Tapis Rouge de Frédéric Baillif : critique

Publié par Camille Carlier le 8 mai 2017

Synopsis: Des jeunes d’un quartier défavorisé vont au Festival de Cannes pour faire un film. Film que vous pourrez également voir après Tapis Rouge.

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Tapis Rouge - affiche

Tapis Rouge – affiche

Tapis Rouge est le premier long-métrage de Frédéric Baillif, après plusieurs documentaires, en collaboration avec Kantarama Gahigiri. Sur un scénario qu’ils co-écrivent avec Frédéric Landenberg, le Suisse propose un cinéma du vrai, au réalisme troublant, et signe un double projet, un film d’une heure et demie et un court métrage. Le récit s’ouvre sur le quartier de Boveresses à Lausanne. L’ambiance un peu désolée semble soumettre les jeunes de cette cité à une attente perpétuelle entre loisirs d’appoint et débrouillardise pour s’échapper. Les décors se font labyrinthiques, entre béton et petits carrés de verdure, dans un espace où pour observer le ciel et le Lac Léman, il faut grimper sur les toits des tours. Joseph Areddy, directeur de la photographie, compose une teinte brute, aux couleurs froides, servant une fiction criante de vérité. Tapis Rouge pourrait être scindée en trois parties, reliées par l’objectif des protagonistes, mais distinguées par l’identité et le rythme que revêt chaque étape. D’abord par une chronique urbaine sur un groupe d’amis, biberonnés au grand cinéma en apparence inaccessible, qui souhaite se lancer dans l’aventure de la réalisation. Jaimerose (Jaimerose Awazi), à l’origine de l’idée, se heurte aux réticences de son entourage. “Tu t’appelles Scorsese?” lui répond Ali (Marlon Ali Lattion) tandis que d’autres imaginent réaliser cela en filmant avec leur portable. On apprend à connaître et à appréhender ces personnages rugueux et touchants qui voient dans l’écriture du scénario une manière de raconter ce qu’ils vivent au quotidien. “J’ai écrit un scénario qui dure des heures” explique Jaimerose à l’animateur Frédéric (Frédéric Landenberg), qui les aide dans cette entreprise avec sa stagiaire Melissa (Mélissa Haguma). Celle-ci apparaît comme une sorte d’avatar du spectateur et permet un regard extérieur pertinent, exprimé au détour de dialogues subtiles.

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Tapis Rouge

Tapis Rouge

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La seconde partie, savoureuse, prend la forme d’un road-movie. C’est ici l’apprentissage du compromis pour ces jeunes qui sont obligés sur le chemin pour Cannes, de réaliser des excursions culturelles. La mise en scène est pertinente, notamment dans la découverte par ce groupe d’un extérieur qu’il ne connaît pas. On découvre les personnages à travers les relations qu’ils entretiennent ensemble, tant dans une scène de visite d’un site historique devenu terrain de jeu, que dans les moments de cacophonie où ils ne s’entendent pas. “Quand on se prend la tête ça crée du lien” souligne l’un d’eux. Le jeu est franc, pour des acteurs authentiques et sans expérience qui ont été entraînés à l’improvisation par Baillif. Seul Frédéric Landenberg, est acteur de profession. Il est d’ailleurs parfait dans ce rôle d’homme dévoué, parfois dépassé, qui tente de maintenir une cohésion dans ce groupe aux personnalités compliquées.

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L’arrivée au Festival de Cannes est l’occasion d’une scène forte qui voit ces jeunes hommes sortir de leur tentes de camping, vêtus d’un costard. Ils arpentent tels les Reservoir Dogs de Tarantino la croisette “scénario en poche” à la recherche d’un producteur. La promenade de mer se fait alors rampe de lancement. Baillif réalise ici un film sensible dans le sens noble du terme et sans jamais tomber dans le pathos. Les plans souvent filmés caméra à l’épaule permettent une proximité avec les acteurs. On appréhende alors Né pour mourir, le court-métrage qui suit, en comprenant sa genèse et sa valeur. L’histoire est celle d’un homme qui, au sortir de la prison d’où il vient de purger sa peine, se rend sur la tombe de son petit frère. La technique y est davantage travaillée et le propos proche de ce que Mc Solaar décrivait dans Nouveau Western. Un parallélisme s’opère entre violence urbaine et grand film spaghetti, pour un hommage au genre cinéma. 

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Camille Carlier

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  • TAPIS ROUGE co-réalisé par Frédéric Baillif et Kantarama Gahigiri en salles le 10 mai 2017.
  • Avec : Frédéric Landenberg, Jaimerose Amidouz Awazi, Mélissa Haguma, Marlon Ali Lattion, Emmanuel Rivolet, Sébastien Lopez Buanga, Joël Gerber, Yusuf Ali, Marcel Ndala…
  • Scénario: Frédéric Baillif, Kantarama Gahigiri, Frédéric Landenberg
  • Production: Frédéric Baillif
  • Photographie: Joseph Areddy
  • Montage: Dorian Tabone, Frédéric Baillif, Gabriel Bonnefoy
  • Distribution: Wayna Pitch
  • Durée: 1h30 + 15 minutes de court-métrage

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