Nouvelle Vague tcheque - Cinematheque francaise

Eclairage Intime de Ivan Passer (1965) – Nouvelle Vague tchèque – Cinémathèque française

Du 28 novembre 2018 au 4 janvier 2019 , la Cinémathèque française et Malavida ont proposé une large rétrospective consacrée à la Nouvelle Vague tchèque, mouvement cinématographique aussi important que la Nouvelle Vague en France ou le free cinema en Grande-Bretagne. L’occasion de se (re)plonger dans cette parenthèse créative.

 

 

 

Nouvelle Vague tcheque - Cinematheque francaise affiche

Nouvelle Vague tchèque – Cinémathèque française

En mai 1968, les troupes du Pacte de Varsovie pénétraient en Tchécoslovaquie et mettaient ainsi fin à une expérience démocratique entreprise quelques mois plus tôt et prônant un « socialisme à visage humain ». L’intervention militaire sonnait également le glas de la Nouvelle Vague tchèque née quelques années auparavant, une parenthèse créative initiée par une nouvelle génération de cinéastes partisane d’un cinéma libre et qui s’opposait au réalisme socialiste imposé par Moscou aux Pays de l’Est.

 

Sous l’œil de Moscou

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie, démembrée par le IIIe Reich en 1939, est reconstituée. Un gouvernement de coalition est mis en place. Le parti communiste tchèque, qui détient des postes clés dans l’appareil d’Etat, met un terme à l’expérience démocratique, et s’empare du pouvoir en février 1948. La Tchécoslovaquie devient officiellement une « démocratie populaire » en mai de la même année, entérinant son alignement sur l’URSS de Staline. En 1956, Nikita Khrouchtchev, le premier secrétaire du Comité central du parti communiste d’URSS, dénonce le culte de la personnalité du défunt dictateur, les répressions et les crimes staliniens. La « déstalinisation » ne signifie par pour autant l’émancipation des pays d’Europe de l’Est du giron soviétique et des soulèvement éclatent en Pologne et en Hongrie. Le 11 juillet 1960, une nouvelle constitution est adoptée en Tchécoslovaquie qui devient « République socialiste ». La déstalinisation prend du temps. L’économie stagne, les réformes sociales tardent à être mise en place. Le pouvoir est en proie à des luttes d’influence entre conservateurs et réformateurs…

 

Action !


Doctrine littéraire et artistique élaborée au début des années 1930 en URSS, le réalisme socialiste doit refléter la « réalité sociale » des travailleurs et des classes populaires et rejeter toute idéologie bourgeoise. Il fait de l’art un instrument d’éducation mais aussi de propagande. À partir de 1948, la doctrine a été appliquée en Tchécoslovaquie comme dans les autres pays du bloc communiste. Dans un contexte de relatif relâchement politique du pouvoir, la jeunesse tchèque est en effervescence et les milieux intellectuels et artistiques s’agitent. Dès 1960, des écrivains comme Milan Kundera, Ludvík Vaculík, Pavel Kohout, Ivan Klíma, réunis autour de la revue culturelle Literární noviny se montrent ouvertement critique envers le régime.

 

Comme la Nouvelle Vague en France ou le free cinema en Grande-Bretagne de l’autre côté du rideau de fer, le cinéma tchèque va lui aussi connaître des bouleversements. 1963 fait figure d’année-clé dans son histoire celle de sa Nouvelle vague. Symboliquement, 1963 correspond également à la réhabilitation de Franz Kafka dont l’œuvre avait été déclarée « bourgeoise et décadente ». Cette année-là, Vera Chytilová (Quelque chose d’autre), Jaromil Jireš (Le Premier cri) et Miloš Forman (L’As de pique) tournent leur premier long métrage. Ils sont bientôt suivis par Ivan Passer (Eclairage intime), Jan Němec (Les Diamants de la nuit), Jiří Menzel (Trains étroitements surveillés) et bien d’autres. Pour la plupart, ils ont été formée à la FAMU, l’Académie des arts du spectacle et du film de Prague dont sont également issus les cinéastes Agnieszka Holland et Emir Kusturica.

 

Au feu les pompiers - Milos Forman

Au feu, les pompiers ! de Milos Forman (1967)

 

L’esprit de la Nouvelle Vague

 

Deux citations de deux des principaux protagonistes de la Nouvelle Vague tchèque suffiraient presque à résumer l’origine et l’esprit du mouvement. Aux propos de Milos Forman, « Tout était si faux, si mensonger, si axé sur la propagande, que nous voulions tout simplement montrer notre vérité, objective et subjective, avec des gens vrais et de vrais visages à l’écran », font écho à ceux de Vera Chytilová extraits d’un documentaire que lui a consacré le réalisateur slovaque Martin Šulík en 2011 : « (…) les films qu’on fait aujourd’hui ne me plaisent pas. Je les trouvais ennuyeux, trop scolaires, trop parfaits. Car moi-même, je suis imparfaite. Ce qui m’amuse, c’est l’improvisation , c’est inventer d’autres choses encore que ce qui est dans le scénario. À chaque tournage, j’ai toujours  été à l’affût de ce qui se passait autour, à la recherche d’éléments parlants quant au sujet traité. J’ai toujours su ceci : qu’il n’y a pas de règles. Et que je dois tout savoir à l’avance, mais principalement pour ne pas avoir à le respecter. ».

