Pacific Rim Uprising de Steven S. DeKnight : critique

Publié par CineChronicle le 23 mars 2018

Synopsis : Le conflit planétaire qui oppose les Kaiju, créatures extraterrestres, aux Jaegers, robots géants pilotés par des humains, n’était que la première vague d’une attaque massive contre l’Humanité. Jake Pentecost, un jeune pilote de Jaeger prometteur dont le célèbre père a sacrifié sa vie pour sauver l’Humanité des monstrueux Kaiju a depuis abandonné son entraînement et s’est retrouvé pris dans l’engrenage du milieu criminel.  Mais lorsqu’une menace, encore plus irrésistible que la précédente, se répand dans les villes et met le monde à feu et à sang, Jake obtient une dernière chance de perpétuer la légende de son père aux côtés de sa sœur, Mako Mori – qui guide une courageuse génération de pilotes ayant grandi dans l’ombre de la guerre. Alors qu’ils sont en quête de justice pour leurs camarades tombés au combat, leur unique espoir est de s’allier dans un soulèvement général contre la menace des Kaiju. Jake est rejoint par son rival, le talentueux pilote Lambert et par Amara, une hackeuse de Jaeger âgée de 15 ans, les héros du Corps de Défense du Pan Pacific devenant la seule famille qui lui reste. S’alliant pour devenir la plus grande force de défense que la Terre n’ait jamais connue, ils vont paver un chemin vers une extraordinaire nouvelle aventure.

♥♥♥♥

 

Pacific Rim Uprising - affiche

Pacific Rim Uprising – affiche

Avant d’atterrir entre les mains de Steven S. DeKnight, la suite de Pacific Rim devait être réalisée par son créateur, Guillermo Del Toro. Il avait pour projet d’en faire une trilogie, accompagnée d’une série d’animation et de comics. Mais pour cause d’emploi du temps chargé avec les studios, il s’est orienté -à raison- sur La Forme de l’Eau, qui lui valu quatre Oscars dont celui du meilleur film, laissant les rênes à un autre réalisateur. Connu pour son travail de scénariste sur les séries Spartacus, qu’il a créée, et Daredevil dont il est le showrunner, Steven S. DeKnight réalise ici son premier long métrage. Il se retrouve ainsi avec la lourde tâche de succéder au cinéaste mexicain pour une suite à son univers. Pacific Rim Uprising nous amène sur les traces de Jake Pentecost (John Boyega), jeune pilote de Jaegers prometteur qui a délaissé l’entraînement au profit d’une vie de petit criminel. Il n’est autre que le fils du personnage d’Idris Elba, dont le sacrifice avait permis de sauver l’humanité dix ans auparavant. Lorsque Del Toro a quitté le navire, il y avait donc de quoi s’inquiéter. Et les bandes annonces n’ont fait qu’accentuer ces craintes, qui se confirment à la vision de ce film. Pacific Rim Uprising est vide de tout ce qui a fait l’essence du premier opus et ce, à tous les niveaux, visuels et narration.

 

Pacific Rim Uprising

Pacific Rim Uprising

 

Là ou le modèle nous racontait une histoire quand même mieux structurée et cohérente, les réécritures effectuées sur le scénario de cette suite sont cousues de fil blanc. Les séquences d’introduction s’enchaînent sans qu’on n’ait le temps de les assimiler. Toutes les situations ne sont que prétexte aux scènes d’action. Le film sombre dès lors dans l’écueil de tous les clichés des mauvais blockbusters, et la destruction des villes y est outrageusement massive, sans aucune nécessité. Les personnages (principaux et secondaires) sont ici transparents et on peine à s’attacher à eux. À l’exception de John Boyega, qui incarne un héros confronté aux souvenirs et à l’héritage de son père. C’est en outre la seule thématique véritablement abordée car tout le reste est survolé. Cependant, son personnage manque de consistance, car il n’est rien de plus qu’un adolescent fuyant ses responsabilités. Il est accompagné d’un Scott Eastwood superficiel, dans le rôle de l’ancien rival, avec lequel il va former une nouvelle classe de cadets, et d’une nouvelle recrue, Amara (Cailee Spaeny), une jeune hackeuse de robots, badass mais cliché. Cette dernière est en outre calquée sur le personnage de Mako, partageant les mêmes antécédents. Le réalisateur va même jusqu’à reprendre l’idée de la fameuse scène du flashback prenante et traumatisante, mais vidée de toute émotion et sans puissance évocatrice.

 

Pacific Rim Uprising

Pacific Rim Uprising

 

Si le fond est inconsistant, on pouvait néanmoins espérer un minimum de divertissement dans la mise en scène de combats. Il n’en est rien. Guillermo Del Toro nous offrait des moments dantesques avec un rapport à l’échelle efficace, DeKnight enchaîne les money shots sans âme. Les Jaegers deviennent ici, aussi légers et agiles que des humains. Tout l’aspect mécanique, rouillé et imposant qui faisait le charme du premier, est balayé. Del Toro a su jouer avec les codes du cinéma japonais, livrant un étonnant film de monstres et de robots géants, tout en évitant le terrain Transformers. Steven S. DeKnight s’y fourvoie corps et bien. Même triste constat pour le design des Kaijus, qui correspondait à la vision de Del Toro, ce grand amateur de créatures mythologiques. Chez DeKnight, ils deviennent secondaires, dénués de toute personnalité et n’apparaissent qu’à la fin. La photographie ne s’en sort pas non plus. Visuellement, Pacific Rim proposait des images magnifiques d’un Tokyo nocturne tout en néon. L’intégralité des combats de Pacific Rim Uprising se déroule en plein jour et rend l’ensemble factice et peu agréable à regarder. On peut cependant sauver légèrement les effets numériques qui, d’un point de vue purement technique, restent corrects. Ils sont néanmoins au service d’une mise en scène peu inspirée, qui multiplie les effets de ralenti inutiles. Il en ressort donc un film aseptisé loin de la virtuosité de son modèle. Un gigantisme outrancier qui ne rime à rien.

 

Georges Malher

 

 

 

  • PACIFIC RIM UPRISING
  • Sortie salles : 21 mars 2018
  • Réalisation : Steven S. DeKnight
  • Avec : John Boyega, Scott Eastwood, Cailee Spaeny, Rinko Kikuchi, Charlie Day, Burn Gorman, Jing Tian, Adria Arjona, Zhang Jin…
  • Scénario : Guillermo Del Toro, Zak Penn, Derek Connolly, d’après une histoire de Travis Beecham
  • Production : Guillermo Del Toro, Jon Jashni, Femi Oguns, Mary Parent, Thomas Tull
  • Photographie : Dan Mindel
  • Montage : Dylan Highsmit, Zach Staenberg, Josh Schaeffer
  • Décors : Stefan Dechant
  • Costumes : Gillian Buler, Cynhtia La Jeunesse
  • Musique : John Paesano
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 1h51
  • Site officiel du film

 

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