9 mois ferme d’Albert Dupontel: critique

Publié par CineChronicle le 11 octobre 2013

Ariane Felder est enceinte ! C’est d’autant plus surprenant que c’est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que d’après les tests de paternité, le père de l’enfant n’est autre que Bob, un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l’attend…

 

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9 mois ferme afficheBienvenue dans le monde fou de Dupontel, roi du burlesque, du semi-trash et du tape-à-l’oeil. On fait ici la rencontre de deux barrés au barreau, une juge d’instruction atypique et un cambrioleur au grand cœur, voyou venu d’une autre ère aux méthodes radicales. Tout commence un soir de réveillon où même la justice et ses fidèles s’offrent la bonne cuite du 1er janvier. Le palais devient alors la cour des miracles. Tout le monde s’en donne à cœur joie. La caméra doit aussi avoir la gueule de bois puisque c’est en transversale qu’elle offre ses scènes aux spectateurs, qui se prend directement au jeu du boira bien qui boira le dernier. Code couleur rouge, sang, horreur, décapitation et meuleuse en action. Photographies saturées. Imaginaire fécond. Ah qu’elle est belle la justice, ses gardes à vue et ses erreurs judiciaires, sa police-complice, ses petites contrariétés et ses avocats qui auraient grand peine à défendre la veuve et l’orphelin, faute de preuves directes. Qui est le bon ? Qui est l’hystérique ? Qui est le truand ? Voilà une bien belle histoire qui se tient tout en frôlant l’absurde et la folie, des personnages qui portent à merveille leur rôle, et un imaginaire vraiment déjanté faisant basculer son réalisateur dans un registre qu’on pourrait qualifier aisément de Dupontelesque tant ses films laissent une empreinte d’un genre à part entière : on sait à qui on a à faire.

 

9 mois ferme Albert Dupontel et Sandrine Kiberlain

 

Si son précédent long-métrage Le Vilain était un exercice de style plutôt casse-gueule, Albert Dupontel redresse ici la barre, s’octroie cette fois le personnage secondaire et laisse à Sandrine Kiberlain le soin de nous étonner, nous rappeler toute la gamme de son jeu, nous faire rire aux larmes et de faire sien un talent certain, celui des gestes et du regard qui veulent tout dire. La balance, c’est elle. Incarnation de la femme rigide qui a toujours tout bien normalisé et cadré, sans jamais dépasser ni s’engager fuyant toute forme de vie sociale. L’injustice et l’enfer ce sont les autres. Une mise en scène volontairement bancale, des séquences qui apparaissent découpées aux ciseaux et collées sur la pellicule, pleines d’inventivités, de surprises (comme Jean Dujardin) et des moments vraiment désopilants. Ainsi, il en résulte un comique de situation hilarant, hanté par un désir de prendre le spectateur en témoin : ‘regardez-moi, je suis peut-être loufoque mais je vous fais rire et c’est plus difficile que de vous faire pleurer’. Reste cependant quelques maladresses de parcours, comme les reconstitutions en images de synthèse qui n’apportent rien et provoquent un léger malaise. On a l’impression soudainement d’être dans un cartoon ou un épisode d’Il était une fois la vie. Ces scènes sont presque factices. Le dossier ainsi classé, on retiendra une excentricité brillamment développée, un casting parfait, une caméra ivre, un moment hors-temps et surtout hors-champ car la caméra du cinéaste vacille en même temps que ses anti-héros et ses situations. Le tout est un ensemble sensible, un very red trip. Lorsque le verdict tombe, la seule chose qui risque d’arriver après cette séance, est de vouloir nous retrouver en cellule de dégrisement avec Albert Dupontel, grand dissipé du cinéma français, et de Sandrine Kiberlain qui, avec toujours beaucoup de justesse, incarne à merveille cette sagesse délurée et cette hystérie caractéristique de ceux pour qui le changement est à bannir de toute démocratie.

 

Chloé Anyways

 

 

 

9 mois ferme d’Albert Dupontel en salles le 16 octobre 2013 avec Albert Dupontel, Sandrine Kiberlain Nicolas Marié, Bouli Lanners, Philippe Duquesne et Philippe Uchan. Scénario : Albert Dupontel. Producteurs : Catherine Bozorgan. Photographie : Vincent Mathias. Montage : Christophe Pinel. Décors : Pierre Quefféléan. Son : Jean Minondo et Nicolas Becker. Costumes : Mimi Lempicka. Distribution : Wild bunch distribution. Durée : 1h22.

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