Synopsis : La vie de la jeune Donna Stern n’a rien de particulier : un petit ami, un job dans une librairie, sa bande de potes, des parents divorcés… Mais, chaque soir, sur une scène de Brooklyn où elle interprète son numéro de stand-up, ce quotidien banal devient une source inépuisable de sketches. Avec un humour ravageur et souvent cru, Donna y déballe sa vie intime, ne prend rien au sérieux, se moque de tout et surtout d’elle-même. Mais, coup sur coup, Donna perd son travail, se fait larguer par son petit ami, déprime, a une aventure alcoolisée d’un soir et… tombe enceinte. Dès lors, Donna va devoir assumer ses choix et grandir un peu, mais peut-être aussi rencontrer l’amour au moment où elle s’y attend le moins.

 

♥♥♥♥♥

 

Obvious Child de Gillian Robespierre - affiche

Obvious Child de Gillian Robespierre – affiche

Obvious Child est une de ces petites comédies emblématiques du cinéma indépendant américain qu’on aime bien découvrir. A l’instar du merveilleux FRANCES HA de Noah Baumbach (notre critique), sorti un an plus tôt, le premier long-métrage de Gillian Robespierre a pour figure centrale une quasi trentenaire en pleine adolescence prolongée. Donna Stern est une jeune artiste new-yorkaise un peu délurée, partagée entre ses parents divorcés, ses amis, son compagnon et ses sketches impertinents et osés sur son intimité. Tout s’écroule lorsqu’elle perd son travail et son petit ami. Dès les premières séquences, on note rapidement que cette jeune femme a quelques similitudes avec plusieurs autres personnages féminins dans l’air du temps, comme celui de Greta Gerwig, mais aussi ceux de Lena Dunham dans GIRLS, l’une des séries phares de HBO, et d’Ellen Page dans Juno de Jason Reitman, autre production qui doit sa renommée au festival de Sundance. Donna, campée par une touchante et pétulante Jenny Slate, se retrouve en effet ici enceinte d’un gentil garçon, Max (Jake Lacy), qui va l’aider à devenir adulte, avec sa maturité et sa nature compréhensive. Mais Gillian Robespierre nous esquisse surtout le portrait d’une nouvelle Woody Allen en jupon, qui n’hésite pas à évoquer sa vie sexuelle dans ses stand-up sur une petite scène de Brooklyn et à tenter de faire rire un public estudiantin en se moquant d’elle même. Juive comme Alvy Singer, Donna s’apparenterait ainsi à une petite fille du héros de Annie Hall. Et plus encore, une cousine de ces jeunes crétins attachants – ces Funny People – de la sphère de Judd Apatow. Le langage cru et potache, la séquence beuverie et les rapports non protégés ne sont pas sans rappeler En cloque, mode d’emploi. Pour autant, Gillian Robespierre parvient à dépasser ces liens de parenté – conscients ou non – pour imposer en 1h23 son propre parcours, du rire à l’émotion.

 

Jenny Slate (Donna Stern) dans Obvious Child de Gillian Robespierre  / © Chris Teague / Paradis Films

Jenny Slate (Donna Stern) dans Obvious Child de Gillian Robespierre / © Chris Teague / Paradis Films

 

Ainsi elle aborde l’avortement frontalement, sans gêne mais pas sans tact. ‘Devenir adulte avant de devenir mère’ pourrait être la thématique d’Obvious Child, dont le titre évoque moins l’enfant conçu que Donna elle-même. La bonne idée que la cinéaste tire de son récit au travers de ce sujet délicat est d’y soulever cette question pertinente : jusqu’où un artiste peut-il aller dans l’étalage de sa vie privée ? En outre, celle-ci inspire Donna pour ses sketches qui prend le droit d’user de sa verve ravageuse à son bon vouloir pour satisfaire son public. Par conséquent, quitte à dépasser les limites et à déplaire, la cinéaste comme sa protagoniste avancent à leur façon. Il n’est d’ailleurs pas impossible, dans cette scène de révélation publique en guise d’appel au secours, d’y percevoir cette fin de l’enfance que Donna met du temps à quitter.

 

Jenny Slate (Donna Stern) dans Obvious Child de Gillian Robespierre / © Chris Teague - Paradis Films

Jenny Slate (Donna Stern) dans Obvious Child de Gillian Robespierre / © Chris Teague – Paradis Films

 

Si la réflexion est intéressante, la mise en scène manque par contre d’originalité, se limitant le plus souvent à des champs-contrechamps. La réalisatrice capte parfaitement la moue et l’hilarité de Jenny Slate, mais ne parvient pas vraiment à faire exister à l’écran certains de ses personnages secondaires. A l’exception peut-être de la mère de Donna, qui va se rappeler que l’on peut rire et parler sérieusement dans une même soirée. Surprenante par son attitude dans la seconde partie, elle manifeste un petit grain de folie qui s’oppose judicieusement au processus de maturation de sa fille. Si sa réalisation manque de caractère et certains de ses personnages de place, Gillian Robespierre ne passe pas à côté de cette drôle de frimousse mi-enfant, mi-adulte, qui évoquerait physiquement une Tina Fey en devenir. Obvious Child s’impose alors comme une fausse petite comédie avec son lot de grivoiseries qui va, non sans subtilité, glisser vers ce final touchant et positif, mais pas exempt de risque ni d’audace. Et si cette ‘grande sœur’ de Juno finit par séduire, c’est également parce qu’elle ne manque pas de tendresse.

 

 

 

  • OBVIOUS CHILD de Gillian Robespierre en salles le 3 septembre 2014.
  • Casting : Jenny Slate, Jake Lacy, Gaby Hoffmann, Gabe Liedman, David Cross, Richard Kind, Polly Draper, Cindy Cheung, Stephen Singer, Paul Briganti…
  • Scénario : Gillian Robespierre, sur une idée d’Anna Bean et Karen Maine, avec la collaboration d’Elizabeth Holm.
  • Productrice : Elizabeth Holm.
  • Photographie : Chris Teague.
  • Directrice Artistique : Bridget Rafferty.
  • Montage : Casey Brooks, Jacob Craycroft.
  • Décors : Sarah K. White.
  • Costumes : Evren Catlin.
  • Distribution : Paradis Films.
  • Durée : 1h23

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