • Décors: Laurence Bennett
  • Costumes: April Napier
  • Musique: BT, Gregory Tripi
  • Distribution: Mars Distribution
  • Durée: 1h53


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