Peur de rien de Danielle Arbid : critique

Publié par CineChronicle le 28 janvier 2016

Synopsis : Lina, Libanaise de 18 ans, débarque à Paris dans les années 1990. Elle est hébergée par sa famille en banlieue. Un soir, son oncle tente d’abuser d’elle et la jeune fille quitte la maison pour se réfugier dans la capitale. Contrainte de se débrouiller seule, Lina découvre la vie, la liberté et la culture française.

 

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Peur de rien - affiche

Peur de rien – affiche

Née à Beyrouth et venue à Paris à l’âge de 17 ans, Danielle Arbid livre forcément une part d’autobiographie dans Peur de rien, même si elle s’en défend. La cinéaste, dont c’est le troisième long métrage de fiction, brosse le portrait de Lina, une jeune Libanaise installée depuis peu dans la capitale pour faire ses études. Elle découvre la vie parisienne, la liberté et les histoires amoureuses, tandis que dans le même temps ses professeurs l’initient à l’art et à la culture française. Peur de rien se conçoit comme un véritable parcours initiatique et une naissance, celle de Lina. L’héroïne débarque à Paris avec un énorme carcan de traditions, entouré d’un mélange de honte et de timidité. Elle subit aussi l’emprise et la toute puissance de la gent masculine, incarnées par son oncle. Les avances qu’il lui fait vont déclencher un vent de révolte chez la jeune fille. Elle part alors à la conquête de sa liberté et décide elle-même de son destin, sans l’ascendant des hommes. Sa quête d’émancipation passe par les études et le savoir. Sa professeure d’histoire de l’art – la formidable Dominique Blanc – va lui apprendre à apprécier le mode de vie et la culture de son pays d’accueil. Danielle Arbid filme l’évolution de sa protagoniste, campée par Manal Issa, débutante particulièrement juste. D’abord effacée et empruntée, Lina se redresse, se dévoile et s’affirme progressivement aux autres dans une société âpre. Sa petite voix de départ devient fluide et sonore. Elle prend également de l’assurance avec les garçons. La jeune femme expérimente avec fougue les expériences amoureuses, elle qui a longtemps vécu avec la honte de son propre corps. La mort – effective – du père participe également à son éclosion, car elle doit lutter pour rester en France ; de là naissent ses premières convictions politiques. Peur de rien parle évidemment de l’immigration et du sort des nouveaux arrivants sur notre sol. Mais il montre également l’Hexagone des années 1990, que Danielle Arbid dépeint dans une lumière légèrement fanée, et avec la musique de l’’époque : Niagara, Daho, Carte de Séjour – interprètes, bien sûr, de Douce France –, du rock progressif et de la dance. Le film est aussi un hommage esthétique à un Paris ensoleillé, où la liberté se vit à chaque instant et où tout demeure possible. Malgré des longueurs et quelques séquences inutiles, Peur de rien offre des moments réjouissants. Le film pose des questions pertinentes sur la place de la jeunesse, l’engagement politique, la portée d’une époque et la mixité culturelle. Et l’énergie de Lina devient ici vite communicative.

 

Christophe Binet

 

 

 

  • PEUR DE RIEN réalisé par Danielle Arbid en salles le 10 février 2016.
  • Avec : Manal Issa, Vincent Lacoste, Paul Hamy, Damien Chapelle, Dominique Blanc, Clara Ponsot, India Hair, Bastien Bouillon…
  • Scénario : Danielle Arbid et Julie Peyr en collaboration avec Pierre Schoeller
  • Production : David Thion et Philippe Martin
  • Photographie : Hélène Louvart
  • Montage : Mathilde Muyard
  • Décors : Charlotte de Cadeville
  • Costumes : Claire Dubien
  • Distribution : Ad Vitam
  • Durée : 2h

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