Livre/ Marcello Mastroianni par Jean A. Gili : critique

Publié par Jacques Demange le 25 octobre 2016

Résumé : Le vingtième anniversaire de sa disparition, en décembre 1996 à Paris, est l’occasion pour revenir sur une carrière marquée par des rencontres avec les plus grands cinéastes. Le livre, à l’iconographie soignée, revient décennie par décennie sur les étapes d’une carrière hors normes et évoque l’évolution d’un comédien qui passe des comédies légères aux chefs-d’œuvre de la maturité et qui vieillit en gardant intact son pouvoir de séduction.

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Marcello Mastroianni par Jean A. Gili - couverture

Marcello Mastroianni par Jean A. Gili – couverture

Chaque cinéphile semble avoir « son » Marcello Mastroianni. Il y a le séducteur de La Dolce Vita, l’époux frustré de Divorce à l’italienne, le vieux sentimental de L’Apiculteur, le cynique de L’Assassin, et tant d’autres. Étalée sur cinq décennies, la filmographie de Mastroianni prend, à mesure qu’on la découvre et redécouvre, la forme d’une œuvre unique et monumentale. C’est donc une volonté de maîtrise qui dicte les choix méthodologiques de l’auteur ayant décidé de découper sa monographie selon un ordre chronologique qui permet d’apprécier dans sa totalité l’évolution professionnelle et humaine de l’acteur. Il fallait aussi toute l’érudition de Jean A. Gili – membre du comité de rédaction de Positif, éminent spécialiste du cinéma italien et dont les éditions de la Martinière avaient déjà publié en 2011 un somptueux panorama du cinéma transalpin – pour parvenir à cerner les multiples nuances et facettes d’une persona si complète. Permettons-nous de reprendre à notre compte l’une des nombreuses citations émaillant la lecture de cet excellent essai : « Quand je pense à Marcello, il a la tête d’un de ses rôles puis d’un autre rôle et très vite apparaît le visage de l’ami qu’on a aimé » (Agnès Varda). Car avec Mastroianni, c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un acteur dont l’image se confond toujours avec celles de ses personnages, plus disparates que ceux-ci apparaissent. Insaisissable Mastroianni. Après le succès de La Dolce Vita qui le sacre vedette internationale, l’acteur n’aura de cesse d’écorner son image de latin lover, s’amusant à interpréter des impuissants à la virilité ou à la moralité meurtries.

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Marcello Mastroianni - La Dolce Vita

Marcello Mastroianni – La Dolce Vita

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En accord avec l’esprit de la commedia dell’arte, le rire se teinte souvent chez lui d’une atmosphère tragique, conférant à ses rôles une ambiguïté constructive et hautement réflexive. Celle-ci imprègne d’ailleurs jusqu’à la méthode de l’acteur, refusant les déterminismes psychologiques pour privilégier une approche instinctive, déployant son jeu dans l’instant de la scène. Jacques Perrin, son partenaire dans Journal intime de Valerio Zurlini, souligne ainsi la grande maîtrise d’un acteur qui ne rechignait jamais à la tâche. Sur le tournage d’Un, deux, trois, soleil, alors qu’il maîtrisait parfaitement le français, Bertrand Blier se rappelle que Mastroianni ne se séparait jamais de son dictionnaire, soucieux qu’il était de bien cerner les nuances de la langue de Molière. Progressivement alors, explique l’acteur « Je m’aperçois que je fais certaines choses que ne fait pas Mastroianni », une fusion qui ne l’empêchait nullement de préserver sa propre sensibilité pour mieux habiter la présence fictionnelle de ses personnages. Jean A. Gili revient ainsi sur la vie d’un homme partagé entre ses aventures professionnelles et sentimentales, les premières se confondant souvent avec les secondes à travers des collaborations presque toujours teintées d’une confiance amicale et productive.

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Malléable, Mastroianni s’adapte aux tempéraments artistiques les plus divers. De l’autocrate Fellini, qui en fait son alter-ego à l’écran, au chaleureux Boorman, en passant par Visconti dont l’acteur rappelle les différences opposant sa direction au théâtre et au cinéma, Mastroianni se nourrit sans doute de leurs discours mais n’en alimente pas moins leurs mises en scène de sa personnalité. Contre-exemple tout trouvé en la personne de Michelangelo Antonioni dont l’austérité ne pouvait s’entendre avec l’humanité ouverte et curieuse de son interprète. Soucieux d’exhaustivité, Gili s’attarde sur les œuvres maîtresses de l’acteur tout en rappelant ses projets avortés (Le Voyage de G. Mastorna avec Fellini bien sûr, mais aussi L’occhio del gatto avec Vittorio De Sica). Les nombreux souvenirs rapportés par les réalisateurs et partenaires de Mastroianni offrent quant à eux de nouvelles perspectives de recherche tout à fait intéressantes. Quant à la mise en page de ce beau livre, celle-ci profite de l’excellence des reproductions en noir et blanc, des couleurs de photogrammes et autres images d’archive. Seul bémol : l’absence de bibliographie alors que les citations de l’auteur stipulent la présence de références que l’on ne trouve pas dans l’ouvrage. Une faute minime qui n’enlève rien à l’importance de cette monographie féconde et plurielle épousant la forme et les particularités de cet acteur italien par excellence.

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