Star Wars – Le Réveil de la Force de JJ Abrams: critique

Publié par Eric Delbecque le 17 décembre 2015

Synopsis : Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga Star Wars, 30 ans après les événements du Retour du Jedi.

 

♥♥♥♥

 

Star Wars Le Réveil de la Force - affiche

Star Wars Le Réveil de la Force – affiche

La Force est incontestablement avec J.J. Abrams ! On pouvait tout craindre de ce septième opus de Star Wars, notamment le combat de trop… Eh bien non : Le Réveil de la Force tient ses promesses et le spectateur en haleine du premier au dernier instant. Dès que la musique de John Williams retentit, on est illico embarqué dans l’univers de George Lucas : l’esprit de la première trilogie est bien là, Disney n’a pas pulvérisé la légende. Au contraire, c’est clairement un retour aux sources, grâce à l’écriture fidèle et respectueuse de Lawrence Kasdan (L’Empire contre-attaque, Le Retour du Jedi), J.J. Abrams et Michael Arndt (Toy Story 3). Au risque du rebond, lequel fait partie, inévitablement, de la structure même d’une galaxie d’archétypes devenue un mythe. Ainsi, de la bande originale aux décors en passant par la photographie et les costumes, rien à redire. Ni fétichisme technologique venant suppléer le scénario, ni culte de l’image de synthèse frisant rapidement le grotesque. Les effets spéciaux soutiennent une œuvre dont la transmission a été bien menée de bout en bout, et où le réalisateur a su rendre hommage aux anciens et à ses pairs, tout en adaptant ses références à son époque. Fan de la première heure ou fraîchement converti, chacun s’y retrouve dans ce généreux divertissement : il satisfait les amoureux des films d’aventures ou de space opera aussi bien que ceux qui voient dans la Force matière à réflexion spirituelle, psychologique, culturelle, sociétale ou même politique.

 

Star Wars Le Reveil de la ForceStar Wars Le Reveil de la ForceStar Wars Le Reveil de la ForceStar Wars Le Reveil de la Force

 

Deux personnages s’imposent à l’écran : Harrison Ford (Han Solo) et Daisy Ridley (Rey). Le premier, dont la prestation dans Indiana Jones 4 n’avait pas convaincu, se révèle à nouveau étonnamment efficace dans le rôle du héros dilettante mais élégant et téméraire, qui préfère cacher ses attachements et ses pulsions intimes. Ce Corto Maltese en fin de voyage existentiel ne se révèle nullement un mentor fatigué mais un passeur de valeurs et un professeur d’énergie. Figure effective du père dans ce volet de la saga, il ne perd rien de son humour légendaire et forme avec Chewbacca (Peter Mayhew) un duo qui fonctionne mieux que jamais, dès leur apparition à bord de l’increvable Faucon Millenium. Quant à Daisy Ridley, une actrice britannique de 23 ans qui trouve ici son premier grand rôle au cinéma, elle s’affirme comme l’héroïne pivot incarnant l’esprit même du mythe Star Wars. Débordant d’énergie, de force, d’intelligence, de débrouillardise, de présence, de souffle héroïque, elle fait preuve de charme à chaque séquence. Un pari capital gagné : celui de résoudre l’équation complexe de conjuguer la féminité, la volonté combattante et la sensibilité bien dosée. On notera au passage que le sabre laser lui va bien…

 

La féminisation voulue par Hollywood se solde là par une absolue réussite. Sur la planète désolée de Jakku – qui fait bien sûr penser à Tatooine –, tout est réuni pour l’intégrer dans notre imaginaire en alter ego féminin de Luke Skywalker. La distance est bien calculée avec Leia Organa (Carrie Fisher) qui assure la fonction de matriarche en laissant Daisy Ridley déployer toute sa flamme, très moderne, de princesse des sables découvrant progressivement sa véritable nature. Bien sûr, on prend aussi plaisir à voir évoluer BB-8, digne successeur de R2-D2 (Kenny Baker) dans le rôle du fidèle écuyer des Chevaliers Jedi et auxiliaire des résistants. Contribuant aux traits d’humour éparpillés dans les différentes scènes, il reprend la mission qui incomba à R2 D2 dans Un Nouvel Espoir. Quant à C-3PO (Anthony Daniels), il reste fidèle à lui-même. Ce serviteur des desseins de son Altesse Leia nous raccroche aux années 70, avec encore un éternel retard de maintenance (on lui a greffé un bras rouge).

