Michel Piccoli nous quitte à 94 ans

Publié par Joanna Wadel le 18 mai 2020
Michel Piccoli

Michel Piccoli

Le monstre sacré du cinéma français, partenaire de Brigitte Bardot dans Le Mépris, nous a quitté le 12 mai 2020 entouré de sa famille, après 70 ans au théâtre et dans les salles obscures. Retour sur sa carrière foisonnante.

 

 

 

Les Choses de la Vie

Les Choses de la Vie

L’un des comédiens français à la carrière la plus fournie du siècle s’est éteint le 12 mai dernier. Le grand Michel Piccoli est décédé à 94 ans dans sa propriété de l’Eure, des suites d’un accident cardio-vasculaire cérébral, annonce sa famille dans un communiqué relayé par l’AFP ce 18 mai.

 

Un nouveau deuil pour le cinéma français, auquel aura contribué cette figure incontournable du septième art avec plus de 200 films à son actif. De Luis Buñuel à Agnès Varda en passant par Jean Renoir, Louis Malle, Claude Sautet, Jacques Demy, Alfred Hitchcock, Ettore Scola, Leos Carax et Nanni Moretti, l’acteur aura tourné avec les plus grands cinéastes internationaux et enrichi son répertoire de l’écran aux planches, de 1945 jusqu’aux années 2010. Retour sur près de 70 ans de performances.

 

Né en 1925 à Paris dans une famille de musiciens, Michel Piccoli se tourne rapidement vers le métier de comédien, se formant dès sa majorité au Cours Simon. Il apparaît pour la première fois au cinéma en 1945 dans Sortilèges, film d’époque de Christian-Jaque, et enchaîne deux autres petits rôles en 1949, en parallèle d’une carrière sur les planches dans plusieurs troupes et compagnies de théâtre. Les années 1950 installent sa présence à l’écran dans une série de seconds rôles, dont le Capitaine Valorgueil aux côtés de Jean Gabin dans French Cancan de Jean Renoir, ou encore celui d’un prêtre dans La Mort en ce jardin de Luis Buñuel, pour lequel il tournera à huit reprises.

 

Le Mepris

Le Mépris

Mais c’est en 1963 avec Le Mépris, film culte de Jean-Luc Godard, avec Brigitte Bardot, que débute la reconnaissance de Piccoli, qui y campe le scénariste Paul Javal, mari de Camille, jouée par la jeune Brigitte Bardot, aux côtés de Fritz Lang. Le succès de l’adaptation franco-italienne du roman éponyme d’Alberto Moravia sur la désagrégation d’un couple permet à Michel Piccoli d’accéder à des rôles de premier plan dans nombre de grandes productions.

 

Il tourne successivement pour Claude Chabrol, Jacques Demy – il incarne Simon Dame dans Les Demoiselles de Rochefort -, Agnès Varda, René Clément, Roger Vadim, Nadine Trintignant, Costa-Gavras, Alfred Hitchcock – qui en 1969 lui offre le rôle de Jacques Granville, ancien résistant dans L’Étau.

 

Des petites figures discrètes de ses débuts, Michel Piccoli passe aux personnages de premier plan, alternant les rôles séducteurs, d’homme mûr au caractère bouillonnant. Au théâtre, il n’hésite pas à jouer les grands classiques, de Molière avec Dom Juan, dont il tient le rôle-titre en 1965, Phèdre de Racine, à Shakespeare dans Le Conte d’hiver en 1988, puis Le Roi Lear entre 2006 et 2007.

 

La Grande Bouffe

La Grande Bouffe

En 1973, il s’illustre dans La Grande bouffe, où il donne la réplique à Philippe Noiret et Marcello Mastroianni, – l’une de ses collaborations les plus marquantes avec Marco Ferreri. Le réalisateur italien lui fait prendre part à cette histoire décadente de suicide collectif à travers un festin orgiaque, égratignant le consumérisme avec une ironie noire.

 

La chronique dramatique provocatrice sera présentée au 26e Festival de Cannes et deviendra culte, après avoir scandalisé. Il aura également l’occasion d’incarner le Marquis de Sade pour Luis Buñuel dans La Voie lactée, ou encore le pape confronté au doute dans Habemus papam de Nanni Moretti en 2011, considéré comme son ultime grande performance.

 

Des choix de passionné, féru de tournages, qui lui vaudront d’être reconnu par la profession. Michel Piccoli reçoit en 1980 le Prix d’interprétation au Festival de Cannes pour Le Saut dans le vide de Marco Bellocchio. Au total, dix-huit métrages de sa filmographie seront représentés sur la Croisette, dont 13 en compétition. En 1999, il préside le jury de la Caméra d’or. En 2007, il est également membre du jury de la compétition officielle de la 60e édition cannoise présidée par Stephen Frears.

 

Habemus Papam

Habemus Papam

Tournant quasiment sans interruption plusieurs films par an de 1945 à 2013 tout en continuant de fouler les planches, Michel Piccoli aura traversé le XXe siècle à l’écran, et apparaîtra dans de nombreuses productions modernes. Il prend plus de risques, optant pour des figures antipathiques et varie les registres, devant la caméra de Jean-Pierre Mocky, Jacques Doillon, ou encore Leos Carax.

 

Narrateur prêtant régulièrement sa voix, notamment en 1972 pour César et Rosalie de Claude Sautet – retrouvant Romy Schneider, avec laquelle il a joué six fois, et entretenu une liaison – Michel Piccoli s’était également essayé à la réalisation avec deux courts et trois longs-métrages sortis entre 1991 et 2005.

 

Officiellement engagé à gauche de l’échiquier politique, d’abord comme communiste, puis en tant que socialiste en soutien de François Mitterrand, Michel Piccoli évoquait aussi la mort sans pudeur. Dans son autobiographie publiée chez Grasset en 2015, le comédien nonagénaire se confiait sur sa perte de mémoire, son regret de s’éloigner des plateaux, affirmant sans détour « J’aimerais ne pas mourir ! ».

 

Il a partagé la vie de l’actrice Éléonore Hirt, qui lui donnera une fille, avant d’épouser la chanteuse et comédienne Juliette Gréco. Leur mariage mythique de 11 ans – de 1966 à 1977 – s’achèvera avec fracas. L’acteur était marié depuis 1978 à la scénariste Ludivine Clerc. Le couple avait adopté deux enfants d’origine polonaise, restés à son chevet lors de son décès le 12 mai, dans son manoir de Saint-Philbert-sur-Risle.

 

Ce 18 mai 2020, l’ensemble de la profession rend hommage à l’immense comédien, que l’Académie des Arts et du Cinéma qualifie dans un communiqué de « Monument du cinéma et du théâtre ». « Au-revoir « Monsieur Dame »… nous vous aimerons pour toujours. » signe Margaret Menegoz, la directrice de l’Académie.

 

 

 

 

 

 

 

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Source: CBO Box office

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