Cosmos de Andrzej Zulawski : critique

Publié par Philippe Descottes le 3 décembre 2015

Synopsis : Witold a raté ses examens de droit et Fuchs vient de quitter son emploi dans une société de mode parisienne. Ils vont passer quelques jours dans une pension dite de famille où les accueille une série de présages inquiétants : un moineau pendu dans la forêt, puis un bout de bois dans le même état et enfin des signes au plafond et dans le jardin. Dans cette pension il y a aussi une bouche torve, celle de la servante, et une bouche parfaite, celle de la jeune femme de la maison dont Witold tombe éperdument amoureux. Malheureusement, elle est fraîchement mariée à un architecte des plus convenables. Mais cette jeune femme est-elle, elle aussi, également convenable ? La troisième pendaison, celle du chat, est l’œuvre de Witold. Pourquoi ? Et surtout… la quatrième sera-t-elle humaine ?

 

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Cosmos de Andrzej - affiche

Cosmos de Andrzej – affiche

Lorsque Cosmos touche à sa fin et que l’on est certain « qu’il n’y a plus rien d’autre à voir », comme le déplore le personnage interprété par Jean-François Balmer dans ce qui s’apparente à un court making of en guise de conclusion, on sait qu’on aura du mal à quitter son fauteuil. Intrigué, perplexe, ou plus exactement, abasourdi par ce que l’on vient de voir, il faut un certain temps pour se remettre les idées en place et tenter d’assembler les pièces du puzzle. Comme il faut bien quitter la salle de cinéma, on se lève sans véritablement avoir trouvé de réponse à ces deux questions parmi bien d’autres : Quelle est l’histoire ? et Qu’a bien voulu dire le réalisateur ? Cosmos marque le retour sur grand écran d’Andrzej Zulawski quinze après La Fidélité, une période durant laquelle il a beaucoup voyagé et écrit. Comme déjà entrepris précédemment, il s’attaque à l’adaptation d’une œuvre littéraire, le roman éponyme de son compatriote polonais Witold Gombrowicz. Paru en 1965 et considéré comme inadaptable, il le transpose de la Pologne au Portugal. Bien sûr, il s’agit d’« un film de Zulawski », le cinéaste de Possession et de La Femme publique. On reconnaît d’ailleurs sa patte immédiatement avec sa mise en scène baroque, ses excès, son aspect provocateur, sa violence et son côté morbide, comme ici ce moineau pendu à un collet que découvre Witold (Jonathan Jenet) sur le chemin le conduisant à la pension de famille. Mais Cosmos ressemble surtout à un gigantesque fourre-tout dans lequel le spectateur, s’il résiste jusqu’au bout, se perd sans pour autant trouver d’explication à ses interrogations.

 

Cosmos de Andrzej ZulawskiCosmos de Andrzej ZulawskiCosmos de Andrzej ZulawskiCosmos de Andrzej Zulawski

 

À défaut de pouvoir s’accrocher à une intrigue incompréhensible, on est alors tentés de s’intéresser à la prestation des acteurs. Sabine Azéma et Jean-François Balmer sont d’excellents comédiens, mais donnent ici l’impression de se livrer à un numéro d’improvisation poussé à l’excès. Avec ses soliloques grandiloquents, mâtinés de jeux de mots et de latin de cuisine, le personnage de Léon Woytis (Balmer) finit même par devenir agaçant. Quant aux autres interprètes, le fait d’en faire moins les rend presque plus crédibles. Et comme s’il voulait brouiller davantage les pistes, Andrzej Zulawski multiplie les citations et les références, à la fois cinématographiques et littéraires. C’est parfois drôle mais souvent sans grand intérêt. S’il évoque L’important c’est d’aimer (« quel titre idiot » fait-il dire à Léon Woytis), il règle également ses comptes avec Sartre (« un bigleux qui se trompait sur tout ») et encense Pasolini et Théorème. Il cite aussi Stendhal, Spielberg, Chaplin, Shakespeare, Tolstoï devenus « Tolstu », ou encore Bresson transformé en « Luc Bresson » dans la bouche de Fuchs (Johan Libéreau), l’inculte de service qui ne jure que par les défilés de mode qu’il suit à la télévision. On ne retient alors de Cosmos que la beauté des images, le charme de la maison avec son jardin, et des paysages de la montagne et de la mer. Indéniablement, c’est une œuvre audacieuse et totalement libre visuellement, mais il n’est aucunement acquis que le spectateur y trouve son compte.

 

 

  • COSMOS réalisé par Andrzej Zulawski en salles le 9 décembre 2015
  • Avec : Jean-François Balmer, Sabine Azéma, Jonathan Genet, Victoria Guerra, Johan Libéreau, Clémentine Pons, Andy Gillet, Ricardo Pereira, Antonio Simao Mendes…
  • Scénario :Andrzej Zulawski d’après le roman de Witold Gombrowicz
  • Production : Paulo Blanco
  • Photographie : André Szankowski
  • Montage : Julia Gregory
  • Décors : Paula Szabo
  • Costumes : Patricia Saalburg
  • Musique : Andrzej Korzynski
  • Distribution : Alfama Films
  • Durée : 1h43

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