Livre/ Born to Be Wild de Tom Folsom: critique

Publié par Olivia van Hoegarden le 6 avril 2015

Résumé : Dennis Hopper a marqué plusieurs générations de spectateurs, de réalisateurs, d’acteurs comme lui. Tom Folsom, un fan inconditionnel de l’allumé d’Hollywood, lui consacre une biographie méritée qui raconte ses débuts, son amitié avec James Dean et Peter Fonda, sa vie dissolue dans les années post-Kerouac, ses passions extrêmes, jusqu’à sa fin. Triste comme la fin de toute légende.

 

♥♥♥♥♥

 

Born to Be Wild de Tom Folsom - Couverture

Born to Be Wild de Tom Folsom – Couverture

Tom Folsom, dont le style est tout aussi foisonnant que la vie de son sujet, nous plonge ici dans l’être Dennis Hopper, l’infini rebelle. Pas un détail, pas une référence, rien n’est éludé dans Born to Be Wild paru dans la collection Rivages/Rouge en septembre 2014. L’auteur américain de 40 ans force les portes du secret, traque le calendrier de son héros, revit sa vie, ses passions et ses amours (fiancé de Natalie Wood et de quelques autres). Culte. Le mot a sans doute été aussi inventé pour qualifier Hopper et son travail, en particulier sur Easy Rider (1969), road movie emblématique de la contreculture, de la naissance du Nouvel Hollywood et sur les voyages en shoppers, le tout scandé par une bande son inoubliable de Steppenwolf. Pour comprendre l’homme et l’artiste, il faut d’abord savoir qu’il a été proche de James Dean. Ils étaient partenaires dans La Fureur de Vivre de Nicholas Ray (1955). Il lui a même servi de doublure, puis a magnifiquement tenu le rôle secondaire de Goon, aux côtés de Natalie Wood et de Sal Mineo. Jamais Hopper n’a jalousé Dean. Au contraire, il a cherché à explorer sa personnalité, ses méthodes, La Méthode, celle de l’Actor’s Studio. Cette rencontre a marqué sa vie ainsi que l’accident mortel de l’icône adolescente sur la route de Salinas à bord de sa Porsche 550 Spyder. Depuis lors, certains n’ont eu de cesse de faire de lui le double de James Dean. Mais Hopper a sa propre personnalité et de sacrés démons. Il a poussé sur le terreau de la revanche, ce désir de dominer ceux qui l’ont négligé. D’abord ses parents, Jay et Marjorie de Dodge City (Kansas). Jay est dans les Postes, c’est la guerre. Marjorie gère la piscine locale. Dennis et son frère sont confiés aux grands-parents et élevés à coup de mensonges. Puis, la mère raconte à Dennis que son père est mort. C’est faux. Cette relation entre les deux décrite dans le livre de Folsom devient un moment fondateur dans le parcours de Hopper, comme si toute sa vie avait été marquée par cette rage face à l’humiliation de sa mère.

 

Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson - Easy Rider (1969)

Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson – Easy Rider (1969)

 

Après ses débuts au cinéma (il incarne Napoléon 1er dans The Story of Mankind (1957), joue dans Géant (1956) et nombre de séries B), Folsom nous amène au morceau de bravoure de cet acteur-réalisateur hors-norme : le tournage de Easy Rider. « Un film majeur », selon lui, plongé dans une Amérique qui se réveille, survoltée, où sont abattus Martin Luther King et Bobby Kennedy, et où éclatent les émeutes dans les universités et les manifestations anti-guerre du Vietnam. La drogue est partout, l’alcool aussi. Hopper en abuse jour et nuit mais poursuit sa tâche à grands coups d’engueulades avec Peter Fonda, son acolyte Wyatt alias ‘Captain America’, beau comme un Dieu. Ce dernier est partenaire de la production. Il le hante avec son habit de cuir noir, écume les routes sur son shopper, formant avec Hopper et très vite Jack Nicholson le trio mythique.

 

Grâce à Easy Rider, Hopper obtient le prix de la première œuvre à Cannes en 1969 et devient riche et crédible. Il repart pour le tournage du titanesque The Last Movie (1971) réalisé dans des conditions aberrantes en Amérique du Sud. Un gouffre, un désastre. Toujours ivre-mort et défoncé, il s’installe à Taos au Nouveau-Mexique où il s’adonne à ses dadas : poète, photographe, cinéaste, amateur de Pop Art (il a repéré Andy Warhol). Il achète un cinéma où il projette les rushes de The Last Movie sur lequel il use une quantité de chefs monteurs. Il habite dans l’ancienne villa de D.H. Lawrence, l’auteur de L’Amant de Lady Chatterley, et crée dans le village une ambiance de folie avec les locaux qu’il convie à participer à son existence.

 

Ainsi, Dennis Hopper, qui sera au générique de l’extraordinaire L’Ami américain (1977) et d’Apocalypse Now (1979), trouve sous la riche plume de son biographe, les pans les plus intéressants d’une vie insoupçonnée pour le spectateur et le lecteur. Il croise les plus grands, Selznick, Welles, Hathaway, Wayne, se bagarre avec tout le monde, mène une vie de patachon et un jour de 2010, ferme les paupières sur son incroyable regard bleu. À la grande tristesse de ses fans. Born to be Wild regorge d’anecdotes passionnantes, fourmille de bons mots, révèle et exalte cette incroyable personnalité, rend hommage à son génie. Folsom, en véritable vestale, construit le mythe Hopper au travers de ses failles et de la multiplicité de ses talents. Un excellent travail de mémoire, fouillé, juste, drôle, enrichissant, illustré par une iconographie en noir et blanc qui ponctue un texte très dense.

 

 

 

  • BORN TO BE WILD de Tom Folsom disponible en librairie depuis septembre 2014 dans la collection Rivages/Rouge.
  • Traduction de Stan Cuesta
  • 304 pages
  • 22 €

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