Ressortie / WarGames de John Badham : critique

Publié par CineChronicle le 25 février 2019

Synopsis : David Lightman est plus intéressé par son ordinateur que par ses études, ce qui ne l’inquiète pas puisqu’il se sait capable de modifier lui-même ses notes en agissant sur l’ordinateur de l’école. Un jour, en cherchant à percer le code d’accès d’un nouveau jeu vidéo, il se branche accidentellement sur l’ordinateur du département de la Défense qui prend au sérieux ce qui n’était au départ qu’un jeu…  

♥♥♥♥♥

 

WarGames - affiche

WarGames – affiche

Alors que le revival 80´s continue de battre son plein sur nos écrans avec dernièrement Bumblebee et le retour imminent de Stranger Things (saison 3), il est bon de revenir aux fondamentaux de cette imagerie pop. Avec la ressortie en salles de WarGames de John Badham en 4K, plongeons de nouveau au cœur de l’époque pas si lointaine où le 8 bits était roi. En 83, deux ans avant Terminator, WarGames abordait déjà la confrontation entre l’Homme et la machine sur fond de menace nucléaire. Nous étions alors en pleine Guerre froide et les peurs qui nourrissaient le cinéma étaient bien réelles. Il serait néanmoins malavisé de limiter WarGames à son époque. En le (re)découvrant aujourd’hui, on se rend compte à quel point il était précurseur ; le film de Badham, inspiré d’un fait réel survenu en 1979 aux États-Unis, demeure un des premiers à faire du hacking sa thématique principale. La mise en scène reste classique mais elle rend limpide et dynamique une histoire des plus abstraites. Si quelques piratages du personnage de David peuvent prêter à sourire car ils semblent trop simples ou peu crédibles, le scénario se rapproche de ce qu’il était possible de faire en termes d’intrusion informatique. Il renvoie d’ailleurs à des problématiques toujours très actuelles : fuites de données, cyber-criminalité et intelligence artificielle. 

 

Matthew Broderick et Ally Sheedy - WarGames

Matthew Broderick et Ally Sheedy – WarGames

 

Le jeune hacker est campé par Matthew Broderick que l’on retrouvera quelques années plus tard dans le désormais culte La folle journée de Ferris Bueller. En ado impertinent et cool, son rôle ne diffère que peu de celui de Ferris, mais cela reste une des grandes qualités de WarGames : le protagoniste a beau être geek, il n’est pas pour autant asociale ou fermé au monde extérieur. Son objectif premier se résume d’ailleurs à charmer sa voisine de classe Jennifer avec ses prouesses informatiques. On regrettera que cette dernière ne serve que de faire-valoir dans la plupart de ses scènes afin que le spectateur novice, comme elle, comprenne bien le processus des piratages. Le duo tient toutefois la route et insuffle une empathie nécessaire à l’histoire. Au-delà de cette bluette légère se dessinent des enjeux plus complexes car à l’instar d’un Docteur Folamour, WarGames aborde frontalement la paranoïa de l’attaque soviétique. Le sujet à beau être traité avec un certain cynisme, on a tout de même du mal à comprendre comment le département de la défense américaine peut aussi peu connaître ses ordinateurs et ne pas parvenir à distinguer une simulation d’une véritable attaque.

 

WarGames

WarGames

 

D’un point de vue thématique, l’humain dépassé par sa propre technologie s’avère toujours pertinent mais ici, un tel niveau d’incompétence prête aussi à sourire. Le protagoniste passe le plus clair de son temps à essayer de raisonner des militaires voulant contrer une menace fictive qu’il a lui-même provoquée. Avec le recul, cela donne des enjeux plutôt faibles. Heureusement, le climax et son découpage ciselé parviennent à maintenir une tension constante dans le dernier acte. David confronte cette IA sur un écran géant et va user de sa rationalité profondément humaine pour la faire tomber dans son propre piège. La morale finale énoncée par l’IA arrive à point nommé et rappelle que derrière les écrans et les statistiques, les gouvernements mettent de véritables vies humaines en « jeu ». Après avoir réalisé le premier film disco avec La fièvre du samedi soir, John Badham peut se targuer d’avoir réalisé un des premiers bons films sur les geeks.

 

Robin Plomb

 

 

 

  • WARGAMES
  • Ressortie salles : 27 février 2019
  • Version restaurée
  • Réalisation : John Badham
  • Avec : Matthew Broderick, Ally Sheedy, Dabney Coleman, John Wood, Barry Corbin, Juanin Clay, Kent Williams, Dennis Lipscomb, Joe Dorsey, Irving Metzman… 
  • Scénario : Lawrence Lasker, Walter F. Parkes
  • Production : Harold Schneider
  • Photographie : William A. Fraker
  • Montage : Tom Rolf
  • Décors : Angelo P. Graham
  • Costumes : Barry F. Delaney
  • Musique : Arthur B. Rubinstein
  • Distribution :  Swashbuckler Films
  • Durée : 1h51
  • Sortie initiale : 3 juin 1983 (États-Unis) – 14 décembre 1983 (France)

 

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