Roman / Un océan de rouille de C. Robert Cargill : critique

Publié par Jacques Demange le 2 mars 2020

Résumé : Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer. Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète. Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance,le plus loin possible des Intelligence-mondes. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et elle défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire.

♥♥♥♥♥

 

Un ocean de rouille

Un océan de rouille

Dans Un océan de rouille, l’humain a peu d’importance. Les émotions et les sentiments des hommes ne semblent exister que sous une forme résiduelle, recyclés par les corps robotiques qui sont devenus les maîtres uniques d’un monde en ruine. C. Robert Cargill, romancier spécialisé dans la littérature de genre et scénariste remarqué pour ses collaborations sur Sinister, Sinister 2, et Doctor Strange, dépeint un univers soumis aux lois de l’informatique et de la survie, une authentique dystopie qui par un curieux paradoxe ne cesse d’interroger la possible persistance de notre identité. L’humanité disparue, la guerre continue mais change d’orientation. Les armes et les denrées, bien qu’évoluées et modifiées, sont toujours au cœur du conflit, mais l’orientation générale de celui-ci s’est profondément transformée. Moins que la vie, c’est l’ancrage physique de l’existence qui se trouve être en péril. Les robots construits de la main de l’homme résistent contre la propagation d’une intelligence artificielle qui ne leur laisse d’autre choix que de s’évanouir ou d’être détruits.  À travers le périple de Fragile, une aidante (robot conçu pour aider les humains), Cargill lance son lecteur dans une aventure portée par d’indéniables qualités narratives. On reconnaît ici la patte du scénariste sous la plume du romancier. Au milieu d’un décor digne d’un film post-apocalyptique, les moments d’action sont racontées à la manière de séquences, profitant de descriptions précises et d’un rythme remarquable d’efficacité.

 

Cette inventivité se retrouve encore dans le récit eschatologique rapporté tout au long de la première partie du roman. Avec un plaisir évident, Cargill rapporte les grands événements qui ont causé la chute de l’humanité : course technologique effrénée, problématique civique concernant le statut des robots, attachement affectif et rejet haineux… Un ensemble d’épisodes dont le développement concis assure une certaine cohérence.

 

Si l’écriture du romancier s’oriente parfois du côté des meilleurs blockbusters de science-fiction, les références directes au Septième art sont plus complexes à distinguer. En cause : le choix logique de se concentrer sur le point de vue unique des robots. Et c’est justement ici que le bât blesse. Car l’audace de cette approche perd trop rapidement de son intérêt. Les robots de Cargill sont humains, trop humains pour prétendre à une autonomie qui aurait pu renouveler ou approfondir les codes du genre. Les pertes et les souvenirs font onduler une tôle aussi friable que nos organismes limités. Ce qui aurait dû constituer un atout de haut vol finit donc par se perdre dans une série de poncifs trop connus pour réellement surprendre ou étonner. Il y avait pourtant matière à réflexion, une phénoménologie technologique à approfondir dans la lignée d’un Philip K. Dick ou d’un Arthur C. Clarke.

 

Reste malgré tout cet attrait pour le spectaculaire dont la maîtrise devrait susciter le plaisir des aficionados du genre.

 

 

 

  • UN OCÉAN DE ROUILLE (Sea of Rust)
  • Auteur : C. Robert Cargill
  • Traduction : Florence Dolisi
  • Éditions : Albin Michel
  • Collection : Albin Michel Imaginaire
  • Date de parution : 2 janvier 2020
  • Langues: Français et anglais aux éditions Harper Voyager
  • Format : 382 pages
  • Tarif : 21,90 €

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