Ressortie / Ne pas avaler de Gary Oldman : critique

Publié par CineChronicle le 15 août 2023

Synopsis : L’histoire d’une famille ordinaire dans un quartier ouvrier de l’Est de Londres. Raymond, un père alcoolique et violent, voit peu à peu ses relations avec ses proches s’effriter.

♥♥♥♥

 

Ne pas avaler de Gary Oldman - affiche

Ne pas avaler de Gary Oldman – affiche

Dans les années 1990, le cinéma britannique est en pleine ébullition. De nombreux cinéastes anglais émergent, inspirés par une nouvelle culture populaire, venue notamment du cinéma de Quentin Tarantino. Sous l’influence de Pulp Fiction, Danny Boyle triomphe ainsi avec Trainspotting. Au-delà de leurs différences stylistiques et tonales, ces deux films partagent une même thématique : la drogue, son trafic ou sa consommation. Dans ce contexte, Ne pas avaler fait office d’ovni. Le premier long-métrage de Gary Oldman se veut cru, réaliste et dénué de toute ironie. Car ce soudain passage à la mise en scène n’a rien d’un caprice de star pour l’acteur alors au sommet de sa gloire. L’histoire du film lui tient à cœur et s’inspire de sa propre vie. Fils d’un père absent, alcoolique et violent, il a grandi dans un milieu pauvre et ne peut que s’identifier à ces personnages de prolétaires à la dérive, dans un monde qui ne semble plus se soucier d’eux. Ne pas avaler se présente ainsi comme une véritable plongée dans l’intimité de ces reclus de la société. Cadrage resserré sur les personnages, photographie grise et désaturée, grain du 35 mm, dialogues spontanés et naturels, la mise en scène de Gary Oldman donne l’impression d’assister à des instants de vie pris sur le vif. Là où à la même époque ses compatriotes multipliaient les effets de montage, les angles de caméra complexes et les punchlines sous l’influence du vidéoclip, le réalisateur et scénariste puise dans le documentaire et la tradition du cinéma social britannique.

 

Ray Winstone Kathy Burke Ne pas avaler

Ray Winstone et Kathy Burke – Ne pas avaler de Gary Oldman (1997)

 

Impossible de regarder Ne pas avaler sans penser à la filmographie de Ken Loach, voire à certaines œuvres de Peter Watkins. Du premier, Gary Oldman retient l’humanité simple et sincère pour les petites gens, sans jamais les prendre de haut ou s’apitoyer sur leur sort. Du second, il hérite d’un visuel cru et d’un style réaliste et sans concession. En dépit du climat oppressant et malsain qui y règne, Oldman ne sombre pas dans le misérabilisme ou la complaisance. Même dans ces moments de noirceur, Ne pas avaler reste un film vivant, parsemé d’instants d’humanité, notamment grâce à la partition lancinante et expérimentale du génial Eric Clapton.

 

Présenté au Festival de Cannes en 1997, Ne pas avaler remporte le prix d’interprétation féminine pour Kathy Burke, en plus d’être salué par la critique. Il rafle aussi les BAFTA du meilleur film et du meilleur scénario. Cette première tentative reste pourtant sa seule réalisation. Car plus que le début d’une nouvelle carrière, cet unique film remplit plutôt une fonction cathartique pour son auteur. À travers cette mise en scène, Oldman a pu exorciser ses propres démons et amorcer une nouvelle ère.

 

Charlie Creed-Miles - Ne pas avaler de Gary Oldman

Charlie Creed-Miles – Ne pas avaler de Gary Oldman (1997)

 

À l’exception notable de son rôle de Mason Verger dans Hannibal (Ridley Scott, 2001), la décennie 2000 sera presque dénuée de méchants. Ses deux personnages les plus marquants de cette période, Sirius Black dans la saga Harry Potter et Jim Gordon dans la trilogie Dark Knight, sont au contraire des hommes d’honneur droits dans leurs bottes. Comme si Oldman avait fait la paix avec cette part d’obscurité en lui, qu’il ne pouvait se contenter seulement d’interpréter. Plus qu’un coup d’essai, Ne pas avaler est donc une étape cruciale dans le processus d’acceptation et de guérison d’un homme. Une œuvre touchante et sincère qui n’a rien perdu de sa force. 

 

Timothée Giret

 

 

 

  • NE PAS AVALER (Nil by Mouth)
    Version restaurée 4K inédite
  • Ressortie salles : 16 août 2023
  • Réalisation et Scénario : Gary Oldman
  • Avec : Ray Winstone, Kathy Burke,  Charlie Creed-Miles, Laila Morse, Edna Dore, Jamie Foreman, Terry Rowley, Chrissie Cotterill, Jon Morrison, Mark Gilvary…
  • Production : Gary Oldman, Douglas Urbanski, Luc Besson
  • Photographie : Ron Fortunato
  • Montage : Brad Fuller
  • Musique : Eric Clapton
  • Distribution : Mission Distribution Cinéma
  • Durée : 1 h 59
  • Sortie initiale : 10 octobre 1997 (Royaume-Uni) – 5 novembre 1997 (France)

 

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Source: CBO Box office

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