« Roi du monde ! » a seulement 23 ans grâce à Titanic, Leonardo DiCaprio est devenu l’un des acteurs américains majeurs de ces vingt dernières années, poursuivant aujourd’hui sa carrière aussi brillante qu’éclectique. De ses modestes débuts dans des pubs ou des séries télé à ses collaborations avec Martin Scorsese, il est désormais reconnu pour ses rôles complexes. Egalement célèbre pour ses liaisons avec quelques-unes des plus belles femmes du monde, moins pour son engagement en faveur de l’environnement, la star mondiale reste également cet artiste en perpétuelle quête de perfection. Mais qui se cache derrière l’image lisse forgée pour Hollywood ?

 

♥♥♥♥♥

 

Leonardo Le Magnifique Prisma Editions

Aussi étonnant que cela puisse paraître – pour ses admirateurs et admiratrices en particulier – relativement peu de livres ont été écrits sur Leonardo DiCaprio. Et ironie du sort, la biographie signée Douglas Wight, Leonardo le magnifique, est disponible depuis ce 24 janvier aux Editions Prisma, alors même que l’acteur a très récemment déclaré vouloir faire « une longue, longue pause » cinématographique après trois tournages en deux ans, notamment pour se consacrer à son autre passion : l’environnement. L’occasion de faire un point sur l’incroyable carrière de l’ancien gosse d’origine germano-italienne apparaît d’autant plus adéquate. Ses nombreux  – et surtout nombreuses – fans devraient ainsi trouver leur compte dans ce récit de 384 pages, avant de retrouver le comédien américain sur les écrans français dans DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino (notre critique), à l’affiche depuis le 16 janvier, GATSBY LE MAGNIFIQUE de Baz Luhrmann à compter du 15 mai prochain, et THE WOLF OF WALL STREET de Martin Scorsese d’ici fin 2013-début 2014. Est-il pour autant facile de réaliser une biographie sur une star mondiale qui, malgré sa notoriété et sa sur-médiatisation, tient depuis longtemps à ne pas exposer sa vie privée ? Pas forcément. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière s’avère copieuse en détails et d’événements qui ont rempli et conditionné ces 38 ans d’existence. Mais à vouloir trop raconter, des premières désillusions amoureuses de Leo à ses très nombreuses conquêtes, des premiers déboires professionnels aux rencontres déterminantes, Douglas Wight n’approfondit pas toujours ce portrait dont le sujet à lui seul constitue de l’or en barre. Pourtant aucun passage télévisuel – entre publicités et séries – dans l’enfance, aucun long-métrage, aucune petite amie officielle ni aucun autre proche ne manque à l’appel dans son approche chronologique, simple mais efficace pour traduire la montée jusqu’au sommet, et agrémentée d’une quarantaine de jolies photos.

 

Blessures Secretes

 

La première partie axée sur la période pré-Titanic permet de mieux cerner une personnalité passionnée, libre et décidée. L’enfance très modeste de Leonardo DiCaprio dans ‘‘Crasseville’’, quartier pauvre de Los Angeles, et sa nature artistique héritée entre autres de son père auteur de bandes dessinées tendent à expliquer sa volonté d’indépendance financière et, bien plus encore, sa soif insatiable de créativité et de renouveau. L’évocation de la rencontre, à la fois payante et frustrante face à Robert De Niro pour Blessures secrètes de Michael Caton-Jones, est en ce sens l’une des plus intéressantes puisqu’elle montre à quel point le jeune homme a très vite manifesté audace et besoin de reconnaissance. Les lecteurs en apprennent également davantage sur quelques-unes de ses immersions, notamment son incroyable composition de déficient mental dans le Gilbert Grape de Lasse Hallström pour laquelle il a mêlé observation dans des centres spécialisés, improvisation et liberté offerte par le cinéaste auquel on doit un beau commentaire sur les yeux du jeune prodige. Sa rencontre avec Jim Carroll pour son incarnation de l’écrivain et poète américain dans The Basketball diaries de Scott Kalvert compte de même parmi les éléments les plus intéressants. Etonnamment, Randall Wallace, le réalisateur de L’Homme au masque de fer, est de ceux qui parlent le mieux de l’acteur alors qu’il lui a offert l’un de ses rôles mineurs : « Il ne se contente pas d’observer la vie avec acuité, il l’aime vraiment. C’est un acteur à la fois instinctif et intelligent, une combinaison fantastique. Il est assez malin pour ne pas laisser son intelligence dominer son instinct ». Pour ce qui est de la période post-Titanic, Douglas Wight l’aborde en s’attardant souvent sur la déception-Oscars à répétition et sur les exploits et amours compliquées du ‘‘serial lover’’. Les amateurs et amatrices de news people et d’épisodes glamour apprécieront, les cinéphiles certainement beaucoup moins, même si ces deux aspects demeurent incontournables lorsqu’on évoque la carrière de Leo DiCaprio, tout comme les revers de la notoriété – les fameux effets de la Leomania – qui font parfois froid dans le dos.

 

Titanic

 

Mais les preuves plus récentes de sa nature d’artiste ambitieux ne manquent pas, tel le projet d’Aviator, qu’il avait dans la tête depuis le tournage de Titanic et qu’il a finalement proposé sept ans après à Martin Scorsese avec l’appui de Michael Mann à la production. Agacé par le surnom de « gamin » attribué par son pygmalion sur le tournage de Gangs of New York, DiCaprio épatera de même Steven Spielberg par son inventivité sur le tournage d’Arrête-moi si tu peux, balayant les a priori de ce dernier du fait de son côté fêtard. Dommage que Wight ne donne pas davantage d’informations sur les recherches du comédien pour GATSBY LE MAGNIFIQUE, alors même que le tournage s’est terminé il y a plus d’un an et que le titre de son livre, on ne peut plus évocateur, laissait supposer le contraire. DJANGO UNCHAINED (notre critique) et THE WOLF OF WALL STREET auraient aussi mérité plus de lignes que les souvenirs de drague, mais le temps ou les échanges ont sans doute manqué à l’appel. Leonardo DiCaprio apparaît au final plus proche de ces protagonistes complexes qu’il affectionne qu’il ne l’admet lui-même, conscient de sa puissance mais refusant de s’en contenter, aussi sensible qu’insondable. Sa décision de s’éloigner un temps des caméras pour s’adonner à ses occupations écologiques n’a par ailleurs rien de bien étonnant, puisqu’elle fait office de bis repetita. « Je prends des congés, je dois entretenir ma passion pour mon métier », déclarait Leo peu de temps après la folie Titanic. Plus tard, c’est durant le tournage de La Plage sur l’île thaïlandaise de Koh Phi Phi Leh que sa prise de conscience environnementale – comme racontée dans Leonardo le magnifique – a pris forme. Quelque 13 ans plus tard, la star annonce donc à nouveau une pause, entre autres pour se consacrer à son autre centre d’intérêt et contribuer à « améliorer le monde ». Dans le prochain numéro du mensuel August Men, il tend à minimiser cet éloignement des plateaux en réaffirmant que son objectif est de « continuer à faire du bon travail… Je n’ai pas encore arrêté, et j’espère que le travail ne s’arrêtera jamais ». La « longue, longue pause » pourrait s’écourter plus vite que prévu.

 

Hélène Sécher

 

 

LEONARDO LE MAGNIFIQUE de Douglas Wight. Editions Prisma. En librairie le 24 janvier 2013. 384 pages. 19,95€

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