Mémoires du Cinéma : La Soif du Mal de Orson Welles (1958)

Publié par Philippe Descottes le 7 février 2018

LA PRESSE DE L’ÉPOQUE

 

La Soif du Mal - Marlene Dietrich

La Soif du Mal – Marlene Dietrich

 

Pour

 

« (…) pour un créateur véritable une histoire, quelle qu’elle soit, n’est qu’un prétexte, et (…) les servitudes du film policier n’ont jamais été de celles qui brident irrémédiablement un talent. La Soif du Mal ne devait être qu’un film de troisième catégorie. S’il est autre chose, c’est qu’Orson Welles y a posé sa griffe et que cette griffe est celle d’un grand fauve de l’écran. » Jean de Baroncelli – Le Monde – 7 juin 1958

 

« Orson Welles démontre une fois de plus qu’il n’est pas de petit sujet pour un grand artiste. D’un roman policier courant, fait par n’importe qui, il a tiré une œuvre d’art étrange et noire, d’un style admirable, pleine de cette poésie puissante et saugrenue qui s’épanouissait dans La dame de Shanghai. (…) La Soif du mal, en plus de toutes ses richesses poétiques, plastiques, intellectuelles, est un film passionnant, aussi passionnant qu’un bon film policier. » Carrefour – 11 juin 1958.

 

« Jeu (intellectuel) de cache-cache ou expression sincère d’un tourment personnel ! Le film de Welles est tout à la fois, passionnant et haïssable. La mise en scène, fondée sur des travellings interminables et de savants effets de profondeur de champ, est d’un brio prodigieux. » Jean Rougerieux – Image et Son N°113 – Juin 1958

 

« C’est un film qui nous humilie un peu parce qu’il est celui d’un homme qui pense beaucoup plus vite que nous, beaucoup mieux et qui nous jette à la figure une image merveilleuse alors que nous sommes encore sous l’éblouissement de la précédente. D’où cette rapidité, ce vertige, cette accélération qui nous entraîne vers l’ivresse. Qu’il nous reste toutefois suffisamment de goût, de sensibilité et d’intuition pour admettre que cela est grand et que cela est beau. » François Truffaut – Arts – 4 Juin 1958.

 

« Mêlant les longues prises acrobatiques aux plans courts et aux flashes d’un éclat violent, Welles fait passer à travers tout son film un rythme prodigieux, une sorte de mélodie de la vitesse qui précipite cette aventure vers son dénouement tragique. Tant de sûreté et de force dans l’emploi d’une technique au maniement difficile est celle d’un maître. Sur un petit sujet et dans un genre qu’il est le premier à mépriser, Welles a su néanmoins retrouver la grandeur et nous prouver une fois de plus son génie. » André Bazin  – Radio Cinéma – 15 juin 1958

 

« Pour retracer cette histoire où s’affrontent éternellement en un combat douteux l’ombre et la lumière, Welles utilise à merveille les splendeurs de l’art baroque. Aussi ne faut-il pas le prendre au pied de la lettre, quand il affirme qu’il a choisi un style baroque uniquement parce que les autres metteurs en scène ne l’ont pas fait. Il y a, au contraire, parfaite adéquation entre la vision d’un monde de démesure et de frénésie et l’expression torturée, saccadée, déformée, de ce monde. » Jean Domarchi – Les Cahiers du Cinéma – Juillet 1958

 

Contre

 

« La « beauté » de ce film est toute formelle. Il ne lui manque que la consistance d’une matière première de bonne qualité. Imagine-t-on Rodin taillant sa « Porte de l’Enfer »  dans du nougat ? Stendhal déployant son génie pour écrire « Touchez pas au grisbi » ? (…) Evidemment, on aurait tort de prendre ce film pour une simple « série noire ». Mais il ne faut pas le considérer non plus comme autre chose qu’un excellent exercice de style d’une forme exceptionnelle. Orson Welles dépense beaucoup de génie, gaspille énormément de talent pour une très mauvaise cause. » Jacques Deltour  – L’Humanité – 7 juin 1958.

 

« On peut se demander où tout cela nous conduit moralement. Dans un monde certainement où rien n’est stable et qui se caractérise par un « mélange de mouvement et de tension » : lorsque le film se termine, toutes nos conceptions morales ont été ébranlées ou bouleversées. On peut se demander si l’impression finale est de compassion compréhensive ou de défaitisme égoïste. » Robin Wood – Positif n°167 – Mars 1975.

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