Concerning Violence de Gӧran Olsson: critique

Publié par CineChronicle le 20 septembre 2014

Synopsis : Inspiré de l’ouvrage Les Damnés de la terre de Frantz Fanon, Concerning violence retrace les luttes de décolonisation de 1966 à 1984 dans différents pays d’Afrique comme l’Angola, le Mozambique, ou encore la Tanzanie.

 

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Concerning Violence de Goran Olsson - affiche

Concerning Violence de Goran Olsson – affiche

C’est la découverte d’un texte, Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon, qui a donné au documentaliste suédois Gӧran Hugo Olsson l’envie de tourner Concerning Violence. Ce manifeste, publié en 1961, est un appel à la résistance à l’encontre des colons. Sartre, préfacier de la première édition, y voyait clairement une apologie de la violence. La thèse de Fanon est néanmoins plus nuancée. Il affirme que l’oppression d’un peuple ne donne aucun autre choix que de répondre par la lutte armée. On comprend alors pourquoi cet homme a passionné Göran Olsson. Connu pour son engagement, ce dernier s’était déjà penché sur les Blacks Panthers en 2011 dans The Black Power Mixtape. Pour faire d’abord entendre le cri de révolte de Fanon, Olsson a fait appel à la chanteuse Lauryn Hill en tant que narratrice. Il a ensuite procédé à un montage entre la lecture de certains passages des Damnés de la Terre et des images d’archives de la télévision suédoise sur la décolonisation. S’il exhume d’anciens extraits oubliés, Gӧran Olsson n’a clairement pas une démarche d’historien. Son approche découle davantage du militantisme. La sincérité de son engagement est incontestable. Concerning Violence est fort et perturbant. Il n’est d’ailleurs pas passé inaperçu aux festivals de Sundance, de Berlin ou de Gothenburg. Pourtant, on regrette fortement le manque de distance dans ce documentaire qui appuie excessivement sur les effets chocs et émotionnels. 

 

Concerning Violence de Goran Olsson

Concerning Violence de Goran Olsson

 

Sans être une adaptation au sens stricte du terme, Concerning Violence reprend toutefois la structure du livre, notamment via son découpage en neuf chapitres. Ce choix aurait pu conduire à une certaine linéarité, mais on est confronté à une véritable mosaïque de témoignages, alimentée par les diverses scènes d’archives sur les  conflits armés et les marches de guérillos à travers la jungle. Toutes ces images, postérieures à la publication du livre, retracent les guerres de décolonisation dans différents pays et époques. On retrouve des militants du MPLA en Angola, le groupuscule du FRELIMO au Mozambique ou encore des mineurs grévistes au Libéria. Un spectateur non averti se voit dès lors rapidement inondé par un flot d’informations visuelles livrées de manière quasi brute. La richesse des documents impressionne. Concerning Violence ne laisse pas indifférent nous forçant à prendre partie ou du moins, à se sentir concerné par ce qu’on voit. Car bien souvent la caméra multiplie les gros plans sur les visages des victimes et des résistants. Elle se concentre sur leur regard pour tenter de capter leur souffrance et leur colère afin de rendre palpable leur vécu dans tout ce qu’il y a d’insupportable. Plusieurs passages sont particulièrement durs, avec notamment cette femme mutilée qui murmure un discours inaudible, le regard fixe, tout en allaitant son enfant grièvement blessé. Face à ces plans, on peut se sentir dans une posture voyeuriste. Mais ne pas les montrer serait aussi une façon d’accepter l’aveuglement ou de refuser de se confronter à une réalité des plus intolérables.

 

Concerning Violence de Goran Olsson

Concerning Violence de Goran Olsson


Ainsi les réactions premières à la vision de Concerning Violence étant de l’ordre de l’émotionnel, de l’indignation pure, du choc ou de la compassion, on comprend vite que la démarche de Gӧran Olsson n’est pas didactique. Il ne livre pas d’analyse contextuelle ni de remise en perspective de l’histoire coloniale. Ce parti pris a pour défaut de mettre toutes les luttes sur le même plan. L’approche sur la décolonisation manque donc fortement de nuance. Peut-être que le véritable objet du film dépasse ce thème circonstancié. Mais dans ce mélange d’informations se dessinent nettement deux camps, l’Occident et le continent africain. Le documentaire ne dépasse jamais cette dualité. Et son message est clair : la puissance financière et matérielle de l’Occident provient de l’oppression des anciens pays colonisés. Le ton polémique surligne hélas trop ses intentions et dessert malgré lui cette réappropriation des Damnès de la Terre. Les derniers chapitres, qui mettent l’accent sur l’exploitation des matières premières de l’Afrique, font seulement échos aux relations entre l’Occident et les autres continents à l’ère des multinationales. On regrette alors qu’il réduise cette belle cause à une dénonciation lancinante et répétitive au lieu d’aborder son sujet avec plus de distance qui aurait dépassé la simple réaction épidermique.

 

  • CONCERNING VIOLENCE écrit et réalisé par Goran Hugo Olsson en salles le 26 novembre 2014.
  • Avec : Lauryn Hill.
  • Production : Tobias Janson, Annika Rogell.
  • Montage : Goran Olsson, Michael Aaglund, Dino Jonsäter.
  • Musique: Neo Muyanga
  • Distribution : Happiness Distribution.
  • Durée : 1h29

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