Livre/ La star et son complexe par René Bonnell : critique

Publié par Jacques Demange le 1 octobre 2017

Résumé : Dès ses débuts, Hollywood a compris que pour fidéliser un public, il fallait fabriquer une mythologie autour des acteurs. C’est ainsi qu’est née la star, référence absolue pour la comédienne qui se défend pourtant de chercher à en devenir une. Car sans négliger les avantages de la célébrité, elle en souligne les inconvénients. Ce qu’elle souhaite avant tout, affirme-t-elle, c’est exercer un métier qui la passionne.  Mais est-ce si simple  ? Que cache ce besoin de reconnaissance  ? Qu’est-ce qui, dans son histoire personnelle, génère ce désir  ? Jouer la comédie est-il le véritable enjeu ? Et pourquoi chercher à s’exposer quand les réseaux sociaux et le portable espion changent les règles d’une notoriété devenue dangereuse  ? Comment préserver son aura dans une communication mondialisée où le 7e art joue sa propre survie  ?

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La star et son complexe - couverture

La star et son complexe – couverture

Depuis 1957 et la publication de Stars d’Edgar Morin, on sait que la figure de la vedette convoque une série de questionnements anthropologiques et idéologiques particulièrement intéressants. Soixante ans plus tard, René Bonnell, producteur, fondateur de Studio Canal Plus, ancien directeur de la distribution de Gaumont, et président de la Femis, reprend brillamment le flambeau. Le complexe étudié par l’auteur se détourne de la perspective habituelle des études sociologiques. Ce n’est pas tant le public qui intéresse Bonnell que la star elle-même. Se focalisant principalement sur le genre féminin, l’étude s’emploie donc à comprendre l’origine de ce désir de « visibilité » qui caractérise bien souvent le métier d’actrice ou de comédienne. Après un bref retour sur l’histoire de la star, l’auteur aménage tout au long de son ouvrage une place de choix à la parole des principales intéressées. Les souvenirs rapportés par certaines grandes figures du Septième art (de Marilyn Monroe à Isabelle Adjani en passant par Jeanne Moreau, Ava Gardner, Scarlett Johansson, ou Anjelica Huston) permettent d’établir certaines constantes. L’étude du statut social, ainsi que la présence de déterminismes psychologiques marqués offrent de stimulantes perspectives de recherche. Absence du père, présence parfois oppressante de la mère, rejet ou engouement sans borne des parents pour la carrière choisie, éclairent certaines conséquences dramatiques et dont la première serait la soumission plus ou moins consciente au regard masculin et patriarcal toujours en vigueur dans l’industrie cinématographique. On peut sur ce point regretter l’absence de toute analyse de jeu. La question de l’interprétation aurait pu en effet nuancer certaines remarques par trop catégoriques.

 

Ainsi du concept de la star-auteur (variation autour du concept d’ « acteur-auteur » formulé par Patrick McGilligan) – que l’on retrouve, il est vrai, plus aisément du côté des hommes (James Cagney, Marlon Brando, et plus près de nous Leonardo DiCaprio), mais qui existe aussi chez les femmes (de Mary Pickford à Isabelle Huppert en passant par Greta Garbo) – qui, par son jeu parvient à se détacher des carcans idéologiques auxquels on aurait voulu l’asservir. Il faut par ailleurs signaler que si les « super-auteurs » de la Nouvelle Vague permirent de mettre la figure du réalisateur sous le feu des projecteurs, le succès de leurs films furent aussi le fait des vedettes, féminines de surcroît (Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau), qui acceptèrent de les soutenir.

 

Comme l’écrit joliment Bonnell : « L’écran de cinéma (…) est un récepteur passif de lumière. Regard du spectateur et faisceau du projecteur adoptent la même direction. » De fait, la star s’apparente à un relais propre au mécanisme de son médium. Ce lien inextricable explique en partie la progressive désagrégation de son aura à partir des années cinquante. C’est ici que l’essai se révèle le plus intéressant. Bonnell remarque que la popularisation du petit écran (télévision, mais aussi internet) a conduit à l’avènement du « starisme », soit une idée de la star définie par un nouveau type d’identification et un renforcement accru du caractère programmatique de sa persona. Malgré tout, l’ancien mythe de la star résiste et son complexe persiste, devenant , à l’instar du « film de cinéma », un nouvel objet de fétiche. L’ouvrage de Bonnell se propose en définitive comme un solide tour d’horizon de ce ciel aux étoiles éternelles.

 

 

 

  • LA STAR ET SON SON COMPLEXE
  • Auteur(s) : René Bonnell
  • Édition : Léo Scheer
  • Date de parution : 4 octobre 2017
  • Format : 240 pages
  • Tarif : 20 €

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