 

L’essayiste et philosophe Milan Šimečka écrira quant à lui : « À ce moment-là, mon pays était comme une planète qui, par un étrange concours de circonstances, avait quitté son orbite et suivait sa propre trajectoire dans l’espoir incertain de rejoindre une autre orbite plus proche du soleil. »

 

Une parenthèse créative

 

Dans un contexte politique répressif, la production cinématographique de cette parenthèse créative s’oppose ouvertement aux standards officiels. Les héros du réalisme socialiste ont cédé la place à un regard critique sur la société accompagné d’une recherche esthétique voire d’une narration iconoclaste. Le cinéma de cette période reflète deux tendances, l’une réaliste, l’autre plus allégorique. Les genres abordés sont multiples. Si la comédie au ton aigre-doux a les faveurs du public, comme Au feu, les pompiers ! de Milos Forman ou Trains étroitement surveillés de Jiří Menzel, d’autres réalisateurs optent pour le fantastique, renouant ainsi avec l’absurde kafkaïen et la tradition surréaliste praguoise d’avant-guerre, la science fiction, le documentaire et même le western ou la comédie musicale (Les cueilleurs de houblon de Ladislav Rychman) ! Certains genres plus que d’autres permettent aux cinéastes de la Nouvelle Vague tchèque de contourner la censure dans un premier temps et d’assouvir leur désir de liberté artistique.

 

Les Petites Marguerites

Les Petites Marguerites de Věra Chytilová (1967)

 

La fin du Printemps de Prague et de la Nouvelle Vague

 

Mais celle-ci n’en demeure pas moins présente. Cela d’autant plus que les films, comme La Plaisanterie de Jaromil Jireš d’après Milan Kundera, sont de plus en plus ouvertement critiques à l’égard du régime communiste. Le 18 mai 1967, Jaroslav Pružinec, député de l’Assemblée Nationale du Parti communiste de Tchécoslovaquie, intervient à l’Assemblée, s’en prend particulièrement à deux films, Les petites marguerites de Věra Chytilová et La fête et les invités de Jan Němec, et demande leur retrait des salles de cinéma. Il obtiendra gain de cause. En janvier 1968, Alexander Dubček succède à Antonin Novotný au poste de premier secrétaire du PC tchécoslovaque.

 

Sous sa direction, le parti affirme sa volonté de promouvoir un « socialisme à visage humain ». La censure est abolie. Mais le 21 août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie entrent en Tchécoslovaquie et mettent fin à l’expérience démocratique du Printemps de Prague. L’invasion militaire et le début de la « normalisation » (le retour aux normes totalitaires) sonnent le glas de la Nouvelle Vague tchécoslovaque en quelques mois. Si plusieurs cinéastes prirent le chemin de l’exil, comme Milos Forman ou Ivan Passer, d’autres tels, Věra Chytilová ou Jaromil Jireš, restèrent, résignés à ne plus tourner pendant plusieurs années ou à composer avec les règles fixées par le nouveau pouvoir. 

 

La rétrospective

 

Avec 23 films, la rétrospective proposée par la Cinémathèque française, en étroite collaboration avec l’éditeur et distributeur Malavida, aura permis de revoir quelques classiques de cet âge d’or du cinéma tchécoslovaque, comme Les (incontournables et « insolentes ») Petites marguerites de Věra Chytilová, L’As de pique et Au feu, les pompiers ! de Milos Forman, mais aussi bien d’autres trésors ou curiosités, dont plusieurs sont édités en DVD.

 

Au long métrage de Jiří Menzel, Alouettes, le fil à la patte réalisé en 1968 mais immédiatement interdit et qui ne sortira qu’en… 1990, on associera l’étonnant film de science-fiction Ikarie XB 1 de Jindřich Polák, qui aurait inspiré Stanley Kubrick et Andrei Tarkovski, Joe Limonade, un western parodique de Oldřich Lipský, Éclairage intime, le seul long métrage tchèque d’Ivan Passer, qui réalisera plus tard aux États-Unis Cutter’s Way (1981), Valérie au pays des merveilles un conte fantastico-onirique de Jaromil Jireš « qui peut être vu comme le croisement entre les univers de Walerian Borowczyk, Federico Fellini, Luis Buñuel et Murnau » !

 

Enfin, un peu plus connu, L’Incinérateur de cadavres de Juraj Herz « décortique et retrace une plongée intérieure dans la folie et un basculement sociétal dans le nazisme ». La vision de la société tchèque déplut fortement aux autorités qui l’interdirent quelques jours après sa sortie dans les salles en 1969. Une ressortie sur les écrans de l’Hexagone est prévue pour l’automne 2019.

 

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