Ressortie / Dirty Dancing de Emile Ardolino : critique

Publié par Lucia Miguel le 5 décembre 2017

Synopsis : Dans les années soixante, Bébé passe des vacances familiales monotones jusqu’au jour où elle découvre qu’un groupe d’animateurs du village estival forment un groupe de danse. Pour la jeune fille sage, c’est le début de l’émancipation grâce au « dirty dancing », cette danse ultra-sensuelle, et la rencontre avec Johnny Castel, le professeur de danse.

♥♥♥♥

 

Dirty Dancing - affiche

Dirty Dancing – affiche

Le Grand Rex a célébré le 4 décembre le trentième anniversaire de Dirty Dancing avec une projection spéciale en Grand Large qui précède sa ressortie en salles ce mercredi 6 décembre. Film culte de la fin des années 1980, Dirty Dancing a envoûté toute une génération qui a su voir dans cette œuvre, héritière de Grease (1978), un film à la fois romantique et féministe. Parangon nostalgique d’une décennie remplie de mythes, le musical de Emile Ardolino fît l’unanimité lors de sa sortie en 1987. Il donnait à voir un parfait équilibre entre une femme indépendante et une femme livrée corps et âme à son compagnon. Deuxième succès au box-office cette année-là, avec plus de 60 millions de dollars de recettes, Dirty Dancing fut une révolution. Il a réussi à faire adhérer toute une génération – sans doute les mêmes qui hurlaient hier soir, accrochés aux fauteuils du Grand Rex, à chaque fois que Patrick Swayze bougeait le petit doigt, et qui chantaient à plein poumon la musique des sixties. Le secret d’un tel succès ? Le choix de Jennifer Grey pour incarner « Bébé ». Grey n’est pas la perfection type Olivia Newton John (Grease) ou Jennifer Beals (Flashdance). Sa première apparition dans le film laisse indifférent. Elle est quelconque et ne se démarque ni par sa beauté ni par son charisme. Elle va justement permettre une identification pleine et sincère auprès de la gent féminine. Bébé est leur miroir.

 

Dirty Dancing

Dirty Dancing

 

Ce lien intime qui se tisse, dès le début, entre le personnage et les spectatrices est la réussite du film. Mais on la doit aussi beaucoup à Patrick Swayze, qui incarne le cliché bad-boy indifférent, blessé par la vie et incapable de ressentir, qui joue le dur par peur de souffrir. Séduire Johnny permet à Bébé de se détacher de la masse, de briller, de devenir unique et spéciale. Et Johnny, par sa démarche, sa dégaine de rockeur, son déhanché et son sourire charmeur, est devenu fantasme pour toute une génération. Il représente ici ce fruit interdit qui a provoqué la perte du paradis. Le film n’a pas eu vraiment d’impact sur le public masculin. L’identification est plus problématique. Johnny est un objet désir, pour flatter l’ego de Bébé, des femmes et montrer leur pouvoir. C’est dans ce sens que Dirty Dancing a pu être considéré comme un film féministe lors de sa sortie. S’il transmet des idées sur l’amour plutôt traditionnelles, il élève la figure féminine au-delà de l’amant et même du père.

 

Musical romantique pour filles en apparence, Dirty Dancing est devenu un phénomène mondial. Il a eu droit à sa version sur scène à Broadway et à une suite médiocre Dirty Dance 2. Trente ans plus tard, le film d’Ardolino continue de susciter la même émotion, notamment auprès de ses fans de longue date, qui vénèrent le couple Grey/Swayze comme des dieux des années 1980. Revoir Dirty Dancing en Grand Large permet d’apprécier davantage les scènes de danse, parfaitement chorégraphiées par Kenny Ortega sur l’excellente bande-son soul qui traverse toute l’histoire d’amour de Bébé et Johnny. Mais aussi à ses répliques cultes et mémorables, comme « On laisse pas Bébé dans un coin », « Johnny, arrête de courir après ton destin comme un cheval sauvage », « Ça, c’est mon espace de danse, et ça, c’est ton espace de danse. Tu n’envahis pas mon espace, je n’envahis pas ton espace ». Un film qui participe ainsi à tous ces hommages nostalgiques qui tendent, toujours plus aujourd’hui, à glorifier cette décennie de danses frénétiques, de leggins fluorescents et de baskets montantes.

 

 

  • DIRTY DANCING
  • 30ème anniversaire
  • Ressortie salles : 6 décembre 2017
  • Réalisation : Emile Ardolino
  • Avec : Jennifer Grey, Patrick Swayze, Jerry Orbach, Kelly Bishop, Cynthia Rhodes, Jack Weston, Max Cantor, Jane Brucker, Lonny Price, Charles Honi Coles, Neal Jones, Wayne Knight, Paula Trueman…
  • Scénario : Eleanor Bergstein
  • Production :  Linda Gottlieb
  • Photographie : Jeff Jur
  • Montage : Peter C. Frank
  • Décors : Clay A. Griffith
  • Costumes : Hilary Rosenfeld
  • Musique : John Morris
  • Chorégraphie : Kenny Ortega
  • Distribution : Splendor Films
  • Durée : 1h40
  • Sortie initiale : 23 décembre 1987

 

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