 

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Parallèlement, les points de vue se croisent de manière féconde dans cet aperçu des ruines de l’Empire. La jonction haletante entre un pilote de l’Alliance rebelle – Poe Dameron, joué par Oscar Isaac –, porteur d’une information stratégique (l’endroit où se cache Luke), et un stormtrooper qui refuse de se soumettre à l’embrigadement aveugle et discipliné du « Premier Ordre » (reprenant le flambeau des seigneurs noirs et guerriers Sith), dirigé par un « Leader suprême », constitue une excellente trouvaille. On entre là dans l’âme et les perceptions des soldats combattants pour donner de la chair au conflit qui déchire les impériaux et les résistants. Toutefois, le stormtrooper Finn – John Boyega – manque encore de substance pour un tel rôle : on y reviendra.

 

On pressent un certain flou dans le côté obscur de la Force… Une sorte de précarité des figures du Mal… C’est d’ailleurs un point intéressant. Dark Vador était redouté à cause de sa colère froide, impénétrable et distante qui entraînait la domination et le progrès des Ténèbres. Kylo Ren (Adam Driver), passionnel et colérique, laisse échapper sa violence par vagues frénétiques et désordonnées ; il a lui-même peur et il craint cette peur. S’il est encore en plein apprentissage, cette différence est de taille et fait sans doute écho à l’époque contemporaine. Impossible en effet de ne pas penser aux adolescents en révolte instinctive contre le père, dans une dynamique de pur caprice et de refus de la transmission. La subversion encouragée par Palpatine a cédé la place à la réaction épidermique se contentant de tout détruire de façon pulsionnelle. On sent la barbarie qui menace…

 

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Peut-être est-ce pour cela qu’Adam Driver a du mal à s’imposer foncièrement. Il est à la fois plus pervers et brutal que Vador et beaucoup moins charismatique et brillant, méthodique et rationnel. Il ne possède pas encore cette capacité de maîtrise de soi-même, des autres et du monde. Sorte de supervilain gothique juvénile, le cardinal noir du Premier Ordre paraît encore light… Le général Hux (Domhnall Gleeson) dispute d’ailleurs à Kylo Ren le commandement des troupes du Leader suprême, ainsi que la faveur filiale du numéro un. À sa manière, ce dernier flotte un peu dans l’uniforme du substitut de dictateur nazi implacable que dévoile la séquence de harangue aux bataillons rangés sous les bannières rouges des héritiers de l’Empire. On présuppose alors que tous ces personnages prendront de l’envergure dans les épisodes VIII et IX.

 

De la même manière, il manque un je-ne-sais-quoi au déserteur Finn, qui reste au seuil de l’héroïsme tout en s’épuisant à fuir tout ce qui le menace ou l’angoisse. À l’évidence, Solo, Skywalker et Vador ont échoué à transformer en Chef ou en Jedi ces jeunes aventuriers et ces padawans rénégats. Héritage de ce début de siècle ? Le parallèle d’Abrams, Kasdan et Arndt avec l’évolution de la société en devient fascinant. Et en tout état de cause, s’impose durant ce voyage mythologique une formidable réflexion sur les archétypes et leur déstructuration contemporaine, où l’on mobilise toujours, pour notre plus grand bonheur, Joseph Campbell et Carl Gustav Jung. Quant à Mark Hamill… n’en disons rien, et laissons découvrir ce qu’Abrams opère comme métamorphose. Si elle n’est pas transfigurée, l’histoire de la Force continue. Le réalisateur de Star Trek (2009) a une nouvelle fois transformé l’essai et gagné sa place dans les étoiles. Le défi du Jedi est relevé. Un authentique moment de plaisir : installez-vous dans la légende et laissez-vous aller…

 

 

Eric Delbecque

 

 

 

  • STAR WARS : LE RÉVEIL DE LA FORCE (Star Wars : The Force Awakens) réalisé par J. J. Abrams en salles le 16 décembre 2015.
  • Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Harisson Ford, Carrie Fisher, Adam Driver, John Boyega, Marc Hamill,  Lupita Nyong’o, Peter Mayhew, Domhnall Gleeson, Anthony Daniels, Kenny Baker, Gwendolyne Christie,
  • Scénario : J. J. Abrams, Lawrence Kasdan, Michael Arndt
  • Production : Kathleen Kennedy, J.J. Abrams, Bryan Burk
  • Photographie : Daniel Mindel
  • Direction artistique : Ashley Lamont, Andrew Palmer, Stephen Swain
  • Décors : Rick Carter et Darren Gilford
  • Costumes : Michael Kaplan
  • Son : Matthew Wood
  • Montage : Maryann Brandon, Mary Jo Markey
  • Musique : John Williams
  • Distribution : Walt Disney Pictures
  • Durée : 2h15

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