Sortie DVD/ Prima della Rivoluzione de Bernardo Bertolucci: critique

Publié par Franck Brissard le 21 octobre 2015

Synopsis : En 1962, Fabrizio, digne représentant de la haute bourgeoisie de Parme, vient de rompre avec Clelia. Influencé par l’un de ses amis, l’instituteur Cesare, il se laisse tenter par les idées marxistes. Agostino, un jeune homme qui s’est enfui de chez ses parents, recherche l’amitié de Fabrizio. Mais ce dernier ne peut l’héberger, car sa tante, Gina, vient lui rendre visite. Créature névrosée entourée d’amants, Gina parvient à le séduire…

 

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Prima della Rivoluzione - jaquette

Prima della Rivoluzione – jaquette

« Celui qui n’a pas vécu au XVIIIe siècle avant la Révolution ne connaît pas la douceur de vivre et ne peut imaginer ce qu’il y a de bonheur dans la vie. » (Talleyrand). Tel est le carton d’introduction qui ouvre sur Prima della Rivoluzione, oeuvre d’un jeune cinéaste italien de 23 ans, Bernardo Bertolucci. S’il se destine à devenir poète comme son père Attilio, Bernardo Bertolucci devient l’assistant de Pier Paolo Pasolini sur Accatone en 1961 et contracte le virus du cinéma. Prima della Rivoluzione n’est que sa seconde réalisation, deux ans après La Commare Secca. Considéré comme son film le plus autobiographique et par ailleurs précurseur des mouvements sociaux de 1968, le récit politico-sentimental s’inspire de La Chartreuse de Parme de Stendhal. Acclamé par la critique, il est considéré comme étant emblématique d’une nouvelle vague du cinéma italien. Si Prima della Rivoluzione est parfois un peu confus, fourre-tout, très (trop ?) influencé par la Nouvelle Vague française dans la forme avec un montage syncopé, l’ensemble subjugue par l’esthétique et l’approche des thèmes récurrents que Bertolucci déclinera tout au long de sa carrière. Éducation sentimentale, inceste, ambiguïté, temps qui passe, illusions perdues et impossibilité pour un jeune bourgeois de défendre ses idées communistes, Prima della Rivoluzione dresse le portrait de Fabrizio, plongé en pleine crise existentielle, qui se sent étranger dans sa propre famille et son milieu social. Il quitte Clelia, sa fiancée officielle et fille de bonne famille, pour se jeter dans les bras de sa tante, et se laisse entraîner dans une passion enivrante, étourdissante, mais aussi dévorante. Il croit ainsi échapper à la prison d’un mariage bourgeois modèle et un chemin déjà tracé et balisé depuis sa naissance.

 

Prima della RivoluzionePrima della RivoluzionePrima della RivoluzionePrima della Rivoluzione

 

L’interprétation de la grande Adriana Asti, vue auparavant dans Rocco et ses frères de Luchino Visconti, reste en tête bien après la projection. Il en est de même pour le superbe thème musical composé par l’immense Ennio Morricone, à l’aube de sa prolifique et prodigieuse carrière. Originaire et ayant vécu toute sa jeunesse à Parme, c’est tout naturellement que Bernardo Bertolucci y tourne Prima della Rivoluzione, ce qui renforce sa dimension personnelle. On peut trouver les dialogues abondants, lourds et difficiles d’accès, d’autant que la forme éclatée reflétant les états d’âme du personnage principal renforce ce sentiment. Du coup, l’empathie ressentie est plus forte pour Gina, la tante de Fabrizio, fragile comme du cristal, que pour Fabrizio lui-même dont les intérêts et idéaux ne sont guère universels. Ponctué par de grands moments de cinéma, à l’instar de la séquence lyrique, romanesque et virtuose au Théâtre Regio lors d’une représentation de Macbeth de Verdi, Prima della Rivoluzione s’avère indispensable. Il a bien sûr remporté le Prix de la Nouvelle Critique à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes en 1964.

 

 

 

Prima della Rivoluzione de Bernardo Bertolucci

Prima della Rivoluzione de Bernardo Bertolucci

TEST DVD : L’éditeur Tamasa Distribution glisse dans le DVD, comme à son habitude, un petit livret de 16 pages, composé de photos, d’une analyse de l’historien du cinéma et journaliste Aldo Tassone et d’une interview de Bernardo Bertolucci. C’est agréable de (re)découvrir Prima della Rivoluzione dans de telles conditions. Les contrastes affichent d’emblée une densité inédite, les noirs sont profonds, la palette de gris riche et les blancs lumineux. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent appréciable et les détails regorgent sur les visages des comédiens. On oublierait presque d’évoquer le travail sur la restauration qui se révèle impressionnante, quasiment aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique. L’encodage consolide l’ensemble avec brio.Toutes les qualités techniques sont de mise dans ce master élégant. Le confort acoustique est largement assuré par la piste mono d’origine. Seule la version italienne est disponible, mais aucune raison de s’en plaindre. Ce mixage affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable. Les effets et les ambiances sont nets, la composition d’Ennio Morricone est mise en valeur bien que certains pics musicaux frôlent parfois la saturation. L’ensemble demeure homogène et les dialogues solides.

 

 

 

  • PRIMA DELLA RIVOLUZIONE réalisé par Bernardo Bertolucci, disponible en DVD depuis le 6 octobre 2015.
  • Avec : Adriana Asti, Francesco Barilli, Allen Midgette, Morando Morandini, Cristina Pariset, Cecrope Barilli, Domenico Alpi, Evelina Alpi, Gianni Amico…
  • Scénario : Bernardo Bertolucci, Gianni Amico
  • Photographie : Aldo Scavarda
  • Montage : Roberto Perpignani
  • Décors : Vittorio Cafiero, Angelo Canevari
  • Costumes : Federico Forquet
  • Musique : Ennio Morricone
  • Editeur : Tamasa Distribution
  • Tarif : 16,99 €
  • Durée : 1h55
  • Ressortie en version restaurée : 11 mars 2015
  • Date de sortie initiale : 12 mai 1964 (Italie), 17 janvier 1968 (France)


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