Ressortie / Invasion Los Angeles de John Carpenter : critique

Publié par CineChronicle le 31 décembre 2018

Synopsis : John Nada parcourt les routes à la recherche d’un emploi et trouve refuge dans un bidonville de Los Angeles. John va y découvrir une paire de lunettes de soleil hors du commun : elles permettent de voir le monde tel qu’il est réellement, à savoir gouverné par des extraterrestres ayant l’apparence d’humains, et plongeant ces derniers sous hypnose grâce à de la propagande subliminale. Il entre bientôt dans la résistance…

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Invasion Los Angeles - affiche ressortie

Invasion Los Angeles – affiche ressortie

La période de vaches maigres continue pour John Carpenter, qui ne s’est pas relevé de l’échec critique et commercial des Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin en 1986. Si les grosses majors se détournent de lui, il poursuit son contrat avec Alive Films, qui lui garantit, malgré un budget bien plus bas, une liberté artistique totale. Après Prince des Ténèbres, un succès modéré en salles, il poursuit son contrat en revenant à son premier amour, la science-fiction, avec Invasion Los Angeles. John Carpenter prend l’idée dans la nouvelle Les Fascinateurs (Eight O’Clock in the Morning) de Ray Nelson, éventuellement adaptée en bande dessinée. Le thème de l’invasion extraterrestre secrète avait bien sûr déjà été analysée dans L’Invasion des Profanateurs de Sépulture (Invasion of the Body Snatchers, 1956). Avec des apports aussi multiples, John Carpenter eut la coquetterie de prendre le nom de Frank Armitage en tant que scénariste, une référence à un personnage de son auteur favori, H. P. Lovecraft. Là où le propos politique était toujours subliminal dans l’oeuvre de Carpenter, avec une critique de la corruption de la société (le tout-répressif dans Assaut et New York 1997, l’abandon des parents dans Halloween, la paranoïa dans The Thing, le harcèlement scolaire dans Christine, le patriotisme tourné en ridicule dans Jack Burton), Invasion Los Angeles est et demeure son film le plus politique. Les médias, la publicité, la télévision, les supermarchés sont tous des vecteurs d’une propagande permanente, qui répète les slogans de la société de consommation : “Consommez”, “Obéissez”, “Conformez-vous”, “Restez endormis”, “Pas de libre pensée”. Les policiers, les hommes d’affaires, les politiciens sont tous des extraterrestres au visage de cadavre, ne souhaitant que l’asservissement de l’humanité, et attirant leurs collaborateurs avec des promesses de richesse et de prospérité.

 

Roddy Piper - Invasion Los Angeles

Roddy Piper – Invasion Los Angeles

 

Cette satire est d’autant plus évidente qu’elle intervient comme un cheveu sur la soupe, après une demi-heure de ce qui aurait pu être, en suivant John Nada, un documentaire sur la vie quotidienne des laissés-pour-compte de l’Amérique, blottis dans des bidonvilles, obligés de courir les offres d’emploi et réprimés sans vergogne par la police. Si le fantastique surgit ainsi dans le quotidien, c’est un procédé scénaristique vieux comme le monde, qui souligne que la société capitaliste ne pourrait tenir, dans son aberration, que grâce à un complot de dimension mondiale. Et que seuls les cols bleus et la révolution pourront sauver la planète. C’est alors la fin de la présidence de Ronald Reagan, de son conservatisme et de son ultra-libéralisme : John Carpenter, homme de gauche, reconnaîtra sans ciller que “l’attention d’Invasion Los Angeles est de faire un doigt d’honneur à Reagan”. Roddy Piper, l’interprète de John Nada, ira plus loin, puisqu’il a clairement montré dans les commentaires du DVD qu’il prend l’intrigue de son film très littéralement, au point de le considérer comme un vrai documentaire…

 

Invasion Los Angeles

Invasion Los Angeles

 

“Rowdy” Roddy Piper, catcheur américain alors très célèbre, a fait la connaissance de John Carpenter lors du tournoi WrestleMania III en 1987. S’il s’agit de son premier film, c’est son talent pour se mettre en scène sur le ring et son bagout qui ont fini par convaincre Carpenter. Preuve en est la plus célèbre réplique du film, “Je suis venu ici pour mâcher du chewing-gum ou pour tirer dans le tas. Manque de bol, je n’ai plus de chewing-gum”, est une totale improvisation. La scène de combat de six minutes entre Nada et son ami Frank (Keith David, qui retrouve Carpenter après The Thing) ne devait initialement durer que 20 secondes. Les acteurs ont décidé de se battre pour de vrai, ne retenant les coups qu’à la tête et à l’entrejambe, et de prolonger la scène, qui allait devenir tout aussi culte. La silhouette massive de John Nada installe le personnage. Son nom complet n’est donné que dans le générique et signifie “Rien” en espagnol. Venu de nulle part, avare de confidences sur son passé, il emprunte beaucoup à “l’Homme Sans Nom” des westerns de Sergio Leone et devient le justicier parfait.

 

Après un tournage rapide, en huit semaines, sur les lieux mêmes dans le centre-ville de Los Angeles, pour un budget à peine supérieur à 3 millions de dollars, le film sort en novembre 1988 et est numéro un du box-office à sa sortie, avant d’engranger 13 millions de dollars de recettes. Les critiques de l’époque sont d’abord mitigés sur un film d’action et de science-fiction à thèse. Ce sera avant que les critiques ne saluent l’un des films les plus subversifs des années 1980, que le philosophe Slavoj Zizek considérera comme “l’un des chefs-d’oeuvre oubliés de la gauche hollywoodienne”. Il est grand temps de ressortie vos lunettes de soleil…

 

Arthur de Boutiny

 

 

 

  • INVASION LOS ANGELES (They Live)
  • Ressortie salles : 2 janvier 2019
  • Version restaurée 4K
  • Réalisation : John Carpenter
  • Avec : Roddy Piper, Keith David, Meg Foster, Raymond St. Jacques, George Buck Flower, Peter Jason…
  • Scénario : John Carpenter (sous le pseudonyme de Frank Armitage), d’après la nouvelle Les Fascinateurs de Ray Faraday Nelson
  • Production : Larry Franco (producteur), Andre Blay, Shep Gordon (producteurs exécutifs), Sandy King (producteur associé)
  • Photographie : Garry B. Kibbe
  • Montage : Gib Jaffe, Frank E. Jimenez
  • Décors : Marvin March
  • Costumes : Robert Bush, Robin Bush, John Young
  • Musique : John Carpenter, Alan Howarth
  • Distribution : Splendor Films
  • Durée : 93 minutes
  • Sortie initiale : 4 novembre 1988 (États-Unis) – 19 avril 1989 (France)

 

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