Sortie Blu-ray/ Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders: critique

Publié par Franck Brissard le 29 septembre 2015

Synopsis : Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, et alors que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire. Mais au moment où il pensait avoir passé ce terrible événement, Tomas apprend à ses dépens que certaines personnes n’en ont pas fini avec lui…

 

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Everything will be fine - jaquette

Everything will be fine – jaquette

Avec Every Thing Will Be Fine, Wim Wenders revient à la fiction. Sept ans après Rendez vous à Palerme et ses deux superbes documentaires Pina (en 3D) et Le Sel de la terre (César du meilleur film documentaire en 2015), le cinéaste allemand réalise d’ailleurs son premier drame en relief. Il convoque un casting international, avec l’Américain James Franco, les Canadiennes Rachel McAdams et Marie-Josée Croze, la Française Charlotte Gainsbourg, le Belge Patrick Bauchau et le Suédois Peter Stormare. C’est aussi la raison pour laquelle le tournage s’est déroulé en deux temps (août 2013 et hiver 2014) : parvenir faire à concorder les agendas, parfois surchargés, des comédiens. Cette fois, le melting-pot cher au metteur en scène ne lui porte pas chance. Le scénario apparaît d’emblée peu emballant, la réalisation n’est guère inspirée et James Franco s’avère vraiment très mauvais. Il semble ici en mode « je fais l’acteur dans un film d’auteur » et passe tout le film les yeux vitreux, l’air neurasthénique, et se montre incapable d’aligner deux phrases sans surjouer éhontément. Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze et surtout la sublime Rachel McAdams s’en sortent bien mieux et sauvent l’ensemble de l’ennui et de l’austérité. Car Every Thing Will Be Fine ne parvient jamais à s’éloigner des sentiers battus du drame psychologique. Wim Wenders soigne son cadre, mais n’y capture que le vide. On aurait voulu être touchés par les traumatismes vécus par cette mère de famille qui a perdu un enfant et ce conducteur responsable de la mort de ce gamin, mais rien ne fonctionne malheureusement et surtout pas Franco en écrivain en panne d’inspiration. Wenders tombe bien trop souvent dans le cliché et les effets téléphonés.

 

James Franco dans Every thing will be fine de Wim WendersCharlotte Gainsbourg dans Every thing will be fine de Wim WendersRachel McAdams et James Franco dans Every thing will be fine de Wim WendersMarie-Josee Croze et James Franco dans Every thing will be fine de Wim Wenders

 

On retient finalement que les à-côté : la superbe partition du compositeur français Alexandre Desplat, interprétée par l’orchestre symphonique de Gothenburg (orchestre national de Suède) et la beauté de la photographie du chef opérateur surdoué Benoît Debie (Irréversible, SPRING BREAKERS – notre critique). Elles ne cessent de flatter les sens et parviennent à créer l’émotion que l’on aurait aimée aussi ressentir à travers cette histoire. Quant à la 3D, elle ne sert strictement à rien. Si le cinéaste prétend que l’utilisation de la technique permet de capter les moindres détails, d’appuyer la présence des comédiens à l’écran et donc d’amplifier le drame intimiste, le procédé se révèle être un gadget. L’aspect tridimensionnel était un plus indéniable aux sublimes chorégraphies de Pina Bausch, mais elle se révèle ici complètement superflue, notamment via un gros plan de James Franco entouré de particules de poussière qui pleuvent autour de lui. Ce récit simpliste, sur la culpabilité et la rédemption, s’étale sur une dizaine d’années. Pourtant, Wenders tombe dans l’écueil du pathos et ne parvient jamais à faire ressentir le temps qui passe et ces blessures béantes qui ne cicatrisent pas. Il ne montre pas ce temps qui permet à l’être humain de se reconstruire et de pouvoir vivre plutôt que survivre, celui qui fera que « tout ira bien » comme l’indique le titre. Quelque chose ne fonctionne dans le film de Wenders, un manque de réalisme et de rythme peut-être, d’empathie sans aucun doute, d’intérêt sûrement. La déception est grande.

 

 

 

James Franco et Wim Wenders

James Franco et Wim Wenders

TEST BLU-RAY : Cette édition contient deux disques, dont l’un des deux comporte 2h30 de suppléments. On découvre un intéressant making of (38′) constitué de belles images de tournage et d’interviews du réalisateur, des comédiens, du scénariste et du chef opérateur. Wim Wenders revient sur le choix des prises de vue en 3D, le repérage des lieux de tournage. Le second bonus est la masterclass du cinéaste allemand réalisée au Forum des Images (1h52) le 14 avril 2015. Animée par Pascal Mérigeau, cette rencontre permet à Wim Wenders de revenir sur certains points essentiels de sa carrière : sa découverte du cinéma, ses débuts dans le septième art, sa rencontre et sa collaboration avec Nicholas Ray, Michelangelo Antonioni, Manoel de Oliveira, ou encore l’évolution du cinéma, le tout ponctué par quelques anecdotes liées au tournage de quelques-uns de ses films les plus célèbres comme Paris Texas, Alice dans les villes, Pina et Every Thing Will Be Fine. En dépit d’un Blu-ray au format 1080i-AVC (la jaquette annonce pourtant fièrement un 1080p), la photo de Benoît Debie est habilement restituée, notamment les partis pris esthétiques, la colorimétrie froide et blanche, puis plus chatoyante dans les intérieurs, avec un piqué plutôt bien acéré. Les détails sont plaisants sur le cadre large, même si l’on pouvait espérer une image un peu plus riche car le film est tourné en 3D. D’ailleurs signalons que le film n’est disponible qu’en 2D sur cette édition, ce qui est un contresens de la part de l’éditeur. Heureusement la luminosité reste plaisante. Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 se révèlent particulièrement sobres, mais instaurent un confort acoustique suffisant. Dans les deux cas les dialogues sont solidement plantés sur l’enceinte centrale. La spatialisation musicale demeure évidente, les latérales soutiennent l’ensemble comme il se doit, les ambiances naturelles ne manquent pas. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Les sous-titres français sont imposés sur la version anglaise.

 

 

 

  • EVERY THING WILL BE FINE réalisé par Wim Wenders, disponible en DVD/Blu-ray depuis le 22 septembre 2015.
  • Avec : James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel McAdams, Peter Stormare, Julia Sarah Stone, Patrick Bauchau, Robert Naylor, Lilah Fitzgerald…
  • Scénario : Bjørn Olaf Johannessen
  • Production : Gian-Piero Ringel
  • Photographie : Benoît Debie
  • Montage : Toni Froschhammer
  • Décors : Emmanuelle Fréchette
  • Costumes : Sophie Lefebvre
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Editeur : Bac Films Vidéo
  • Tarif : 19,99 €
  • Durée : 1h59

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