We called him Mister Poitier

Publié par Jacques Demange le 8 janvier 2022
Sidney Poitier - Oscar

Sidney Poitier est le premier acteur noir à recevoir un Oscar – Lilies of the Field de Ralph Nelson, 36e cérémonie des Oscars, Los Angeles, 1964

Sidney Poitier fut autant un acteur qu’un symbole pour plusieurs générations d’actrices et d’acteurs. En soixante ans de carrière, il fut l’interprète inoubliable de plusieurs chefs-d’œuvre, un talent qu’il mit aussi à l’œuvre derrière la caméra, avant de s’éteindre à l’âge de 94 ans.

 

 

 

La Porte s'ouvre

La Porte s’ouvre

Après avoir fait ses preuves au sein de la compagnie de l’American Negro Theater et alors qu’il commence à attirer la curiosité des producteurs de Broadway, Sidney Potier obtient le rôle principal de La Porte s’ouvre (Joseph L. Mankiewicz, 1950), film engagé mettant en scène le parcours difficile d’un médecin afro-américain en butte avec le racisme ambiant et les tensions qui gagnent sa communauté.

 

Ce coup d’essai incite l’acteur à se perfectionner, intégrant le Paul Mann’s Actors Workshop où il se familiarise avec les techniques de la Méthode.

 

Si les années 1950 voient encore Poitier arpenter les scènes de théâtre (il obtient un vif succès avec son interprétation du père de famille de Un raisin au soleil, rôle qu’il reprendra au cinéma dans l’adaptation de Daniel Petrie réalisée en 1961), l’acteur finit par totalement se consacrer au Septième art.

 

Sur le grand écran, il interprète un inquiétant second rôle dans L’Esclave libre (Raoul Walsh, 1957), donne la réplique à Rock Hudson dans Le Carnaval des dieux (Richard Brooks, 1957), puis à John Cassavetes dans L’Homme qui tua la peur (Martin Ritt, 1957), avant de composer un tandem inoubliable avec Tony Curtis dans La Chaîne (Stanley Kramer, 1959) et de prouver ses qualités de danseur et de chanteur avec Porgy and Bess (Otto Preminger, 1959).

 

La décennie suivante assure son sacre définitif. En 1963, Le Lys des champs (Ralph Nelson) lui permet de devenir le premier afro-américain à obtenir l’Oscar du meilleur acteur en le mettant en scène dans un registre ambivalent, oscillant entre le drame et la comédie. En touriste recruté par un groupe de nonnes pour édifier une église, Poitier fait des merveilles. La maîtrise de sa gestuelle fait écho à la noblesse de ses postures que seconde son regard tour à tour rieur et colérique, perplexe et décidé.

 

 

Ces différentes qualités se mettront au service de ses deux rôles les plus emblématiques : le policier de Dans la chaleur de la nuit (Norman Jewison, 1967) et le gendre (presque) idéal de Devine qui vient dîner… (Stanley Kramer, 1967).

 

Son succès auprès du grand public lui vaudra l’opprobre (toujours actuelle) d’une certaine frange de la critique qui lui reprochera le caractère lisse de ses rôles alors que la lutte pour les droits civiques commençait à transformer la société nord-américaine. Poitier était-il anachronique ? Ce serait un peu vite oublier que si le grand écran lui permis d’incarner le symbole de l’apaisement et de l’intégration, l’acteur assuma toujours la couleur de sa peau et n’hésita jamais à affirmer sa singularité quitte à déranger ses détracteurs des deux bords.

 

Paris Blues

Paris Blues de Martin Ritt (1961)

Si ses rôles ont en commun leur exemplarité, Poitier prit toujours soin de complexifier leur caractérisation en leur faisant adopter des tempéraments et des comportements changeants. Entre la compréhension et la défiance, la douceur et la violence, ses protagonistes affirment leur indépendance pour mieux briser les frontières et dénoncer les injustices.

 

Ainsi de l’enseignant des Anges aux poings serrés (James Clavell, 1967), contrechamp à son adolescent rebelle de Graine de violence (Richard Brooks, 1955), ou de son beau personnage de Un coin de ciel bleu (Guy Hamilton, 1965) venant en aide à une jeune aveugle martyrisée par sa famille.

 

Cet esprit indépendant n’empêche Poitier de parvenir à adapter son style à celui de ses plus fameux partenaires. Sa contenance valorise par contraste l’interprétation fiévreuse de Anne Bancroft dans Trente minutes de sursis (Sydney Pollack, 1965), tandis que Paris Blues (Martin Ritt, 1961) lui permet de soutenir le jeu électrisant de Paul Newman.

 

Les années 1970 le voient tabler sur ses anciens succès (Appelez-moi Monsieur Tibbs [Gordon Douglas, 1970] et L’Organisation [Don Medford, 1971], suites de Dans la chaleur de la nuit), mais aussi passer derrière la caméra.

 

Buck et son complice

Buck et son complice de Sidney Poitier (1972)

Pour Buck et son complice (1972), son premier long métrage en tant que réalisateur, Poitier s’offre le rôle d’un chef de convoi d’anciens esclaves partis mener leur conquête de l’Ouest. Pour ce western revu et corrigé, l’acteur-cinéaste s’associe à Harry Belafonte, autre pionnier dans la reconnaissance de la communauté afro-américaine à Hollywood.

 

Si Poitier continue à mettre en scène quelques productions au cours des années 1980 et 1990, ses apparitions à l’écran deviennent de plus en plus disparates. Toujours convaincant dans ses seconds rôles (Little Nikita [Richard Benjamin, 1988] ; Les Experts [Phil Alden Robinson, 1992] ; Le Chacal [Michael Caton-Jones, 1997]), l’acteur trouve son dernier grand rôle à la télévision avec L’Affaire Noah Dearborn (Gregg Champion, 1999).

 

Depuis ses premiers succès, Poitier, premier acteur noir à avoir remporté un Oscar, joua un rôle dont on ne mesure sans doute pas encore toute la portée. Incarnant la fonction de mentor pour plusieurs générations d’actrices et d’acteurs de couleur, il n’hésitait pas à leur adresser conseils et recommandation. Denzel Washington en fut l’un des premiers bénéficiaires, à lui maintenant de reprendre le flambeau de son modèle et de guider ces nouveaux talents, que ce soit devant ou derrière la caméra.

 

 

Graine de Violence

 

 

La Chaîne

 

 

Paris Blues

 

 

Lilies of the Field

 

 

Devine qui vient dîner

 

 

Dans la chaleur de la nuit

 

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