Ressortie/ Blow Out de Brian De Palma : critique

Publié par Thierry Carteret le 14 juin 2016

Synopsis : Un soir, dans un parc, Jack Terry, ingénieur du son, enregistre des ambiances pour les besoins d’un film. Il perçoit soudain le bruit d’une voiture arrivant à vive allure. Un pneu éclate. Le véhicule fou défonce le parapet et chute dans la rivière. Jack plonge et arrache à la mort une jeune femme, Sally. Mais le conducteur est déjà mort…

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Blow Out - affiche

Blow Out – affiche

À l’initiative du distributeur Mission et du CNC, Blow Out de Brian De Palma reprend le chemin des salles de cinéma en version restaurée. Cette œuvre réalisée en 1981 s’inscrit dans le meilleur de la filmographie du réalisateur, en dépit de son échec commercial lors de sa sortie à l’époque. Fort du succès de Pulsions en 1980, le producteur George Litto demande à Brian De Palma un nouveau projet de thriller à produire. Ce dernier lui propose alors un synopsis de quelques pages, rédigé à l’occasion d’un concours de scénarios. George Litto est emballé, mais De Palma préfère cependant se consacrer à la préparation du Prince de New York, avec John Travolta qu’il avait déjà dirigé dans Carrie en 1976, avant de se lancer dans un nouveau thriller hitchcockien. La réputation de Travolta, qui sortait du succès fulgurant de La Fièvre du samedi soir, est jugé trop « gentille » pour le personnage de Danny Ciello, policier de la lutte antidrogue, manipulé par ses supérieurs et chargé de piéger un avocat véreux. De Palma abandonne finalement ce projet confié à Sidney Lumet, avec Treat Williams dans le rôle. Entre temps, George Litto obtient le financement pour Blow Out sur la base du synopsis. De Palma rédige le scénario avec Bill Mesce Jr. et l’envisage comme une série B expérimentale. C’est alors que John Travolta se montre intéressé pour le rôle-titre. Avec sa présence au générique, le budget explose pour devenir celui d’un gros film hollywoodien ; ce n’est toutefois pas sans conséquence. De Palma bataille avec ses producteurs pour imposer une fin négative et tragique – l’une des plus marquantes du cinéma où le cri joue un rôle majeur. Nancy Allen, l’épouse de De Palma à l’époque, récompensée par le Golden Globe de la révélation de l’année dans Pulsions, rejoint le casting. À la sortie de Blow Out, les critiques ne sont pas tendres avec la comédienne, pointant son phrasé un peu ridicule. Mais Nancy Allen a parfaitement saisi son personnage de Sally, jeune femme attachante et faussement idiote en apparence. Parmi les seconds couteaux, on retrouve l’inquiétant John Lithgow (L’Esprit de Caïn) dans le rôle de Burke, le tueur sous contrat à tendance psychotique, et Dennis Franz (New York Police Blues) qui incarne Manny, le minable photographe escroc et opportuniste, personnage essentiel dans l’enquête.

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Blow OutBlow OutBlow OutBlow Out

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Admiratif des deux Palmes d’or au Festival de Cannes, Blow-Up (1966) de Michelangelo Antonioni et Conversation secrète (1974) de Francis Ford Coppola, Brian De Palma désirait combiner ces deux films pour composer une autre histoire, qui s’inspirerait aussi de l’assassinat de JFK et du scandale du Watergate. De Palma associe ici donc le son enregistré de Conversation Secrète et l’image manquante de Blow-Up. Si ce dernier s’attachait à une fausse enquête et une vraie réflexion sur le pouvoir de l’image et de l’apparence, Blow Out propose un pur suspense hitchcockien sur les techniques du cinéma et du son entre machination, paranoïa et faux-semblants. De Palma multiplie ainsi les clins d’œil et joue avec les codes dans cette intrigue centrée sur Jack Terry, un spécialiste de la prise de son et du doublage pour le cinéma bis. Un passage fait d’ailleurs le lien avec Harry Caul (Gene Hackman) de Conversation Secrète.

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Dès la séquence d’ouverture qui trompe le spectateur sur la teneur du spectacle à venir, le cinéaste affiche une mise en scène magistrale jusqu’à l’ultime séquence. Alors qu’il ouvre son thriller sur un banal slasher avec son tueur au couteau, il le termine sur une longue scène de poursuite sur fond de feu d’artifice. Magnifique et terriblement mélancolique, l’image finale est soutenue par la superbe partition du fidèle compositeur Pino Donaggio (Pulsions, Body Double, Carrie). Avec Blow Out, Brian De Palma crée un suspense de haute volée à la tension constante, grâce également à l’image désaturée du talentueux Vilmos Zsigmond, légendaire directeur de la photographie, après son travail sur Obsession en 1976. Certaines scènes sont réellement puissantes dans leur utilisation du plan-séquence et du split-screen. Le cinéaste livre au passage une métaphore du rêve américain. Le plan final où Nancy Allen hurle devant le drapeau américain s’inscrit comme une allégorie de l’Amérique post-guerre du Vietnam ; ce qui fait de Blow Out à la fois un suspense tenu mais aussi un grande oeuvre politique. Si Brian De Palma proposait ici l’une de ses réalisations les plus virtuoses, c’est l’occasion de (re)voir aujourd’hui ce chef-d’oeuvre sur grand écran.

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  • Ressortie de BLOW OUT réalisé par Brian De Palma en salles le 22 juin 2016 en version restaurée.
  • Avec : John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz, Peter Boyden, Curt May, Ernest Mcclure, John Aquino, John McMartin…
  • Scénario : Bill Mesce Jr, Brian De Palma
  • Production : George Litto
  • Photographie : Vilmos Zsigmond
  • Montage : Paul Hirsch
  • Décors : Paul Sylbert
  • Costumes : Vicki Sanchez
  • Musique : Pino Donaggio
  • Distribution : Mission
  • Durée : 1h47
  • Date de sortie : 17 février 1982

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