Au cœur de Naples, Luciano est un chef de famille hâbleur et joyeusement exubérant qui exerce ses talents de bonimenteur et de comique devant les clients de sa poissonnerie et sa nombreuse tribu. Un jour, poussé par ses enfants, il participe sans trop y croire au casting de la plus célèbre émission de télé-réalité italienne. Dès cet instant, sa vie entière bascule : plus rien ne compte désormais – ni sa famille, ni ses amis, ni son travail ni même la petite arnaque imaginée par son épouse, qui améliorait un peu leur ordinaire ! Le rêve de devenir une personnalité médiatique modifie radicalement son destin mais aussi celui de tout son entourage…

 

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Quatre ans après avoir remporté le Grand Prix du Jury au festival de Cannes pour Gomorra, qui nous plongeait dans la violence mafieuse napolitaine, Matteo Garrone se penche aujourd’hui sur un autre aspect du système, la télé-réalité et ses effets affligeants. Lauréat également du Grand Prix du Jury à Cannes cette année, Reality dresse une peinture tragi-comique, acide et pathétique, sur la lubie que peut engendrer cette célébrité éphémère chez certains individus. Si le cinéaste italien filmait avec conviction les guerillas intestines au travers de plusieurs personnages dans Gomorra, il concentre magistralement ici sa caméra, toujours à l’épaule, sur un homme qui sombre progressivement dans la folie, aspiré par cette quête fantasmée de cette gloire instantanée. On suit alors Luciano, marié et père de famille, tchacheur et plein de vie, à la tête d’une poissonnerie de quartier, encouragé par son entourage à passer un casting pour l’émission de télé-réalité la plus populaire Grande Fratello, équivalent d’un Big Brother, Secret Story ou autre Loft. Pour pousser le rêve de paillettes (ou le vice) à son comble, Garrone choisit comme lieu magique les décors cinématographiques emblématiques de Cinecittà. Tout semble de bon augure après l’audition de Luciano. Il raconte fièrement à sa femme qu’il a dévoilé naturellement toute sa vie et ses plus grands secrets, jamais révélés à quiconque ni même à sa femme, pendant une heure à un psychologue.

 

 

Si comme son entourage, il est persuadé d’être pris, la longue attente qui suit pour connaître la réponse définitive change littéralement la donne et fait naître en lui une obsession maladive qui le fait sombrer dans une paranoïa dans laquelle il s’imagine espionné et encore testé par la production de l’émission. Tant et si bien que ses attitudes et ses actions se voient alors radicalement modifiées. Car non seulement il change sa vie avant même d’être sélectionné en vendant sa poissonnerie et en donnant tous ses meubles aux plus démunis, mais il est convaincu que ces changements peuvent influer sur la décision. Si la caméra de Garrone capte au plus près la chute de ce personnage, porté formidablement par Aniello Arena – membre d’une compagnie de théâtre dans une prison dans laquelle il purge une peine depuis près de 20 ans -, pris ici entre les mailles de cette starisation de pacotille, Reality a tendance à trainer malheureusement en longueur et à tourner un peu en rond dans le traitement de son sujet. Garrone cerne avec brio l’évolution de son personnage face à la peur du regard de l’autre en mettant en parallèle son monde fantasmé, renforcé par un score d’Alexandre Desplat qui tend au merveilleux, et la réalité froide vécue par sa famille. Mais on regrette qu’il ne creuse pas davantage le sillon de cette paranoïa entre le vrai et le faux préférant se focaliser sur la superficialité de son personnage, accroché à ses lubies absurdes alors même que plus personne n’y croit, ni sa famille ni le spectateur. Reality est certes moins impressionnant que Gomorra, mais cette plongée dans les affres de la célébrité éphémère nous prend néanmoins dans sa toile de fiction documentaire au travers des talents indéniables de mise en scène de Matteo Garrone.

 

 

 

REALITY de Matteo Garrone en salles le 3 octobre 2012, avec Aniello Arena, Loredana Simioli, Nando Paone, Graziella Marina, Nello Iorio, Nunzia Schiano, Rosaria D’Urso, Giuseppina Cervizzi. Scénario : Matteo Garrone, Maurizio Braucci, Ugo Chiti, Massimo Gaudioso, d’après une idée de Matteo Garrone et Massimo Gaudioso. Producteurs : Domenico Procacci, Matteo Garrone. Photographie : Marco Onorato. Décors : Paolo Trotta. Musique : Alexandre Desplat. Montage : Marco Spoletini. Costumes : Maurizio Millenotti. Distribution : Le Pacte. Durée : 1h55.

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