Livre/ Les chambres noires de David Fincher de Nathan Réra: critique

Publié par Jacques Demange le 11 novembre 2014

Résumé : Après avoir éprouvé les limites de l’art au contact des traumas de l’Histoire sur le Rwanda et la Shoah, et cherché à cerner la pensée d’un cinéaste trop souvent tenu à l’écart des études critiques dans Entretiens avec Paul Verhoeven, aujourd’hui Nathan Réra, docteur en histoire de l’art, pose sur le cinéma de David Fincher un regard décalé, apte à pénétrer les chambres noires qu’habitent les mystères de la création.

 

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Les chambres noires de David Fincher de Nathan Rera

Les chambres noires de David Fincher de Nathan Réra

Si l’on devait désigner les grands traits de l’univers de David Fincher, deux tendances se démarqueraient à coup sûr. D’abord, un attrait pour la technique et ses mutations, Fincher faisant parti des cinéastes ayant le mieux intégré la révolution numérique à l’esthétique de sa mise en scène. Ensuite, un goût purement classique pour la citation et la référence que l’on a un peu facilement étiqueté « postmoderne ». L’association de ces deux caractères explique en partie l’intérêt, jamais démenti de la critique et des spectateurs, pour ce cinéaste à la fois novateur et conscient de l’histoire de son médium. Ce sont pourtant ces deux tendances que l’ouvrage de Nathan Réra, Les chambres noires de David Fincher, publié en juin 2014 dans la collection Décors de Rouge Profond, prend à contre-pied tout en acceptant leur prégnance et leur importance. Loin de se restreindre à un phénomène contemporain, l’esthétique de Fincher balaye l’ensemble de l’histoire du cinéma et rentre en rapport avec différentes pratiques et pensées artistiques. À l’instar des détectives David Mills (Brad Pitt) et William Somerset (Morgan Freeman) dans Se7en (1995), Nathan Réra entreprend ainsi une enquête qui le conduit aux confins de l’esprit humain. L’indice n’est plus l’élément secondaire mais le matériau principal de l’étude qui, partant d’une photographie ou d’un tableau, associe l’univers de Fincher à ceux des peintres et photographes renommés. Les séquences de luttes dans Fight Club (1999) rencontrent les enchevêtrements abstraits des peintures de Francis Bacon, tandis que les flashs du photographe professionnel Joel-Peter Witkin éclairent l’entreprise du tueur de Se7en. Ailleurs, c’est une toile de l’artiste-peintre allemand Gerhard Richter (Onkel Rudi, 1965), qui fait écho à une photographie de Millenium (2011).

 

Nathan Réra traque ainsi l’irréductible fixité qui habite toute image en mouvement. Les analogies finiront par déborder le cadre des arts visuels pour se prolonger dans l’espace musical du groupe Nine Inch Nails, dont les paroles et les accords accompagnent l’écriture et la lecture des Chambres noires de David Fincher. La forme de cet essai entre en adéquation avec son fond. L’excellente mise en page – habituelle chez Rouge Profond – fait dialoguer images et texte à la manière d’un carnet empli d’indices à décrypter. On se prend alors au jeu et, à la manière du dessinateur-enquêteur Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal) dans Zodiac (2007), les citations égrenées deviennent pour nous signifiants, pris par l’implacable logique d’un jeu de piste jouissif. De films en films, de séquences en séquences, de plans à plans, Nathan Réra décuple les images pour parfaire l’unité de sa réflexion. Les mille facettes de l’œuvre de David Fincher, étudiées par Réra, créent des points de rencontres entre l’influence de modèles (Monet, Hitchcock) et la concordance de cinéastes contemporains (Mark Romanek, David Lynch), et procèdent à une anatomie des matériaux (le polaroid, l’argentique, le numérique) pour aboutir à une surface profuse.

 

Enfin, pour Nathan Réra, la caméra de Fincher « met en œuvre un décentrement du regard : comprendre la marche du monde (virtuelle ou réelle) nécessite de parcourir un vaste territoire d’images, d’en sillonner les marges et de les mettre en doute, de se déplacer constamment aux frontières du visible, d’en déceler avec patience les inquiétants signaux du futur. ». Telle est sa conclusion formulant à posteriori, comme le dénouement d’un thriller de Fincher, l’objectif d’une étude essentielle pour tout amoureux de cinéma, de ses constellations d’images et de pensées.

 

Jacques Demange

 

 

  • LES CHAMBRES NOIRES DE DAVID FINCHER de Nathan Réra en librairie depuis le 19 juin 2014 aux éditions Rouge Profonds
  • 144 pages
  • 16 €

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Source: CBO Box office

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