John Carpenter, le maître de l’horreur en cinq thèmes majeurs

Publié par CineChronicle le 19 décembre 2018
John Carpenter

John Carpenter

Maître de l’Horreur ou Prince des Ténèbres, John Carpenter, c’est un peu les deux à la fois, et même plus. Toujours d’actualité, le cinéaste-compositeur s’empare des écrans jusqu’en janvier avec la ressortie en version remasterisée de cinq de ses films cultes. L’occasion de se pencher sur le cas Big John.

 

 

 

Kurt Russell et John Carpenter - tournage New York 1997

Kurt Russell et John Carpenter – tournage New York 1997

Sans lui, pas de Michael Myers, pas de Snake Plissken, et la musique angoissante d’Halloween, La nuit des Masques n’aurait jamais été connue. John Carpenter, né le 16 janvier 1948 à Carthage, dans l’État de New York, se biberonne au cinéma de Howard Hawks et de John Ford.

 

Alors même qu’il étudie encore à l’USC School of Cinematic Arts, il se fait remarquer en participant à The Resurrection of Broncho Billy, Oscar du meilleur court-métrage de fiction 1971, et surtout en 1974 par Dark Star, réalisé avec Dan O’Bannon, le futur scénariste d’Alien.

 

Après Assaut en 1976, à trente ans à peine, c’est le carton au box-office avec Halloween (1978), qui lance la mode du slasher et le consacre comme le nouveau maître du film d’horreur. Rien que ça. Il enchaîne les films devenus cultes dès leurs sorties ou réhabilités par la suite : Fog, New York 1997, The Thing, Christine, Starman, Les aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, Prince des Ténèbres, Invasion Los Angeles

 

La fin de sa carrière, moins appréciée, alterne entre films de commande (Les Aventures d’un homme invisible, Le Village des Damnés) et plus personnels (L’Antre de la Folie, Los Angeles 2013, Vampires et Ghosts of Mars). En 2011, il réalise son dernier long-métrage, The Ward, avant de se consacrer à ses activités musicales. L’impact de Big John sur le cinéma est difficile à quantifier et à résumer. Voici donc une tentative d’analyser l’oeuvre du Maître en cinq thèmes majeurs…

 

Trois francs six sous

 

Si John Carpenter a suscité l’intérêt des producteurs très tôt, c’est bien pour sa capacité à se contenter de peu et à multiplier les casquettes pour ses films. Il est parvenu à filmer Dark Star, résultat de ses années d’étude, pour à peine 60 000 dollars, Assaut pour 100 000 dollars, et quand on vient le chercher pour Halloween, il se charge, pour à peine 10 000 dollars, de la réalisation, du scénario, de la production et de la musique. Bon, 10 000 dollars et 10 % sur les recettes du film, qui deviendra l’un des plus profitables de l’histoire.

 

Tout au long de sa carrière, Carpenter tiendra ainsi à assurer le scénario et la musique de tous ses films. Quand il ne signe pas le premier, les films se font tout de suite beaucoup moins personnels (Starman notamment) ou alors il faut que le matériau l’intéresse particulièrement. The Thing est ainsi un remake de la Chose d’un Autre Monde, l’un des films cultes de son enfance. Et s’il ne signe pas la musique de The Thing, c’est qu’il cède la place à rien de moins que le maestro Ennio Morricone.

 

LAntre de la Folie

L’Antre de la Folie

Lovecraft pour maître

 

La paranoïa, la peur de devenir fou et la peur des autres, la société persécutrice, l’enfermement, l’invasion secrète des extraterrestres… Ces thèmes sont des ressorts très récurrents de la filmographie de John Carpenter : des peurs primales dans lesquelles chacun peut se reconnaître. Dans The Thing, l’extraterrestre est capable de prendre l’apparence des humains ; dans Invasion Los Angeles, ils maintiennent la société sous leur domination secrète. Un certain discours de gauche, présentant le système comme une machine oppressive à broyer les humains, se lit en filigrane de son oeuvre. Une critique du patriotisme américain est aussi à voir. Jack Burton, pourtant rôle-titre de son film, est l’Américain-type, musclé et aimant les flingues. Il se révèle vite maladroit, aidé par ses amis chinois et qui réussit à s’assommer lors de la bagarre finale…

 

Mais l’autre inspirateur est Howard Philips Lovecraft. L’un des grands maîtres de la littérature fantastique américaine est surtout connu par le mythe de Cthulhu, avec des monstres très anciens aux pouvoirs divins répandant la terreur et l’horreur sur Terre. Dans les monstres horribles de John Carpenter (Fog, The Thing, Jack Burton), l’ascendance de l’écrivain est bien lisible. Quant à la folie sommeillant au fond de tout homme, elle apparaît dans chaque film de John Carpenter. Le sommet a été atteint dans cet hommage avec L’Antre de la Folie (1995), où l’oeuvre horrifique d’un écrivain mystérieux, Sutter Cane, s’avère réelle, avec tous les monstres qui en sortent…

 

Kurt Russell et John Carpenter - tournage Jack Burton

Kurt Russell et John Carpenter – tournage Jack Burton

Nul n’est prophète en son pays

 

“En France, je suis un auteur. En Allemagne, je suis un cinéaste. En Grande-Bretagne, je suis un réalisateur de film d’horreur. Aux États-Unis, je suis un raté” a déclaré Big John. Cantonné au film de genre (horreur et science-fiction), Carpenter a eu une relation très difficile avec Hollywood tout au long de sa carrière. Cela tient à son caractère farouchement indépendant, qui l’a poussé à vouloir obtenir le contrôle total sur sa réalisation pour quasiment tous ses films, une denrée très rare aux États-Unis.

