Livre/ Francis Ford Coppola : critique

Publié par Jacques Demange le 18 novembre 2016

Résumé : Il a été le roi d’Hollywood et remporté cinq Oscars dans les années 1970. Il a rêvé d’un cinéma électronique et connu la faillite dans les années 1980. Il a trouvé une synthèse entre grand spectacle et films intimistes dans les années 2000. Francis Ford Coppola est l’un des réalisateurs contemporains les plus singuliers. Richement illustré en couleurs, cet ouvrage est composé de textes qui parcourent chronologiquement son œuvre, de ses débuts dans l’écurie Corman à son dernier film en date, Twixt, en passant par le pivot Apocalypse Now, notamment au fil d’un long entretien de 1979 inédit en livre.

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Francis Ford Coppola - couverture

Francis Ford Coppola – couverture

Après Otto Preminger, George Cukor, et Sam Peckinpah, l’excellente maison d’édition Capricci consacre son nouveau volume collectif à Francis Ford Coppola. “Gargantuesque”, “mégalomane”, “démiurgique”, “génial”, les appellations ne manquent pas pour qualifier ce réalisateur dont la personnalité, fantasmée ou non, répond souvent à la nature d’une oeuvre plus homogène qu’elle n’y parait de prime abord. De ses débuts au sein de l’écurie Corman à Twixt (2012), son dernier film en date, le présent volume revient sur l’ensemble de la filmographie de l’auteur pour en analyser les points de rencontre, les divergences, les évolutions et les récurrences. L’approche méthodologique se révèle particulièrement éclairante. En optant pour le découpage chronologique, les auteurs font voir le développement continu d’une oeuvre qui prend progressivement la forme d’un work in progress particulièrement concluant. Gilles Esposito retrouve dans les premières collaboration du réalisateur les traces de ses futures thématiques ainsi que certains traits, encore contenus en germe, d’un style en devenir. Les anecdotes de tournage font voir la détermination d’un apprenti-cinéaste capable de pondre un script en une nuit, tout en recyclant différents stock shots pour répondre aux attentes de son producteur. Les Gens de la pluie (1969), que l’on considère souvent comme la première oeuvre personnelle de Coppola, permet à Cédric Anger de revenir sur certaines thématiques propres à l’auteur (la route, le déplacement), tandis que Miguel Marias perçoit la circularité formelle de Conversation secrète (1974) ainsi que sa mise à distance constante vis-à-vis des principes d’identification comme certains des tropes de l’oeuvre coppollienne. De son côté, Jean Douchet souligne la beauté de Dracula (1992) qui apparaît comme un gigantesque hommage rendu au Septième art ; la vampirisation faisant écho aux principes constitutifs du dispositif cinématographique. Jean-François Rauger cherche et parvient à réhabiliter deux films assez malaimés de sa filmographie (Jack et L’Idéaliste), une entreprise à laquelle répond l’étude de Murielle Joudet se concentrant sur la décennie 80 du réalisateur et dont le méconnu La Vallée du bonheur (1968) se présente comme la matrice essentielle. Mathieu Macheret, pour sa part, s’attarde sur les derniers films de Coppola (L’Homme sans âge, Tetro, Twixt) pour rappeler leur caractère innovant ainsi que la logique éparse et onirique à l’origine de leur création.

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Le Parrain (The Godfather) de Francis Ford Coppola avec Marlon Brando

Le Parrain (The Godfather) de Francis Ford Coppola avec Marlon Brando

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Mais pour beaucoup, la carrière de Coppola tient en seulement quelques films : la trilogie du Parrain (1972-1990), qui permet au réalisateur de devenir un “super-auteur” et d’imposer son nom à l’intérieur de l’industrie hollywoodienne, et Apocalypse Now (1979) qui a, plus qu’aucun autre de ses films, contribué à répandre la légende d’un cinéaste obsessionnel et jusqu’au-boutiste. Difficile d’appréhender ces deux magna opera, et il faut féliciter Jean-François Buiré et Hervé Aubron de s’être acquités de leur tâche avec force et brio. Pour offrir une vue d’ensemble de la saga du Parrain, Buiré opte pour l’exercice de l’analyse de séquence, s’attardant sur trois scènes emblématiques de la trilogie. De film en film, l’auteur souligne l’évolution d’un personnage en même temps que celle d’une mise en scène. Au style de Coppola répond l’interprétation de Al Pacino, les deux hommes offrant au public le spectacle d’une dégradation morale et physique qui confine au sublime. Aubron prend Apocalypse Now à bras le corps et consacre près de vingt pages à ce chef-d’oeuvre qui continue de susciter dialogues et polémiques. Au fil de l’écriture, l’auteur en vient à décrire le film comme un « blockbuster du Nouvel Hollywood » marqué par la figure philosophique de l’idiot, soulignant ainsi son rôle de charnière à l’intérieur de l’oeuvre du réalisateur et du cinéma américain en général. Aubron revient sur les origines littéraires du film, commente avec précision ses dérives formelles avant de conclure à la fin du gigantisme et à l’émergence d’un cinéma de la couleur s’opposant à la « palette sombre et étouffée » qui prédominait jusqu’alors.

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Apocalypse Now

Apocalypse Now

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Les multiples illustrations couleurs accompagnent et redoublent les arguments des auteurs. Capricci a particulièrement soigné sa mise en page afin de faire profiter au lecteur d’une vision plus concrète de l’art et la manière de Coppola. En guise d’intermède, la reproduction d’un grand entretien réalisé par les Cahiers du cinéma en 1978 se révèle particulièrement instructif. Alors que le réalisateur est en train de préparer le montage d’Apocalypse Now, il revient sur les débuts de sa carrière, ses rapports avec les producteurs, techniciens et acteurs, tout en évoquant longuement l’expérience-limite que représenta la production de ce film hors-normes. Interrogé sur sa relation avec Marlon Brando, Coppola décrit l’acteur comme formant “un tout”, une formule qui pourrait tout à fait convenir à la persona de son énonciateur. L’oeuvre de Coppola apparaît en effet comme une plénitude marquée par des failles et des béances. Une constellation à l’intérieur de laquelle les écarts seraient les premières fondations de l’ensemble. Voilà ce qui agite la réflexion des neuf co-auteurs à l’origine d’une somme que l’on peut considérer comme un incontournable pour qui s’intéresse de près ou de loin à la carrière de ce grand maître du cinéma américain.

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  • FRANCIS FORD COPPOLA par un collectif disponible en librairie aux Éditions Capricci, “Hors Collection” depuis le 17 novembre 2016.
  • 192 pages
  • 22 €

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Source: CBO Box office

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