The Retaliators de Samuel Gonzalez Jr. et Bridget Smith : critique

Publié par CineChronicle le 13 septembre 2022

Synopsis : Un honnête pasteur découvre un monde souterrain sombre et tordu, alors qu’il cherche des réponses concernant le meurtre brutal de sa fille. Une bande-son originale et des apparitions des plus grands noms de la musique rock donnent le ton à ce thriller d’horreur qui révèle un jeu de vengeance avec des nouvelles règles.

♥♥♥♥♥

 

The Retaliators - affiche

The Retaliators – affiche

The Retaliators s’ouvre sur deux jeunes filles égarées en pleine forêt. Alors qu’elles cherchent à retrouver leur chemin, leur véhicule est pris d’assaut par une horde d’individus ensanglantés aux allures de morts-vivants. Un troisième personnage a à peine le temps de leur expliquer qu’il ne s’agit pas de zombies qu’elles sont assassinées à grand renfort d’effusions d’hémoglobine. Après quoi, le film démarre réellement dans un contexte totalement différent : l’organisation du réveillon de Noël dans un village tranquille. Les événements qui raccrochent cette introduction au reste de l’intrigue ne seront révélés que durant les dernières minutes, après une cascade de retournements de situation. La distance narrative n’empêche pas cette entrée en matière d’en dire beaucoup sur les intentions qui sous-tendent le long-métrage. D’abord, il faut noter le plaisir régressif avec lequel les deux filles sont tuées. Ensuite, le fait que les tueurs soient présentés comme n’étant pas des zombies alors qu’ils en affichent tous les attributs annonce un mélange des genres qui fait que The Retaliators n’est jamais vraiment ce qu’il y parait : policier, slasher, mafia, horreur, et plusieurs autres genres se succèdent, brassant tout un imaginaire de cinéma bis. Il faut l’annoncer d’emblée, le film ne brille pas par sa subtilité. Ses tueurs en séries sanguinaires, son gang de motards hyper-virils et son prêtre guerrier semblent tout droit sortis de l’esprit d’un adolescent rebelle. Impression renforcée par l’usage très grandiloquent de la musique, par l’intégration assez lourde de quelques corps féminins dénudés, ou par le sérieux presque parodique avec lequel les acteurs prennent en charge leurs personnages caricaturaux. Mais cette forme d’immaturité qui ne s’embarrasse d’aucun bon goût a aussi ses avantages. À commencer par les scènes d’actions décomplexées qui s’adonnent joyeusement à toute sortes de démembrement en déversant au passage des hectolitres de sang. Ceux qui viennent chercher du gore dans The Retaliators seront très largement servis.

 

The Retaliators

The Retaliators

 

Plus tendancieusement, le film se permet aussi d’être une ode à la violence masculine déchaînée qui flirte régulièrement avec l’anachronisme. Le voyage intérieur du pasteur Bishop, le personnage principal, repose effectivement sur le désapprentissage de la règle judéo-chrétienne « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore », remplacée par une sorte de loi du talion « Si on te frappe, frappe en retour ». Que ce soit sur la place de la femme ou la question de la réinsertion des criminels, le film multiplie les prises de positions douteuses.

 

Il serait toutefois contre-productif de lui en tenir rigueur, tant il ne parle jamais du monde, mais recycle plutôt des poncifs de série B sans les interroger. S’il semble tenir un propos incohérent, c’est d’abord qu’il ne parle jamais de rien. On ne compte pas les films qui s’avèrent idiots parce qu’ils sont ratés. The Retaliators est quant à lui réussi et bête. Réussi parce que bête, en ce sens qu’il place ses références comme écran entre lui et le réel, ce qui lui ouvre très largement le champ des possibles.

 

The Retaliators

The Retaliators

 

Malgré des moyens qu’on devine limités, Samuel Gonzalez Jr. et Bridget Smith ont réussi à mettre au point un jeu de massacre qui se nourrit des clichés avec une sincérité contagieuse. Rien de ce qu’ils mettent en scène ne révolutionne le genre, mais fait néanmoins état d’une véritable ligne directrice : une suite d’idées bancales mais audacieuses, reliées par des retournements de situations aberrants et ponctués d’affrontements débridés. En cela, leur réussite est indéniable, et malgré plusieurs sorties de routes parfois gênantes, on ne peut que sortir repus de ce festin d’images déraisonnables.

 

Joffrey Liagre

 

 

 

  • THE RETALIATORS
  • Sortie salles : 15 septembre 2022
  • Réalisation : Samuel Gonzalez Jr., Bridget Smith
  • Avec : Michael Lombardi, Marc Menchaca, Joseph Gatt, Katie Kelly, Abbey Hafer, Jacoby Shaddix, Brian O’Halloran, Shannan Wilson, Zoltan Bathory, Ivan L. Moody
  • Scénario : Darren Geare, Jeff Allen Geare
  • Production : Allen Kovac, Michael Lombardi, Mike Walsh
  • Photographie :  Joseph Hennigan
  • Montage :  Randy Bricker
  • Décors :  Shawn Sieger, Fernando Valdes
  • Costumes : Brittany Ann Cormack
  • Musique :  Kyle Dixon, Michael Stein
  • Distribution : Better Noise Film
  • Durée : 1 h 50

  

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