 

Les critiques ont souvent été très virulentes envers son travail, que ce soit pour des films populaires au box-office (Halloween, Fog, New York 1997) ou au contraire ignorés mais devenus au fil du temps reconnus comme cultes (Dark Star, Assaut, The Thing, Jack Burton). C’est ce dernier, réalisé avec l’appui des studios, qui commencera le lent déclin de la cote de Carpenter aux États-Unis. Paradoxalement, Starman (1984), un film de commande surfant sur la vague d’E.T., est son film le moins personnel et celui qui a eu le plus de succès auprès du public et de la critique… En France, John Carpenter a bénéficié de l’essor de la presse spécialisée (Mad Movies…) et du festival d’Avoriaz, qui lui décerne trois Prix de la Critique (Halloween, Fog, Prince des Ténèbres).

 

John Carpenter - tournage Halloween

John Carpenter – tournage Halloween

Une reconnaissance tardive et une vague de remakes

 

Le temps a contribué à réhabiliter John Carpenter en son pays et son influence est reconnue. Halloween a généré à lui seul le sous-genre du slasher et une des franchises les plus connues du film d’horreur. Wes Craven, quand il renouvelle le genre en 1996 avec Scream, fait plusieurs clins d’oeil à son confrère. Quand le tueur demande à sa victime quel est son film d’horreur préféré, elle répond Halloween”... Des réalisateurs aussi divers que Quentin Tarantino, Edgar Wright, Danny Boyle, Bong Joon-ho ou Nicolas Winding Refn ont salué l’influence de Big John sur leur travail.

 

L’économie d’Hollywood se portant bien, les oeuvres horrifiques du maestro ont connu leur vague de remakes, plus ou moins heureux. En 2005, Rupert Wainwright refait Fog pour les adolescents modernes, tandis que Jean-François Richet s’occupe d’Assaut sur le central 13, d’après Assaut. En 2011, une préquelle de The Thing signée Matthijs van Heijningen Jr. sort en salles. Mais c’est surtout Halloween (pour qui IMDb a recensé plus de 400 références dans d’autres films) qui suscite les convoitises des réalisateurs. En 2007, Rob Zombie fait une remise à jour de la saga, suivie d’une suite en 2009. En 2018, David Gordon Green sort un nouvel opus, suite directe du premier, produit par l’écurie Blumhouse. John Carpenter s’est impliqué dans ces trois épisodes, signant même la musique du tout dernier. Des remakes d’Invasion Los Angeles, Starman, de Jack Burton (avec Dwayne Johnson), de New York 1997 (avec Gerard Butler ou Emily Blunt) sont également en projet.

 

Cette revue des remakes ne serait pas complète sans la condamnation d’EuropaCorp en 2015 par le tribunal de grande instance de Paris. En effet, la société de production de Luc Besson a été reconnue coupable de plagiat de New York 1997 pour Lock Out, un film de 2012 avec Guy Pearce. Une amende de 80 000 euros au total, alourdie en appel en 2016 à 440 000 euros, dont 100 000 revenant à John Carpenter…

 

John Carpenter en concert en 2016

John Carpenter en concert en 2016

Une actualité toujours bien remplie

 

Depuis The Ward en 2011, précédé de deux épisodes de la série d’anthologie Masters of Horror en 2006 et 2007, John Carpenter n’a pas réalisé de films. Le cinéaste n’est pas pour autant à la retraite côté musique. Après avoir participé avec Nick Castle (l’interprète originel du tueur dans Halloween) au groupe de rock The Coupe de Villes, il a réalisé la bande originale de quasiment tous ses films. Le thème principal de Halloween est reconnaissable entre mille, tandis que celle d’Assaut et New York 1997 sont devenues cultes.

 

Lost Themes, compilation de neuf thèmes originaux, sort chez Sacred Bones Records en 2015, suivi par Lost Themes II en 2016 et sont unanimement salués par la critique, avant Anthology : Movies Themes 1974-1998 en 2017. Depuis 2016, John Carpenter a effectué deux tournées mondiales pour rejouer ses grandes compositions sur scène, avec son fils Cody et son filleul Daniel Davies. À Paris, les spectateurs ont réservé un accueil de rock star au cinéaste au Grand Rex en novembre 2016 (le lendemain de l’élection de Donald Trump, John Carpenter a gratifié la foule d”un grand “Fuck Trump!”) et plus récemment, en octobre 2018 à la Salle Pleyel.

 

Autre nouveau dada : les jeux vidéo. John Carpenter est un “gamer” passionné, grand fan des franchises Dishonored, God of War et Assassin’s Creed. Tandis que Metal Gear Solid, avec son héros du nom de Solid Snake, est un hommage assumé à New York 1997, le cinéaste a été compositeur de la bande originale de Sentinel Returns (1998) et a écrit le scénario du jeu d’horreur FEAR 3 (2011). John Carpenter a également tenté de lancer des adaptations sur grand écran de la franchise horrifique Dead Space et de… Sonic le Hérisson.

 

Arthur de Boutiny

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Source: CBO Box office

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