Ressortie / Les Producteurs de Mel Brooks : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 27 août 2018

Synopsis : Deux producteurs montent une comédie musicale désastreuse dont l’échec complet —qu’ils recherchent par tous les moyens— doit, grâce à une astuce comptable, leur apporter la fortune.

♥♥♥♥♥

 

Les Producteurs - affiche

Les Producteurs – affiche

Première comédie culte et déjantée réalisée en 1968 par Mel Brooks (Frankenstein Junior, Le Shérif est en prison, Silent Movie), Les Producteurs offre une plongée saisissante dans l’univers décalé d’un grand maître du genre. Ce dernier, qui lance sa carrière en tant que cinéaste, remporte d’ailleurs l’Oscar du meilleur scénario original avant de produire lui-même un remake —tiré de la comédie musicale homonyme de Broadway— réalisé par Susan Stroman en 2005. Afin de se mettre en faillite frauduleuse, l’ancien producteur Max Bialystock (le méconnu Zero Mostel) et le comptable Leo Bloom (l’incroyable Gene Wilder) joignent leurs efforts pour monter le pire spectacle théâtral de tous les temps : Le Printemps d’Hitler. Mais contre toute attente, la pièce, prise au second degré par les spectateurs, remporte un vif succès… Ce pitch original et loufoque est porté par un excellent scénario contenant des gags kitsch, tordus mais surtout très écrits rappelant le style de Blake Edwards (The Party, tourné la même année). Cette comédie satirique, qui prend pour cible Broadway et la comédie musicale, regorge de répliques à l’humour grinçant —apportant du piquant aux situations vaudevillesques— et multiplie les scènes d’anthologie et moments cultes comme la chanson Springtime for Hitler and Germany devenue un tube ou encore l’énormissime audition pour le rôle du führer. Cette séquence, rendue célèbre grâce à l’apparition remarquée de Mel Brooks lui-même dans le rôle de l’un des acteurs se présentant au casting, traduit le génie et l’audace du cinéaste.

 

Zero Mostel et Gene Wilder - Les Producteurs

Zero Mostel et Gene Wilder – Les Producteurs

 

Ici, le rythme est endiablé, le ton est juste, l’humour grotesque outrancier est également pleinement assumé. Le duo comique formé par le génial Zero Mostel (La Grande Catherine, Le Plus Grand des Hold-Up, Les Quatre Malfrats) et Gene Wilder (Charlie et la Chocolaterie, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe…, Le Shérif est en prison) —que le public découvre ici—, mène ce sketch magistral et s’en donne à coeur joie. Leurs mimiques et personnalités pourtant diamétralement opposées —rappelant d’ailleurs celles de Laurel et Hardy— se conjuguent et participent à l’indéniable qualité du film. L’alchimie fonctionne à merveille tandis que leurs pitreries sont délicieuses.

 

En outre, Les Producteurs, satire du milieu du show-business américain, se construit comme un grand numéro de dérision et de second degré dont la mise en scène privilégie une astucieuse mise en abyme. Chez Mel Brooks, la drôlerie est composée en crescendo ; le jeu théâtral des comédiens renforce le tempérament passionné des personnages tandis que les chansons hilarantes servent le propos du film. Les caricatures comiques, bien que prévisibles, sont toutes réussies : Roger De Bris, le metteur en scène travesti et exubérant, Carmen Ghia, l’assistant-amant, le scénariste fanatique nazi grand et benêt, le contrôleur des finances honnête, chétif et névrosé, le producteur minable et colérique, ou encore l’acteur haut en couleurs nommé « L.S.D. », incarné par Dick Shawn (Qu’as-tu fait à la guerre, papa ?, The Happy Ending, Captain Eo). Tous apportent un grain de folie —nécessaire à cette arnaque théâtrale— lequel deviendra avec le temps une caractéristique de la patte Brooks. Une grande partie du ressort comique des Producteurs repose en effet sur cette galerie de personnages secondaires. Le spectateur, constamment tenu en haleine, est également marqué par les prestations de la belle Lee Meredith dans le rôle de la diva Ulla, puis de Kenneth Mars (Malcolm) en ancien nazi nostalgique.

 

Les Producteurs

Les Producteurs

 

Rappelons que Mel Brooks est l’un des premiers réalisateurs issus de la communauté juive à oser s’attaquer à Hitler et à le transformer en clown. Interdit en Allemagne lors de sa sortie en 1968, Les Producteurs, premier long métrage du génie du rire, demeure une comédie loufoque à l’américaine astucieuse, absurde et succulente à la réalisation tout à fait maîtrisée. Splendidement restaurée en 4K à l’occasion de son cinquantième anniversaire, cette oeuvre hors-norme a conservé toute sa puissance comique. Un film à revoir encore et encore. Une sortie vidéo est prévue pour le 4 septembre.

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • LES PRODUCTEURS (The Producers)
  • Ressortie salles : 22 août 2018
  • Version restaurée 4K
  • Réalisation : Mel Brooks
  • Avec : Zero Mostel, Gene Wilder, Kenneth Mars, Dick Shawn, Lee Meredith, Estelle Winwood, Renée Taylor, William Hickey, Christopher Hewett…
  • Scénario : Mel Brooks
  • Production : Sidney Glazier
  • Photographie : Joseph F. Coffey
  • Montage : Ralph Rosenblum
  • Décors : James Dalton, Charles Rosen
  • Costumes : Gene Coffin
  • Chorégraphie : Alan Johnson
  • Musique : Brian Morris, John Morris
  • Distribution : Carlotta Films
  • Durée : 1h28
  • Sortie initiale : 1er juin 1968 (États-Unis) – 29 septembre 1971 (France)

 

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