Sortie Blu-ray/ Les Envoûtés de John Schlesinger: critique

Publié par Franck Brissard le 16 novembre 2015

Synopsis : Suite à un accident, Cal Jamison, récemment veuf, psychiatre au service de la police, décide d’emménager à New-York avec son fils Chris. Alors qu’il tente de se reconstruire, on fait appel à lui afin d’élucider une série de meurtres rituels impliquant de jeunes enfants. Ses recherches ne tardent pas à établir un lien avec le culte ancestral de la Santeria pratiqué par une organisation aux ramifications insoupçonnées. Son enquête va alors prendre une terrifiante tournure pour lui et ses proches…

 

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Les Envoutes de John Schlesinger - jaquette

Les Envoutés de John Schlesinger – jaquette

John Schlesinger livre ici l’un de ses films les plus singuliers et son unique incursion dans le genre fantastique, après l’échec de Honky Tonk Freeway en 1981 et LE JEU DU FAUCON (notre critique) en 1985 qui l’a remis en selle. Les Envoûtés, sorti deux ans après, est adapté du roman The Religion de Nicholas Conde et inspiré de véritables crimes commis à New York au début des années 80. C’est à Mark Frost, futur scénariste de la série mythique Twin Peaks à qui revient la tâche de cette transposition à l’écran. Egalement producteur, il rédige ici son premier script pour le cinéma, la même année que Scared Stiff de Richard Friedman. Tourné avec un budget confortable de 19 millions de dollars, Les Envoûtés suit le courant des thrillers ésotériques, mystiques et surnaturels, dont la principale et évidente référence demeure Rosemary’s Baby de Roman Polanski. On pense également à La Malédiction de Richard Donner et L’Exorciste de William Friedkin. Les Envoûtés suit le pas de ces œuvres classiques du genre, se rapprochant davantage du cinéma de David Cronenberg tant par la forme que par son thème, l’immersion du surnaturel dans le quotidien. Schlesinger nous agrippe dès la première séquence, intense, glaçante, éprouvante et dramatique. Si l’introduction renvoie à Marathon Man, avec ici Martin Sheen qui fait son footing matinal et dont la respiration monte crescendo à mesure qu’il s’approche de la caméra, le cinéaste s’éloigne de tout ce qu’il avait fait jusqu’alors. Les Envoûtés joue avec les genres les imbriquant de façon réaliste. Progressivement, le spectateur ne sait plus à qui se fier ni si ce qui lui est montré n’est pas de l’ordre du fantasme. Martin Sheen est Cal Jamison, psychiatre pour la police, cartésien, qui ne croit que ce qu’il voit. Il se retrouve plongé malgré lui dans une affaire qui dépasse l’entendement, jusqu’à ce que son fils et lui-même deviennent les proies de forces surnaturelles. John Schlesinger prend son sujet au sérieux, sans second degré, démontrant que les apparences sont parfois trompeuses et le mal dissimulé n’importe où et en n’importe qui.

 

Les EnvoutesLes Envoutes

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Comme Roman Polanski avant lui et, plus tard Peter Hyams dans le sous-estimé La Fin des Temps, le réalisateur britannique utilise New York comme une porte vers un autre monde. Celle-ci laisse derrière elle de nombreuses victimes, notamment des enfants éventrés et dépecés selon un rituel religieux d’Amérique Centrale qui porte le nom de Santeria. Il distille sporadiquement les effets fantastiques, ce qui participe à l’empathie du personnage impeccablement campé par Martin Sheen. On perd ainsi pied en même temps que lui jusqu’à la révélation finale, entre deux rebondissements rondement menés et un montage nerveux. L’acteur est excellemment épaulé par Robert Loggia et Helen Shaver, vue dans Amityville, la Maison du Diable et La Couleur de l’Argent. La composition de J. Peter Robinson instaure également un climat angoissant, sans tomber dans les clichés musicaux du genre ni en arrachant quelques sursauts à grands renforts de cordes grinçantes ou de basses. S’il n’est évidemment pas le film le plus connu de Schlesinger ni le plus personnel, Les Envoûtés n’a pas à rougir de sa comparaison avec les classiques précitées, d’autant qu’il a rencontré un beau succès public et critique.

 

 

 

Martin Sheen dans Les Envoutés

Martin Sheen dans Les Envoutés

TEST BLU-RAY : À l’instar de l’édition HD du Jeu du Faucon, celle des Envoûtés s’accompagne d’une présentation du film par le critique de cinéma Philippe Rouyer (25’) qui le replace dans la carrière de John Schlesinger. Il évoque les thèmes principaux, le casting et met le film en parallèle avec Angel Heart d’Alan Parker, sorti en même temps. Ce nouveau master HD brille de mille feux. D’une propreté absolue, l’image met en valeur la photo de Robby Müller (Paris Texas, Police Fédérale Los Angeles) et offre un rendu très impressionnant des séquences en extérieurs. Si la définition n’est pas optimale avec quelques très légers fourmillements constatés ainsi que des visages tirant sensiblement sur le rosé dans les scènes diurnes, on apprécie le niveau des détails, l’affûtage du piqué, le grain cinéma respecté, la richesse des contrastes, et l’aplomb de la compression numérique qui consolide les scènes plus agitées. On attendait peut-être des noirs un peu plus fermes. Clair et net, ce Blu-ray offre une deuxième jeunesse bien méritée à ce film.
 Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de J. Peter Robinson. La piste anglaise (avec les sous-titres français imposés) est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages. Elle s’accompagne d’un très léger bruit de fond, mais le niveau des dialogues est plus plaisant. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel.

 

 

 

  • LES ENVOUTÉS (The Believers) réalisé par John Schlesinger, disponible en DVD/Blu-ray depuis le 4 novembre 2015.
  • Avec : Martin Sheen, Helen Shaver, Harley Cross, Robert Loggia, Elizabeth Wilson, Harris Yulin, Lee Richardson, Richard Masur, Jimmy Smits…
  • Scénario : Mark Frost d’après le roman de Nicholas Conde
  • Production : Beverly J. Camhe, Michael Childers, John Schlesinger
  • Photographie : Robby Müller
  • Montage : Peter Honess
  • Décors : Simon Holland
  • Costumes : Shay Cunliffe
  • Musique : J. Peter Robinson
  • Editeur : Wild Side
  • Tarif : 24,99 €
  • Durée : 1h49
  • Date de sortie initiale : 10 juin 1987 (Etats-Unis), 23 septembre 1987 (France)

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