1931. Au cœur de l’Amérique en pleine Prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime.

 

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Trois ans après le drame post-apocalyptique La Route, adapté du roman de Cormac McCarthy, John Hillcoat revient sur le terrain familier du western qui lui a permis de sortir de l’ombre et d’imposer son statut de réalisateur grâce à The Proposition en 2006, lauréat de plusieurs prix internationaux. Des Hommes sans Loi (Lawless), adapté du livre The Wettest County in the World (Pour quelques gouttes d’alcool) paru en 2008 de Matt Bondurant, petit-fils de Jack Bondurant (incarné par Shia LaBeouf), conte les exploits légendaires de trois frères qui furent des trafiquants d’alcool de contrebande notoires dans la Virginie rurale au temps de la Prohibition. Le cinéaste australien mélange ici habilement les genres entre le film de gangster et le western dans ce drame mi-réel mi-fictionnel, imprégné de vapeurs d’alcool, qui traîne parfois en longueur mais dont la violence implacable et la véracité des scènes opèrent tragiquement à l’écran. Si la période de la Prohibition renvoie aux activités d’Al Capone, à Chicago ou à Atlantic City, Hillcoat emmène avec ingéniosité son récit, écrit par son ami de longue date, le musicien/auteur/compositeur rock’n’roll Nick Cave (The Proposition et Ghosts… of the Civil Dead), sur les terres boueuses d’un village paumé qu’on ne quittera pas pour se concentrer sur ces trois bootleggers qui se sont construits eux-mêmes et ont imposé le respect dans leur communauté. Jack (Shia LaBeouf), Howard (Jason Clarke) et Forrest Bondurant (Tom Hardy) se confrontent pistolets aux poings à une police corrompue, un shérif dans la combine et un représentant de la loi de Chicago zélé qui demande sa part du gâteau.

 

 

Si l’on peut reprocher par moments un manque de conviction et de profondeur dans les personnages et la narration, la force Des Hommes sans Loi, présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, est principalement dans le jeu des acteurs. Hillcoat parvient à combler les carences grâce au conflit généré par deux personnages extrêmes qui donnent un véritable équilibre au déroulement de l’histoire et créent une empathie certaine pour nos trois héros. Il s’agit du gangster notoire Floyd Banner, joué par Gary Oldman, toujours aussi charismatique même si très peu présent à l’écran, et du sadique Charlie Rakes, incarné par Guy Pearce, déterminé à briser la famille Bondurant et leur petite affaire commerciale illégale. Ce dernier (vu dans PROMETHEUS – notre critique), qui retrouve John Hillcoat après The Proposition et La Route, excelle ici en représentant de la loi au style de dandy crapuleux, narcissique, sadique, malhonnête et méprisant, qui déclenche une guerre sans merci.

 

 

Des Hommes sans Loi nous plonge ainsi dans les décors poussiéreux d’une région aux prises à des changements socio-économiques et climatiques. Si l’on suit la vie de cette fratrie et leur combat féroce pour leur indépendance, le récit se concentre particulièrement sur le plus jeune des frères, incarné par Shia LaBeouf, qui confirme ses capacités d’acteur éclectique. Son personnage de Jack Bondurant, également narrateur de l’histoire, est probablement le seul à devenir bénéficiaire d’un vrai changement dans sa caractérisation. S’il ne peut agir par la violence physique étant le moins fort des trois, il est le plus entreprenant, le plus ambitieux et le plus débrouillard et lutte pour trouver sa place en son sein tout en cherchant l’amour auprès d’une femme dévote (Mia Wasikowska). Son personnage représente en quelque sorte l’homme moderne dans cette fratrie menée par Forrest (excellent Tom Hardy), un dur à cuire réservé et grand protecteur de sa famille, dont la légende fait de lui plus que tout autre un être invincible ayant survécu à tout, y compris à la mort. Ce personnage de brute impassible, à l’image d’un Bronson ou même d’un Bane dans THE DARK KNIGHT RISES (notre critique), qui grogne parfois comme un ours, dégage néanmoins une attachante douceur dans son jeu, accentué par la relation d’amour avec Maggie (superbe Jessica Chastain), une citadine sophistiquée au passé mystérieux, qui insuffle à la fois une touche de féminité très solaire dans ce monde d’hommes virils et tranche avec la grisaille et la saleté de l’environnement.

 

 

Quant à Jason Clarke (prochainement dans GATSBY LE MAGNIFIQUE), si son personnage d’Howard Bondurant, violent et alcoolique, est plus en retrait, il n’en reste pas moins tout aussi convaincant. Tout comme celui de Dane DeHaan (CHRONICLE – notre critique) dans le rôle de Cricket, un jeune garçon intelligent, inventif et sensible atteint de rachitisme, proche des trois frères, qui injecte sa part importante d’émotion. Des Hommes sans Loi dresse une peinture crépusculaire de l’Amérique profonde en posant un regard sur la Prohibition autrement que par l’aspect sirupeux et glamour d’un Boardwalk Empire par exemple, même si la teneur de son propos s’en rapproche. Il aborde avec force les thèmes de la famille et ses responsabilités ainsi que du mythe du gangster et parvient à immerger le spectateur dans les terres ardues et chaotiques de la Virginie tout en parcourant les différentes cultures et l’accent bien particulier de la région. Si bien que le film parcourt l’histoire fascinante de ces contrebandiers durant la Grande Dépression, qui puise sa force dans une mise en scène aérienne, une photographie soignée et une bande son immersive.

 

 

 

 

DES HOMMES SANS LOI (LAWLESS) de John Hillcoat en salles le 12 septembre avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Gary Oldman, Mia Wasikowska, Jessica Chastain, Jason Clarke et Guy Pearce. Scénario : Nick Cave, d’après le livre The Wettest County in the World (Pour quelques gouttes d’alcool) de Matt Bondurant. Producteurs : Douglas Wick, Lucy Fisher, Megan Ellison, Michael Benaroya. Compositeur : Nick Cave, Warren Ellis. Photographie : Benoît Delhomme. Costumes : Margot Wilson. Décors : Chris Kennedy. Montage : Dylan Tichenor. Distribution : Metropolitan FilmExport. Durée : 1h55

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