Waste Land de Pieter Van Hees: critique

Publié par Didier Flori le 24 mars 2015

Synopsis : Léo Woeste est inspecteur à la brigade criminelle de Bruxelles. Il vit avec Kathleen et leur fils Jack, 5 ans. Jour après jour, il explore les bas-fonds de la ville, le « Waste Land ». Sa famille lui permet de garder pied. Mais l’enquête sur le meurtre d’un jeune congolais amène Léo à rencontrer la soeur de la victime, une femme magnétique et déterminée. Entre rituels, fascination et vieux démons, l’équilibre de Léo semble plus que jamais menacé…

 

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Waste Land - affiche

Waste Land – affiche

Avec Waste Land, premier de ses films à sortir sur les écrans français, le belge Pieter Van Hees clôt une trilogie thématique qu’il avait amorcée avec Left Bank et Dirty Mind. Intitulé « anatomie de l’amour et de la douleur », ce cycle se conclut sur une œuvre noire et violente, dans la lignée du Bullhead de son compatriote Michaël R. Roskam. On y retrouve le même réalisme désespéré teinté de lyrisme tragique. Cependant, s’il ne manque pas d’intérêt Waste Land n’atteint pas l’intensité ni le niveau de maîtrise de l’œuvre percutante qui a révélé Matthias Schoenaerts. L’exposition comporte pourtant son lot de promesses. Le refrain proposé du policier affecté par l’horreur qu’il côtoie au quotidien n’est pas neuf mais Waste Land bénéficie d’atouts certains qui permettent d’en faire autre chose qu’une énième variation sur les codes rebattus du polar. C’est d’abord Jérémie Rénier qui retient l’attention. Qu’il joue des personnages ordinaires chez les Dardenne ou incarne Claude François dans CLOCLO (notre critique), Rénier a cette capacité d’investir et de nous faire croire en ses personnages. Choisi par Pieter Van Hees pour l’humanité qu’il apporte à ses rôles, l’acteur nous permet d’être en empathie immédiate avec le héros fragile et secret qu’il incarne. On est ensuite happés par la noirceur d’une scène où Léo prend la place d’une victime face à un suspect lors d’une reconstitution judiciaire.

 

Jeremie Renier dans Waste Land

Jeremie Renier dans Waste Land

 

L’introduction passée, Waste Land fascine par sa plongée dans le milieu peu exploré de la communauté congolaise de Bruxelles. On découvre aux marges de l’univers urbain la présence de traditions tribales, à travers l’intrigue d’un trafic de statuettes pillées. Cette rencontre produit une atmosphère trouble, où s’immisce le doute d’un fantastique qui échapperait à la rationalité d’une enquête policière. Les fantômes du colonialisme belge occupent bientôt le devant de la scène, comme la source d’un mal souterrain mais pas moins effrayant. Le tout culmine dans un match de boxe où le mélange de brutalité physique et de sorcellerie présumée provoque une réelle angoisse. Malheureusement la scène qui suit, rencontre entre Léo et la figure un peu caricaturale du mal qu’il poursuit, annonce la faiblesse du métrage dans le second acte.

 

Waste Land de Pieter Van Hees

Waste Land de Pieter Van Hees

 

Le récit policier, à la structure lâche mais à la tension belle et bien présente, se désagrège à mesure que l’intrigue se recentre sur l’étude psychologique de son héros tourmenté. Pieter Van Hees ne propose hélas pas assez de nuances dans ce registre, illustrant la trajectoire de son protagoniste vers la folie à coup de symbolique psychanalytique assez lourde. L’isolement paranoïaque de Léo revêt vite un caractère répétitif et l’on s’ennuie un peu aux côtés d’un héros perdu dans ses obsessions. Waste Land ne tient donc pas narrativement toutes ses promesses, mais on reconnaît néanmoins à Pieter Van Hees un sens de la mise en scène baroque qui ravive notre intérêt. Des terrains vagues désolés de Bruxelles au chemin labyrinthique souterrain emprunté par Léo dans un final halluciné, ce thriller inégal mais intriguant est traversé de visions qui nous hantent longtemps après sa projection.

 

 

  • WASTE LAND écrit et réalisé par Pieter Van Hees en salles le 25 mars 2015.
  • Avec : Jérémie Rénier, Natali Broods, Babetida Sadjo, Peter Van den Begin, Peter Van den Eede, Mourade Zeguendi…
  • Production : Eurydice Gysel, Koen Mortier
  • Photographie : Menno Mans
  • Décors : Geert Paredis
  • Montage : Nico Leunen
  • Son : Marc Engels
  • Costumes : Catherine Marchand
  • Distributeur : Chrysalis Films
  • Durée : 1h37

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