RBG de Julie Cohen et Betsy West : critique

Publié par Erica Farges le 9 octobre 2018

Synopsis : À 85 ans, Ruth Bader Ginsburg est devenue une icône de la pop culture. Juge à la cour suprême des Etats-Unis, elle a construit un incroyable héritage juridique. Guerrière, elle s’est battue pour l’égalité hommes/femmes, et toutes formes de discrimination. Son aura transgénérationnelle dépasse tous les clivages, elle est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes au monde et le dernier rempart anti-Trump. Betsy West et Julie Cohen nous font découvrir la fascinante vie de celle que l’on nomme désormais « Notorious RBG ».

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RBG - affiche

RBG – affiche

Héritière des figures emblématiques du combat pour la déségrégation raciale, Ruth Bader Ginsburg est devenue à son tour, grâce à sa position de juriste, le pilier d’actions majeures contre la discrimination sexuelle au cours des années 1970. Nommée juge à la Cour Suprême des États-Unis par Bill Clinton en 1993, Ruth Bader Ginsburg est la deuxième femme de l’Histoire, après Sandra Day O’Connor, ayant accédé à cette fonction. Suite au succès de l’ouvrage Notorious RBG : The Life and Times of Ruth Bader Ginsburg coécrit par la journaliste Irin Carmon et l’avocate Shana Knizhnik, ainsi qu’à une nouvelle notoriété avenue sur le web, Betsy West s’associe avec Julie Cohen pour réaliser un documentaire sur cette phénoménale. Les réalisatrices partent du statut d’icône de la pop culture auquel ce personnage extraordinaire a accédé ces dernières années pour retracer son parcours exceptionnel. En prenant comme événement central sa cérémonie d’assermentation pour siéger à la Cour Suprême, la transformation de cette fille d’immigrants juifs russes née à Brooklyn pendant la période d’entre-deux-guerres vers sa notoriété transgénérationnelle et internationale actuelle est reconstituée. L’esthétique hétéroclite sert à représenter les visages multiples d’une héroïne moderne tout en l’inscrivant dans les époques pendant lesquelles elle évolue et montrer son impact sur des acquis historiques primordiaux. Les clichés en noir et blanc racontent son enfance. L’image s’anime à partir de ses années étudiantes à l’Université Cornell, où elle rencontre Martin Ginsburg, son mari pendant presque soixante ans, jusqu’à la mort de celui-ci en 2010. Par la suite, leur relation apparaît comme précieuse, complémentaire et unique. En effet, Martin Ginsburg est un soutien indéfectible, une personne essentielle dans la réussite professionnelle de son épouse.

 

RBG

RBG

 

L’importance croissante de la carrière de Ruth Bader Ginsburg est signifiée par les extraits de verdicts rendus par la femme de loi qui sont cités et apparaissent dans une écriture rappelant celle des textes juridiques, souvent avec pour décor de fond celui du tribunal, comme si les paroles envahissaient l’espace. À ce moment, la cadence commence à s’accélérer pour montrer l’hyperactivité de la juge qui semble être présente sur tous les fronts. À travers les images et la multitude de témoignages, sa personnalité hors-norme ressort à l’écran.

 

La vie professionnelle et l’intimité de la juge Bader Ginsburg sont mises sur le même plan, les deux se confondent souvent, tant cette femme passionnée par son métier se donne entièrement dans les causes pour lesquelles elle s’engage. Plusieurs membres de sa famille racontent des anecdotes aussi touchantes que drôles sur leur parente haute en couleur. Outre son défunt époux, une place essentielle est attribuée à sa petite-fille, Clara Spera, diplômée de la promotion 2017 en droit à Harvard. Dès le début, le documentaire est ponctué par des séquences où la grand-mère interagit avec sa descendante. Le choix de mettre en avant cette relation familiale en particulier peut être vu comme une manière d’exprimer l’importance que cette grande dame a récemment acquis auprès des jeunes générations. En plus d’utiliser des références et des visuels actuels pour parler de celle que l’on surnomme désormais « Notorious R.B.G. », la dimension intergénérationnelle de RBG est exposée de manière innovante. En effet, elle repose plutôt sur l’échange que sur la transmission, mettant en avant non seulement l’importance d’enseigner des connaissances à ses successeurs, mais aussi d’apprendre de ces derniers et de savoir s’adapter à son temps. 

 

À l’image de Ruth Bader Ginsburg qui aborde la diversité comme une source d’enrichissement social, et non comme un motif de conflits inhumains, RBG va au-delà de la naissance d’une célébrité du web médiatisée pour remémorer que la défense des droits civiques est une préoccupation universelle qui ne doit jamais tomber en désuétude.

 

 

  • RBG : RUTH BADER GINSBURG
  • Sortie salles : 10 octobre 2018
  • Réalisation : Julie Cohen et Betsy West
  • Avec : Ruth Bader Ginsburg, Martin D. Ginsburg, Jane Ginsburg, James Ginsburg, Clara Spera, Gloria Steinem, Nina Totenberg, Lilly Ledbetter, Sharron Frontiero, Stephen Wiesenfeld, Irin Carmon, Shana Knizhnik, Bill Clinton, Ted Olson, Harry Edwards, Orrin Hatch, Eugene Scalia, Bryant Johnson
  • Scénario : Julie Cohen et Betsy West
  • Production : Julie Cohen, Amy Entelis, Courtney Sexton
  • Photographie : Claudia Raschke
  • Montage : Carla Gutierrez
  • Musique : Miriam Cutler
  • Distribution : L’Atelier d’images
  • Durée : 1h37
  • Site officiel du film 

 

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Source: CBO Box office

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