Série/ Daredevil (saison 1): critique

Publié par Didier Flori le 20 avril 2015

Synopsis : Aveugle depuis l’enfance, mais doté de sens incroyablement développés, Matt combat l’injustice le jour en tant qu’avocat et la nuit en surveillant les rue de Hell’s Kitchen, à New York, dans le costume du super héros Daredevil.

 

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Daredevil serie - affiche

Daredevil série – affiche

Pour les fans de l’univers Marvel, il y a de quoi se réjouir en ce mois d’avril. Alors que le second volet d’Avengers est sur le point de débarquer sur grand écran, l’un de leurs plus beaux trésors a envahi Netflix. Le phénomène Daredevil est tel qu’il est devenu, depuis sa diffusion le 10 avril, le second programme télévisuel le plus téléchargé illégalement via Torrent après Game of Thrones. Mais Daredevil est aussi dès le départ l’une des bandes dessinées les plus intéressantes publiée par la maison d’édition, créée par Stan Lee et Bill Everett en 1964. Le jeune et talentueux Frank Miller y a fait ses débuts spectaculaires, transformant ce personnage en héros culte, dans la première moitié des années 80, avant que d’autres auteurs inspirés prennent le relais au fil des années. Oublions l’adaptation ratée de Mark Steven Johnson avec Ben Affleck en 2003, la série développée par le géant du streaming américain rend enfin justice à un super héros injustement méconnu du grand public. Dès le pré-générique du premier épisode, l’ambiance est posée. Là où Marvel Studios a favorisé au cinéma une approche légère et divertissante, Daredevil se positionne plus sombre et mature. L’intense séquence d’ouverture nous présente l’accident qui a ôté la vue à Matt Murdock dans toute sa dimension héroïque et tragique. Puis, on le retrouve des années plus tard évoquant le souvenir ému de l’esprit combattif de son père en confession. L’introduction se conclut par une scène d’action sur les docks qui n’est pas sans rappeler la première apparition du Chevalier Noir dans Batman Begins. Le rapprochement entre les deux franchises n’est pas surprenant. Daredevil est souvent surnommé le « Batman rouge », Miller ayant forgé l’image moderne des deux héros. Mais enfermer le personnage de Marvel dans une copie de celui de DC serait bien sûr une erreur. Matt Murdock ne possède pas les milliards de Bruce Wayne, et se fait le défenseur des classes populaires du quartier de Hell’s Kitchen, qu’il soit justicier masqué ou avocat.

 

Charlie Cox (Matt Murdock/Daredevil) dans Daredevil diffusée sur Netflix

Charlie Cox (Matt Murdock/Daredevil) dans Daredevil diffusée sur Netflix

 

S’il faut trouver une référence esthétique à la série, on pense davantage à la narration chorale et à l’humanisme sobre de The Wire qu’à l’emphase opératique de la trilogie Batman. Le montage alterné qui clôt le premier épisode, sur l’entraînement de Matt Murdock et les différents antagonistes auxquels il se confronte, évoque ainsi les conclusions des différentes saisons du bijou télévisuel précité de David Simon. Cet illustre modèle aurait pu handicaper la série du créateur Drew Goddard (scénariste sur Lost, Cloverfield et réalisateur de La Cabane dans les Bois) et du showrunner Steven DeKnight (série Spartacus). Daredevil évite cet écueil proposant dès le départ des scènes d’action percutantes.

 

On a d’abord droit à un face-à-face brillamment mis en scène dans le premier épisode, qui met en avant les sens surdéveloppés du héros. Le deuxième place la barre plus haut, avec une séquence de corps à corps en plan-séquence digne de The Raid. Des scènes d’une violence sauvage parsèment ce premier acte qui se savoure d’une traite comme un polar haletant. Le septième épisode arrive comme une première rupture. Il pose de façon efficace les bases d’un univers super héroïque qui va prendre de l’ampleur dans les productions Netflix à venir, pour trouver sa probable apogée dans la série en préparation, The Defenders, centrée sur Daredevil, Luke Cage, Iron Fist et Jessica Jones. Un mouvement équivalent à celui ayant conduit à Avengers.

 

Vincent d'Onofrio (Wilson Fisk) dans Daredevil diffusée sur Netflix

Vincent d’Onofrio (Wilson Fisk) dans Daredevil diffusée sur Netflix

 

Mais contrairement à certains volets laborieux de l’univers Marvel comme Iron Man 2 voire Thor, Daredevil n’a pas besoin de cet horizon à grand spectacle pour être appréciée. La seconde partie met en valeur ce qui en fait la richesse, à savoir une galerie de personnages aux facettes multiples. La structure globale du récit se met à leur service, ose des pauses narratives et de longs flashbacks pour les développer à bon escient. L’épisode 8 fait ainsi la part belle à l’antagoniste de Daredevil, l’impressionnant Wilson Fisk (Vincent d’Onofrio), tandis que le chapitre 10 se concentre sur l’amitié entre Matt et son associé, l’attachant Foggy Nelson (Elden Henson). La qualité de Daredevil est d’être aussi passionnante dans ces moments creux que lors des phases d’action, grâce à des dialogues finement écrits et à un casting infaillible. Charlie Cox sait parfaitement trouver l’équilibre entre le charme et le caractère torturé de Matt Murdock/Daredevil. Vincent D’Onofrio est tour à tour terrifiant et touchant en ennemi juré. Quant à Deborah Ann Woll (Karen Page), Rosario Dawson (Claire Temple), Vondie Curtis-Hall (Ben Urich) et Elden Henson (Foggy Nelson), ils parviennent à être vraiment attachants en héros ordinaires s’opposant à l’injustice envers et contre tout.

 

Charlie Cox (Daredevil) et Rosario Dawson (Claire Temple) dans Daredevil diffusee sur Netflix

Charlie Cox (Daredevil) et Rosario Dawson (Claire Temple) dans Daredevil diffusée sur Netflix

 

Le seul bémol à cette belle réussite est sans doute un dénouement très en dessous de son développement. L’écriture et la réalisation soignées laissent alors malheureusement la place à une esthétique à la Arrow, série qui sait offrir des plaisirs coupables mais dont la qualité reste bien inférieure. Il s’agissait certes d’un cahier des charges, l’inclusion de l’homme sans peur dans l’univers cinématographique Marvel devait passer par une affirmation héroïque sans ambiguïté qui sacrifiait une partie des nuances de la série. Mais en l’état, Daredevil reste l’adaptation de comics la plus stimulante de l’écurie Marvel. Son caractère feuilletonnant fidèle à l’expérience de lecture de son médium d’origine lui a permis d’ouvrir la voie à une complexité dont on espère qu’elle serve de référence pour la suite des adaptations Netflix.

 

 

  • Série américaine DAREDEVIL de Marvel disponible depuis le 10 avril 2015 sur Netflix.
  • Créateur : Drew Goddard
  • Showrunner : Steven DeKnight
  • Avec : Charlie Cox, Vincent D’Onofrio, Rosario Dawson, Deborah Ann Woll, Elden Henson, Scott Glenn, Bob Gunton, Toby Leonard Moore, Vondie Curtis-Hall, Ayelet Zurer
  • Producteur : Kati Johnson
  • Première saison de 13 épisodes de 48 à 59 minutes

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