Bernardo Bertolucci

Bernardo Bertolucci

Bernardo Bertolucci était l’un des derniers membres de la génération dorée de cinéastes italiens. Le réalisateur est décédé la nuit dernière à Rome, à l’âge de 77 ans des suites d’un cancer. Il laisse derrière lui une filmographie longue de dix-huit films, parmi lesquels certains ont marqué l’Histoire du cinéma.

 

 

 

Il était l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération, mais aussi l’un des plus incompris. Souvent oublié dans les listes des plus grands réalisateurs italiens de l’Histoire, Bernardo Bertolucci n’en demeure pas moins un cinéaste clivant et intriguant. Il aura finalement réussi à faire sa place dans un milieu qui, malgré les portes ouvertes, ne l’aura pas toujours accueilli à bras ouverts.

 

Cinéaste politique, cinéaste de la transgression. Bernardo Bertolucci a toujours dérangé. Marxiste invétéré, précurseur des libérations sociales et sexuelles, le réalisateur italien a toujours trouvé son inspiration à contre-courant. Mal dans sa peau, il culpabilisera jusqu’à la fin, lui le militant communiste, d’être né chez les privilégiés. C’est grâce à cette dualité, et à l’hérédité poétique qu’il a reçu dès la naissance, que Bernardo Bertolucci a pu devenir ce qu’il est. Un cinéaste qui réfléchit, propose, argumente. Un cinéaste dont le discours percutant choque et interroge. Un cinéaste de l’histoire et de l’Histoire. Un artiste.

 

Prima della Rivoluzione

Prima della Rivoluzione

Des débuts précoces

 

Né le 16 mars 1941 et fils du célèbre poète Attilio Bertolucci, le jeune Bernardo a grandi au sein d’une société bourgeoise et cultivée. Il commence à écrire très tôt, et c’est au cours de son adolescence, et en deux temps, que le cinéma deviendra pour lui une véritable révélation. Tout d’abord, il tombe amoureux du Hollywood des années 50, de Boulevard du crépuscule (1950) à Chantons sous la pluie (1952). Mais c’est surtout le cinéma indépendant, européen et américain, qui va le pousser à sauter le pas de la réalisation et marcher sur les traces de ses illustres aînés que sont Federico Fellini (La Dolce Vita), Luchino Visconti (Le Guépard) et Michelangelo Antonioni (L’avventura). Il gardera cette dualité tout au long de sa carrière.

 

C’est à l’âge de 20 ans qu’interviendra le premier tournant de sa carrière naissante. Il devient assistant sur la première réalisation d’un écrivain de 40 ans, Pier Paolo Pasolini (Salò ou les 120 Journées de Sodome). Pasolini était un ami de longue date de son père, et deviendra son mentor à l’occasion du tournage d’Accattone (1961). Dès l’année suivant, il lui permettra de porter à l’écran son premier scénario, Les Recrues (1962). La machine est lancée. Bernardo Bertolucci n’est plus seulement scénariste et devient réalisateur. Rapidement, il signe deux films, Prima della rivoluzione (1964) et Partner (1968), avant d’être appelé en tant que scénariste pour un projet qui marquera le deuxième tournant de sa carrière.

 

En 1968, Sergio Leone (Le Bon, la Brute et le Truand) décide de contacter deux jeunes cinéastes pour leur confier la co-écriture d’un western spaghetti. Il choisit Bernardo Bertolucci et Dario Argento (Suspiria). Les trois hommes, après plusieurs mois d’enfermement et de cohabitation, parviennent finalement à créer et rédiger le scénario de Il était une fois dans l’Ouest. Cette période va permettre à Bernardo Bertolucci de s’affirmer dans ce milieu mais surtout, elle va lui permettre de s’affirmer en tant que cinéaste.

 

Dernier Tango a Paris

Dernier Tango à Paris

Dernier tango et premier scandale

 

En 1970, Bernardo Bertolucci réalise deux longs métrages coup sur coup : La Stratégie de l’araignée et, surtout, Le Conformiste. Très engagés politiquement, à l’image de leur auteur, ces deux films abordent la question de l’identité, du nationalisme et du fascisme. Mais au-delà de ça et comme le nom du deuxième film l’indique, ils parlent du danger du conformisme, de la manipulation et de la passivité qui en découlent.

 

C’est à peine deux ans plus tard, en 1972, que Bernardo Bertolucci va violemment s’affranchir du conformisme en réalisant le film qui aurait pu créer sa chute, mais qui va en faire sa renommée internationale. Avec Le Dernier Tango à Paris, son premier film traitant véritablement de la libération sexuelle de l’époque, le réalisateur va être à l’origine d’un des plus gros scandales de l’Histoire du cinéma. Malgré un immense succès à ses débuts en salle, il est rapidement censuré dans de nombreux pays (dont l’Italie) et qualifié de film pornographique par les associations familiales et la critique cinématographique.

 

En cause, une scène de sodomie particulièrement virulente, et on l’apprendra plus tard non-consentie, dans une société encore très puritaine, notamment en Italie, pays du catholicisme. Le réalisateur et les deux acteurs principaux, Marlon Brando et Maria Schneider, seront même condamnés en justice à du sursis et une amende, auxquelles s’ajoute à une déchéance de ses droits civiques pour Bernardo Bertolucci. Quant à cette scène de viol devant caméra, elle détruira la vie et la carrière de Maria Schneider.

 

Le Dernier Empereur

Le Dernier Empereur

Réhabilitation et consécration

 

En 1975, il réussit à rassembler un budget de six millions de dollars ainsi qu’un casting cinq étoiles (Robert De Niro, Gérard Depardieu ou encore Burt Lancaster) pour confectionner 1900, une fresque monumentale de 5h20 sur la première moitié du 20e siècle en Italie. Le succès critique et public est au rendez-vous. Bertolucci pense tenir son chef-d’œuvre.

 

Mais la consécration arrivera douze ans plus tard. Après avoir réduit le rythme de production suite aux succès de 1900 en faisant seulement deux longs métrages, La Luna (1979) et La Tragédie d’un homme ridicule (1981), Bernardo Bertolucci revient avec Le Dernier Empereur (1987). Un biopic sur la vie du dernier empereur de Chine, Puyi, de son ascension au trône à 3 ans jusqu’à sa mort à 62 ans. Une immense fresque de 2h45 qui mettra tout le monde d’accord. Premier film occidental à avoir l’autorisation de tourner dans la Cité Interdite, Le Dernier Empereur est couronné par neuf Oscars, dont ceux des meilleurs film et réalisateur, ainsi que le César du meilleur film étranger. C’est la consécration internationale pour Bernardo Bertolucci.

 

Il finira sa carrière de réalisateur avec quelques films notables (Un thé au Sahara en 1990, Little Buddha en 1993, Innocents en 2003). Il recevra une Palme d’Or d’Honneur en 2011. Bertolucci clôturera sa filmographie en 2012 avec Moi et toi.

 

Brice Launois

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