Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, récemment décédé. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.

 

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Yves Saint Laurent afficheSi le film biographique est un genre particulièrement répandu ces dernières années, Yves Saint Laurent semble présenter de prime abord le mérite d’aborder une sacrée destinée sans faire preuve d’esbroufe et d’un excès de gourmandise. Peut-on pour autant parler d’audace et d’originalité en évoquant le troisième long-métrage de Jalil Lespert ? Pas sûr, au-delà du fait que la vie d’Yves Saint-Laurent soit évoquée pour la quatrième fois dans une fiction, avant la sortie en octobre prochain de l’adaptation signée Bertrand Bonello (L’Apollonide : souvenirs de la maison close), avec Gaspard Ulliel. Dans la version présente, tout apparaît très maîtrisé, presque trop écrit, au point qu’il reste impossible de déceler le moindre élément transgressif dans la mise en scène et le scénario. Cela n’empêche nullement d’apprécier le film pour ce qu’il est : un hommage de belle tenue à une figure d’exception. Les réserves, elles, viennent notamment de ce paradoxe que constitue la voix-off de Pierre Berger joué par Guillaume Gallienne. Faire de l’amant de Saint-Laurent le narrateur du récit permet, au mieux, de s’attacher au couple et de garder l’ensemble centré sur cette histoire d’amour passionnelle. A contrario, le procédé atténue, voire supplante complètement, une quelconque vision de cinéaste. Sans vraiment imposer son regard, Jalil Lespert retrace sagement, séquence après séquence et chronologiquement, les temps forts vécus par Yves Saint Laurent avec son compagnon ; de la création de sa propre maison de couture à l’aune des années 1960 aux robes pop art en passant par les voyages au Maroc.

 

Yves Saint Laurent - Pierre Niney et Jerome Galienne

 

L’ensemble pourtant ne manque pas de qualités, loin de là, dans ce portrait à la fois proche et distant de ce duo légendaire. Il y a de jolies parenthèses, dans la première partie en particulier où le comédien-metteur en scène ne s’attarde pas sur la rencontre entre le jeune prodige de la maison Dior et son protecteur, à la fin des années 1950. Jalil Lespert, qui a coécrit le scénario librement adapté de l’ouvrage éponyme de Laurence Benaïm, Lespert fait fi des scènes de dialogues dans ces moments clés. Une lumineuse et très efficace séquence muette, au bord d’une piscine, suffit à capter l’attraction des deux hommes et la naissance de leur couple mythique. Mais rares sont les instants – tels que celui-ci – ressortant de cet ensemble trop enfermé, trop cloisonné par son travail de représentation et de reconstitution fidèle. Il s’en faut même parfois de peu pour que la romance centrale ne soit reléguée au second plan derrière des éléments historiques assez appuyés – comme ces guitares et ces chemises à fleurs évoquant les seventies – et cette musique surpuissante qui souligne outre-mesure l’avant-gardisme et le génie du couturier. La grâce et l’émotion l’emportent cependant de justesse, la raison venant sans surprise de son duo d’interprètes.

 

Yves Saint Laurent - Pierre Niney

 

Pierre Niney, dans ce rôle-titre imposant, peut confirmer tout le bien que beaucoup pensaient déjà de lui. A tout juste 25 ans, il continue d’épater par la maturité de son jeu. Il passe ainsi de l’enfant gâté et bourgeois à l’avant-gardiste meurtri par ses failles – paranoïa, toxicomanie – avec une réelle authenticité et une totale humilité. L’alchimie est palpable avec son collègue de la Comédie Française, Guillaume Gallienne, encore plus crédible en Pierre Bergé. Du narrateur nostalgique à l’amant protecteur – presque paternaliste – jusqu’à l’amoureux éprouvé à la fois généreux et obsessionnel, le comédien livre une prestation très subtile. Nul doute que les deux acteurs auront leurs places réservées pour les César 2015. Du triangle vie artistique / vie publique / vie sentimentale, on retiendra de fait surtout cette dernière grâce à eux. Cette vie sentimentale qui s’achève, dans un dernier acte mélancolique, sur un Pierre Berger seul et âgé. Yves Saint Laurent, lui, aura dans ses derniers moments à l’écran le visage d’un artiste quadragénaire au sommet de son talent et de sa fragilité. Il ne sera montré que de dos, aux côtés de son bien-aimé et face à un croquis prouvant que le temps n’a pas eu d’emprise sur son inspiration. L’éternelle jeunesse de l’âme : voilà sans doute la meilleure arme qui a permis à cette passion amoureuse de survivre à bien des épreuves.

 

 

YVES SAINT-LAURENT de Jalil Lespert en salles depuis le 8 janvier 2014 avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet. Scénario : Jalil Lespert, Marie-Pierre Huster, Jacques Fieschi. Producteur : Wassim Béji. Directeur de la photographie : Thomas Hardmeier. Montage : François Gédigier. Maquillage : Dominique Colladant. Coiffure : Guilaine Tortereau. Costumes : Madeline Fontaine. Décors: Aline Bonetto, Monica Alberte, Hind Ghazali. Effets spéciaux : Alain Carsoux. Superviseur des effets visuels : Joel Pinto. Compositeur : Ibrahim Maalouf. Distribution : SND. Durée : 1h46.

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