Ressortie/ Belladonna de Eiichi Yamamoto : critique

Publié par Antoine Gaudé le 4 juin 2016

Synopsis : Jeanne, abusée par le seigneur de son village, pactise avec le Diable dans l’espoir d’obtenir vengeance. Métamorphosée par cette alliance, elle se réfugie dans une étrange vallée, la Belladonna…

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Belladonna de Eiichi Yamamoto - affiche

Belladonna de Eiichi Yamamoto – affiche

« Nature fait les sorcières – c’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantastique et bienfaisante), elle est Sorcière et fait le sort, du moins endort, trompe les maux ». C’est par ses mots que s’ouvre le roman La Sorcière de Jules Michelet paru en 1862. Il s’agit d’un conte subversif à la dimension moderne et féministe, dont le réalisateur japonais Eiichi Yamamoto tente une adaptation, disons personnelle, en 1973. Produit par le légendaire studio, Mushi Productions, fondé par le non moins légendaire Osamu Tezuka (Astroboy, Le Roi Léo), Belladonna est le dernier d’une série de trois films d’animation (Animerama) à forte consonance érotique. Cette oeuvre, parfois plus proche de la saga, assumant son univers mythique et religieux gouverné par des instances telles que le Diable et les autres figures seigneuriales, n’en reste pas moins un conte pour adultes dès que l’être humain redécouvre l’existence en tant que tragédie, laissant transparaître dans un ultime plan un optimisme ravageur (La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, 1830). L’héroïne de Belladonna, mixte entre Jeanne d’Arc et une femme fatale tout droit sortie d’un hentai (mangas à caractère pornographique), affronte un monde fantastico-médiéval par le truchement symbolique de morts, de résurrection et d’étapes initiatiques, afin de transmettre son message guerrier et féministe à un peuple opprimé et aveugle.

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Belladonna de Eiichi Yamamoto

Belladonna de Eiichi Yamamoto

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Véritable mythe littéraire en puissance, Belladonna arbore fièrement ses lointaines influences, de Perrault à Goethe. Évidemment, comme dans bons nombres de contes, il y est question de rêverie de l’intimité : angoisse de l’abandon, évolution de la libido, exaltation phallique et représentations de figures parentales symbolisées par les Rois, les Saints et les Démons. L’apparition du fantastique – ce petit diable en forme de phallus – dans un univers symboliquement saturé produit un espace de jeu profane, parfois allégorique, mais surtout imaginatif, qui s’oppose radicalement à l’univers du pouvoir religieux, austère et grave, incarné par la visage squelettique du Seigneur. En outre, le réalisateur Yamamoto s’évertue à éclater sa narration en différents épisodes, ce qui confère au film cet aspect de saga, tout en dilatant sa durée à travers des phases extatiques, des orgies dionysiaques sous substances hallucinogènes. Il livre dès lors des essaims d’images chargés de significations affectives, sexuelles et bizarrement contemporaines.

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Belladonna de Eiichi Yamamoto

Belladonna de Eiichi Yamamoto

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Œuvre psychédélique typique des années 1970, Belladonna construit un paysage mental aussi foisonnant que déroutant, qui n’hésite pas à combiner différents niveaux de rêveries. Notons d’ailleurs le fabuleux travail sur la musique et la direction artistique. Sous le chatoiement des couleurs pops et des matières sensibles – variété infinie de techniques de dessins (aquarelle, gouache) –, un socle d’images à l’esthétique baroque s’organise prônant aussi bien la métamorphose des corps que le monde de l’illusion. Capturée puis brûlée telle une sorcière païenne, Jeanne, ligotée à son bûcher, se révèle être cet archétype universel et majeur de l’être humain, prisonnier de sa condition terrestre, aspirant à la liberté la plus digne et la plus totale. Derrière ces pauvres visages de villageoises, assistant à cette tragédie, et qui, soudainement, arborent une à une les traits de visage de Jeanne, devenue emblème, se cache la plus belle invention du film. Ainsi, sous ses allures de trip sous acide au rayonnement incandescent, Belladonna conserve encore aujourd’hui la rigueur structurelle et la richesse poétique des plus grandes œuvres romanesques, capables de jaillissements d’images abstraites d’une rare clarté. 

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Antoine Gaudé

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  • Ressortie de BELLADONNA réalisé par Eiichi Yamamoto en salles le 15 juin 2016 en version restaurée 4K.
  • Avec : Tatsuya Nakadai, Katsuyuki Ito, Aiko Nagayama, Masaya Takahashi…
  • Scénario : Eiichi Yamamoto, Yoshiyuki Fukada, d’après l’œuvre de Jules Michelet
  • Production : Osamu Tezuka
  • Animation : Gisaburo Sugii
  • Directeur artistique : Kuni Fukai
  • Photographie : Shigeru Yamazaki
  • Montage : Masashi Yamazaki
  • Musique : Masahiko Sato
  • Distribution : Eurozoom
  • Durée : 1h33

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