Ghostland de Pascal Laugier : critique

Publié par CineChronicle le 13 mars 2018

Synopsis : Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

♥♥♥♥

 

Ghostland - affiche

Ghostland – affiche

Dix ans après Martyrs, déjà remarqué à l’époque pour sa force crue et son refus des concessions, Pascal Laugier, à qui l’on doit aussi The Secret en 2012, avec Jessica Biel, reste dans son domaine de film d’horreur qu’il s’amuse à triturer avec Ghostland. C’est un genre avec lequel il est difficile de surprendre, puisque ses codes sont aujourd’hui bien connus et que le plaisir que l’on en tire vient plus de l’épreuve de nos limites en tant que spectateur que du récit habilement construit. Ce que Martyrs a fait comme peu de films français avant ou après lui. Néanmoins Laugier ne se sert pas de son scénario comme prétexte à filmer l’insoutenable. Il livre une histoire à modulations, jouant également avec les recettes des films d’horreur habituels. Une oeuvre qui rappelle à bien des égards le style de Tobe Hooper, tout en prenant sa source chez HP Lovecraft. Beth (Emilia Jones) et Vera (Taylor Hickinson), deux soeurs accompagnées de leur mère (Mylène Farmer, très convaincante) héritent d’une maison et s’y installent. Cependant deux psychopathes débarquent dès le premier soir et la famille, paniquée, tente de survivre à cette agression. Plusieurs années plus tard, Beth est devenue une auteure célèbre (Crystal Reed) et publie son livre Ghostland, mettant en fiction ses souvenirs de ce drame. Les allers-retours entre ces deux temporalités marquent une distance avec la simple horreur, jusqu’à la révélation de milieu de film, qui fonctionne justement parce qu’elle est au milieu du film, laissant présager du pire. D’où une certaine astuce d’écriture qui flirte avec certains poncifs du genre.

 

GhostlandGhostlandGhostlandGhostland

 

Moins catégorique que Martyrs dans sa mise en scène, Ghostland est plus accessible mais pas moins sordide. Le jeu avec le hors-champ est toujours une arme des films d’épouvante/horreur bien qu’ici il ne sert pas à suggérer mais plus à maintenir la tension. Chez Laugier, les personnages et leur dignité ne sont pas protégés par le hors-champ. Il faut montrer, il faut atteindre les points sensibles directement. D’où l’importance des souvenirs de Beth, puisque c’est elle qui occulte ou transforme certains passages de son passé, les reléguant dans un hors-champ parce qu’ils sont insupportables. L’habileté de la scénographie se remarque par le labyrinthisme constant de la maison où les filles doivent se cacher. C’est bien ici que se concentrent les enjeux principaux. On regrette peut-être les plans insistants qui montrent que l’on doit voir pour comprendre, laissant une certaine frustration prendre place. Laugier fait preuve d’un bon sens du montage aussi, grâce au travail de Dev Singh, notamment lorsqu’il s’agit de conserver la tension d’une scène, bien qu’il nous serve également quelques jump scare.

 

Alors que la facture du film est irréprochable, le traitement de la femme dans les films d’horreur et plus particulièrement ici reste discutable, notamment après Martyrs. Toujours victimes en quête de rédemption, elles doivent sans cesse prouver leur force. La torture qui leur est réservée est d’autant plus pénible que la signification qui s’en dégage est abjecte. L’une de leur punition par leur ravisseur est d’être ici déguisée en poupée (style poupée de cire, geisha) et de se laisser faire sous menace d’être encore plus maltraitée. Les personnages grimés ainsi ne sont que le reflet d’une vision simpliste des rôles de chacun. Face à elles, les deux détraqués se sont pas en reste : un chétif portant une perruque de longs cheveux noirs et un bébé géant à la force surhumaine qui ne peut articuler deux mots, se réduisant à son seul plaisir de manipuler des poupées. Comptant déjà un franc succès au Festival de Gérardmer cette année, avec trois trophées (Prix du Jury, Prix du Public, Prix du Jury Syfy), Ghostland s’affirme comme une valeur sûre du cinéma de genre et parvient comme peu de films de sa catégorie à confronter réjouissance et malaise.

 

Alexandre Pierzak

 

 

 

GHOSTLAND
Sortie salles : 14 mars 2018
Réalisation et Scénario : Pascal Laugier
Avec : Crystal Reed, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Emilia Jones, Taylor Hickson, Rob Archer, Angela Asher, Tony Braga,…
Production : Clément Miserez, Jean-Charles Lévy, Scott Kennedy, Ian Dimerman
Photographie : Danny Nowak
Montage : Dev Singh
Décors : Sara McCudden
Costumes : Brenda Shenher
Distribution : Mars Films
Durée : 1h31

 

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