Ressortie / L’adieu aux armes de Frank Borzage : critique

Publié par CineChronicle le 12 novembre 2018

Synopsis : Nord de l‘Italie, en 1917, le lieutenant Frédéric Henry, engagé volontaire américain dans le corps sanitaire de l‘armée italienne œuvre sur le front, où il porte assistance aux soldats alliés luttant contre les troupes austro-hongroise. Noceur et tête brûlée, il traverse avec une égale légèreté les dangers du front et les plaisirs de la vie de garnison, jusqu’au jour où il rencontre une jeune infirmière britannique qui a perdu son fiancé au front…

♥♥♥♥♥

 

Adieu aux armes - affiche

L’Adieu aux armes – affiche

Adapter Ernest Hemingway, une gageure certes de nos jours, mais un pari à saisir en 1932. L’Adieu aux Armes, troisième roman du futur Prix Nobel de Littérature, fut son premier best-seller et l’un des premiers livres à affronter, aux États-Unis, le sujet de la Grande Guerre. Avec une belle d’histoire d’amour mélodramatique comme Hollywood les aime. Frank Borzage, auréolé encore par L’Heure Suprême (Oscar du meilleur réalisateur, qui portait déjà sur la Grande Guerre) et L’Ange de la Rue, fait appel aux stars montantes du parlant, Gary Cooper (Coeurs brûlés) et Helen Heyes (Arrowsmith) pour son adaptation. Cela dit, adaptation est un bien grand mot. Alors que le roman est surtout pour Hemingway l’occasion d’une dénonciation violente de la guerre, culminant dans la boucherie de la bataille de Caporetto, le film fait passer le conflit au second plan, se concentrant au mélodrame qui se noue. N’est-ce pas la meilleure façon pour Frank Borzage de s’approprier un pan de l’histoire encore contemporain, par la petite lorgnette ? À travers ses travellings et ses mouvements de grue gracieux, ses plans longs, en inaugurant même la caméra-point de vue sur toute une séquence, Borzage se révèle un virtuose du formalisme, comme pour atténuer l’horreur toute récente. Le triomphe du glamour hollywoodien, porté par la parfaite alchimie entre Gary Cooper et Helen Hayes, balaye son sujet. La production est même allée jusqu’à proposer en salles une version avec une fin tragique, comme dans le roman, et une fin heureuse…

 

LAdieu aux armes

LAdieu aux armes

 

Pourtant, en cette époque de Code Hayes et de censure draconienne, le film parvient à faire passer des allusions à la sexualité et à même célébrer une relation sexuelle et une grossesse hors mariage.  Un tour de force rare à cette époque. Le film fit un tabac au box-office, malgré des critiques qui lui reprochaient d’avoir caviardé la vision d’Hemingway. Nommé aux Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur, il remporte les trophées pour la photographie et du meilleur mixage de son. Hemingway, quant à lui, détesta le film, qu’il considérait comme une réécriture trop romantique, et fut ulcéré par la proposition d’une fin heureuse pour son histoire. Cela ne l’empêcha pas de devenir ami avec Gary Cooper et même d’insister pour qu’il joue le rôle principal d’une autre adaptation d’un de ses romans, Pour qui sonne le glas. Le roman fut encore adapté par Charles Vidor en 1957 avec Rock Hudson et Jennifer Jones, remake qui fit un flop retentissant, convaincant le producteur légendaire David O. Selznick (Autant en emporte le vent) de se retirer du cinéma. Il fut aussi adapté à la télévision en 1966 avec Vanessa Redgrave et George Hamilton, puis en 1996 par Richard Attenborough sous le titre Le Temps d’aimer, avec Chris O’Donnell et Sandra Bullock, qui fut descendu en flammes par la critique. Seule demeure la version de Borzage. Or, par la négligence d’United Artists, détentrice des droits, le film s’est retrouvé par défaut dans le domaine public en 1960… Sa ressortie en salles vous donne l’occasion de (re)voir ce chef-d’oeuvre.

 

Arthur de Boutiny

 

 

 

  • L’ADIEU AUX ARMES (A Farewell To Arms)
  • Ressortie salles : 14 novembre 2018
  • Réalisation : Frank Borzage
  • Avec Helen Hayes, Gary Cooper, Adolphe Menjou, Mary Philips, Jack La Rue, Blanche Friderici, Mary Forbes, Gilbert Emery
  • Scénario : Benjamin Glazer et Oliver H. P. Garrett, d’après le roman L’Adieu aux armes d’Ernest Hemingway
  • Production : Edward A. Blatt et Benjamin Glazer
  • Photographie : Charles Lang
  • Montage : Otho Lovering, George Nichols Jr.
  • Décors : Roland Anderson, Hans Dreier
  • Costumes : Travis Banton
  • Musique : Herman Hand, W. Franke Harling, Bernhard Kaun, John Leipold, Paul Marquardt, Ralph Rainger et Milan Roder
  • Distribution : Théâtre du Temple
  • Durée : 89 minutes
  • Sortie initiale : 8 décembre 1932 (Etats-Unis) – 27 octobre 1933 (France)

 

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