Dieu, ma mère et moi de Federico Veiroj : critique

Publié par Erwin Haye le 9 mai 2016

Synopsis : Au tournant de sa vie d’adulte, Gonzalo Tamayo pense qu’un obstacle entrave son aspiration à réinventer sa vie : on ne lui a jamais demandé son consentement pour être baptisé. Il décide donc d’être radié des livres de l’Eglise et de devenir un apostat. Il entre alors dans une course folle, de prélat en cardinal, entraînant dans son sillage un doux chaos. À travers cette quête irraisonnée aux yeux de tous, il revisite son passé et subit par de drôles de visions.

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Dieu, ma mère et moi - affiche

Dieu, ma mère et moi – affiche

Avec Dieu, ma Mère et moi, Mention spéciale du jury au festival de San Sebastián, Federico Veiroj signe son troisième long métrage et remet au centre la question du consentement sur le baptême catholique à la naissance. Son précédent opus, La Vida Útil, était une charmante déclaration d’amour à la cinémathèque de Montevideo ; mais le réalisateur uruguayen passe ici au stade supérieur en s’en prenant à l’Église elle-même. Gonzalo Tamayo, jeune trentenaire, étudiant en philosophie, est un être quelque peu tourmenté qui vit dans son petit appartement madrilène. Il donne des cours de soutien au fils de la jolie voisine du dessous, rend régulièrement visite à sa mère et héberge sa cousine, avec qui il entretient une relation singulière. Ce grand rêveur est pourtant déterminé à quitter les registres de l’Église catholique. Si ce type de démarche aurait en France peu ou pas de conséquences, ce n’est pas le cas dans un pays latin comme l’Espagne, où la religion est omniprésente. Refuser l’aide de Dieu devient alors synonyme d’échec pour l’individu ; le propos tient dans ce combat qu’entreprend Gonzalo contre les institutions pour accéder à sa liberté. Et pour défier la main de Dieu, il n’y va d’ailleurs pas de mainmorte. Outre son aventure amoureuse et semi-incestueuse avec sa cousine, le péché de prédilection de Gonzalo est résolument celui de la chair. Il est sans cesse tenté par le corps d’autrui, au féminin comme au masculin. Une tension sexuelle remplit chaque scène, mais toujours en toute sobriété, sans jamais tomber dans un érotisme graveleux ou dérangeant. Sommes-nous dans la réalité ou dans les rêves éveillés du jeune homme ? Qu’importe. Gonzalo enfreint tous les interdits. Et par ses gestes et ses fantasmes, il provoque indirectement les fondements de l’Église, sa morale pieuse et son puritanisme. 

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Dieu ma mère et moiDieu ma mère et moiDieu ma mère et moiDieu ma mère et moi

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Pour son personnage principal, Federico Veiroj s’est inspiré de l’expérience personnelle de son acteur non professionnel, Álvaro Ogallo, qui incarne ainsi son propre rôle : dans le passé, il a tenté d’apostasier. Son interprétation quasi mutique apporte une touche d’étrangeté. En présentant Gonzalo comme un être introverti, Álvaro cache parfaitement les traits d’un homme prêt à tout pour mettre un grand coup de pied dans la fourmilière de la morale. Jusque-là, Dieu, ma Mère et moi se présente comme une œuvre existentielle rigide et un peu morose, mais c’est sans compter sur son pouvoir comique. Sans être une véritable comédie, le film de Federico Veiroj nous transporte, avec une certaine grâce, dans son univers décalé. Comme un Nanni Moretti, la faconde italienne en moins. On sourit des nombreuses tribulations de Gonzalo devant le conseil ecclésiastique, ce conseil « diabolique » qui ne peut (ou ne veut) pas le retirer de la base de données des fidèles. Dans cette quête de liberté, on peut toutefois regretter le manque d’interaction avec la mère de Gonzalo, jouée par la chevronnée Vicky Peña. Celle qui est pourtant considérée comme la cause de tous les maux de notre héros se retrouve relayée au second plan et ne peut que contester le choix de son enfant, l’espace d’une scène. Quand la tragicomédie côtoie les frontières du réel, on obtient Dieu, ma Mère et moi, une aventure poétique, onirique, intriguante et fascinante. S’il est déjà difficile de rompre un pacte avec le Diable, avec Dieu, cela semble ici la croix et la bannière.

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Erwin Haye

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  • DIEU, MA MÈRE ET MOI (El Apóstata) réalisé par Federico Veiroj en salles depuis le 4 mai 2016.
  • Avec : Álvaro Ogalla, Marta Larralde, Bárbara Lennie, Vicky Peña, Juan Calot, Kaiet Rodríguez, Andrés Gertrudix…
  • Scénario : Federico Veiroj, Nicolás Saad, Gonzalo Delgado, Álvaro Ogalla
  • Producteurs : Guadalupe Balaguer Trelles, Fernando Franco, Federico Veiroj
  • Photographie : Arauco Hernández Holz
  • Montage : Fernando Franco
  • Décors : Gonzalo Delgado
  • Son : Álvaro Silva Wuth, Daniel Yafalián
  • Distribution : Paname Distribution
  • Durée : 1h20

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