Série / Love and Anarchy (saison 1)  : critique

Publié par CineChronicle le 21 novembre 2020

Synopsis : Entre un père à l’ouest et un mari égoïste, Sofie Rydman, mère de deux enfants et consultante professionnelle, s’ennuie dans son quotidien. Ce qu’elle aime, c’est se donner du plaisir en regardant des films pornos sur son téléphone. Alors qu’elle commence une mission de conseil pour une maison d’édition qui opère son passage au numérique, le jeune informaticien Max la surprend en train de se masturber. Commence entre eux, un jeu de défis, qui remet en cause conventions sociales et les amène à réévaluer leur vie. Mais quand le jeu devient  plus audacieux, les conséquences qui en découlent sont d’autant plus dangereuses.

♥♥♥♥♥

 

Love and Anarchy - affiche

Love and Anarchy – affiche

Des polars nordiques aux intrigues meurtrières glaçantes, les séries scandinaves s’imposent aussi dans le registre de la comédie romantique. Love and Anarchy de Lisa Langseth, réalisatrice d’Euphoria, avec Alicia Vikander et Eva Green, est la deuxième série suédoise diffusée sur Netflix après Rien de plus grand (Quicksand). Elle a pour décor une maison d’édition, située en plein cœur de Stockholm, qui doit opérer son entrée dans l’ère digitale. Le récit se concentre sur Sofie (Ida Engvoll), une consultante ambitieuse, implacable en affaires, et Max (Björn Mosten, dans son premier rôle à l’écran), un jeune informaticien un peu paumé, délaissé par sa mère et attiré par les femmes mûres. Dès le premier épisode, les failles de Sofie sont mises en lumière, ce qui la rend très vite attachante. Ses moments d’onanisme lui permettent d’échapper à une vie de couple ennuyeuse qu’elle a sûrement choisie pour se construire en opposition à son père, un anarcho-poète. Entre son mari publicitaire (Johannes Bah Kuhnke), qui a raté sa vocation de cinéaste et la prend pour folle, et ses enfants, un garçon et une fille solitaire, tout cela l’ennuie et l’étouffe. Le point fort de l’histoire, c’est d’avoir su montrer combien l’émancipation d’une femme à qui tout semble réussir n’est jamais vraiment acquise. Sa rencontre avec Max, un homme plus jeune va ainsi tout remettre en question. Le jeu de défis qu’ils mettent en place, souvent régressifs, leur permet de s’extirper du quotidien et de franchir des interdits qu’ils n’oseraient pas entreprendre seuls. Mais quand les sentiments s’emmêlent, Max comme Sofie se retrouvent chacun face à eux-mêmes. Sofie retombe sous l’influence de son mari, tiraillée entre son désir pour Max et la liberté nouvelle, et sa vie de bonne épouse pour laquelle elle s’est battue. Max, quant à lui, devient accroc à Sofie et se laisse malmener.

 

Love and Anarchy

Love and Anarchy

 

Prise en étau dans ses contradictions, Sofie, tantôt exécrable, tantôt empathique, s’enferme dans sa folie. Cet aspect-là du personnage aurait pu être plus nuancé pour rendre moins caricatural le mari qui tente malgré tout de sauver sa famille. Quant à Max, ses retrouvailles avec sa mère qui le maltraite auraient pu être davantage développées. Max et Sofie évitent la confrontation, représentant dès lors symboliquement leur peur. Cette façon de préférer passer pour fous plutôt que de s’expliquer avec leurs propres mots enlève un peu de force au propos.

 

La réussite des huit épisodes repose finalement sur l’alchimie du couple, formé par ces deux acteurs principaux, toujours justes, sincères, et séduisants. Sans oublier les personnages secondaires qui composent un portrait savoureux d’une maison d’édition à la dérive : la directrice de communication (Gizem Erdogan), amoureuse d’une autrice défendant l’écriture inclusive ; le patron un peu lâche (Björn Kjellman) qui évite les conflits ; le directeur littéraire (Reine Brynolfsson) qui a peur de vendre son âme au capitalisme ; l’assistante dévouée (Carla Sehn) qui essaie de fédérer l’équipe avec ses gâteaux à la banane.

 

On retrouve ici les ingrédients des séries sur le nouveau mythe féminin où les femmes prennent le pouvoir dans un système patriarcal qui s’effondre, tout en n’échappant pas à cette pseudo critique du politiquement correct et du mode de vie urbain occidental. Pour autant, Love and Anarchy reste une série rafraîchissante à découvrir indéniablement.

 

Odile Lefranc

 

 

 

  • LOVE AND ANARCHY (Karlek & Anarki)
  • Diffusion : depuis le 4 novembre 2020
  • Plateforme  / Chaîne : Netflix
  • Réalisation et Scénario : Lisa Langseth
  • Avec : Ida Engvoll, Björn Mosten, Johannes Bah Kuhnke, Björn Kjellman, Reine Brynolfsson, Gizem Erdogan, Carla Sehn, Ruben Lopez,  Elsa Agemalm, Benjamin Shaps, Lars Varinger, Ren Hanami…
  • Durée : 8 épisodes de 35 minutes chacun

 

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