Cannes 2015/ Maryland de Alice Winocour: critique

Publié par Guillaume Ménard le 17 mai 2015

Synopsis : De retour d’Afghanistan, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ». Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…

 

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Maryland - affiche

Maryland – affiche

Second long métrage pour Alice Winocour après Augustine, création audacieuse explorant le thème de la folie. Pour Maryland, projeté dans la section Un certain Regard au 68e Festival de Cannes, la jeune réalisatrice a su s’entourer d’un casting de choix, Diane Kruger et le Belge Matthias Schoenaerts. Au cours de l’introduction d’une dizaine de minutes, La réalisatrice nous présente Vincent, un ancien soldat de retour d’Afghanistan et reconverti temporairement en agent de sécurité dans une villa appartenant à un homme d’affaires libanais aux activités douteuses. La mise en scène impressionne d’emblée, assurant un esthétisme léché. La caméra au poing, on découvre que le soldat souffre d’hallucinations et de crises d’angoisse. Le rythme est rapide ne laissant aucun temps mort, le montage corrosif et la photographie neurasthénique qui alterne les flous artistiques et les éclairages nuancés. On est ainsi aussitôt embarqués dans cette exposition de haute volée, qui montre Vincent prêt à exploser lors d’une soirée à la villa. Cette paranoïa au coin de chaque plan joue sur le focus et l’arrière-plan, et isole ainsi ce personnage. On pénètre dès lors dans des temporalités dissonantes et étirées au cours de ces instants de panique et de fureur refoulées. Il est ensuite nommé responsable de la sécurité de Jessie (Diane Kruger), la femme du propriétaire et de leur jeune fils.

 

Maryland de Alice Winocour

Diane Kruger et Matthias Schoenaerts dans Maryland de Alice Winocour

 

L’espace est clairement maîtrisé dans Maryland (nom de la villa) qui joue sur l’opposition des lieux extérieurs et de l’immense demeure. Dans celle-ci, la notion d’enfermement est de mise, notamment dans sa seconde partie. Ce véritable No Man’s Land est surveillé par des dizaines de caméra qui instaurent un climat de tension renvoyant à la mécanique de Panic Room pour s’achever dans une séquence finale d’une brutalité inouïe. Mais ce que Maryland apporte en terme de maîtrise technique et de sous-texte sur les dérives d’un traumatisme (le passé militaire de Vincent), souffre d’un autre côté de dialogues creux et de figures déjà vues. La dynamique instaurée entre Jessie, Vincent et son fils sur fond criminel n’est pas sans rappeler DRIVE (notre critique), héros introverti capable de se transformer en machine à tuer après sa rencontre avec une mère de famille dont le mari est gangster. Malheureusement, le personnage de Diane Kruger manque de profondeur, et Matthias Shoenaerts ne fait que répéter un numéro bien huilé déjà effectué dans Bullhead et De Rouille et d’Os. Cette nouvelle performance est pourtant intéressante, mais ne réinvente en rien les enjeux du stress post-traumatique d’un soldat.

 

Diane Kruger et Matthias Schoenaerts dans Maryland de Alice Winocour

Diane Kruger et Matthias Schoenaerts dans Maryland de Alice Winocour

 

Les ressorts dramatiques sont pourtant amenés d’une main de maître visuellement et bénéficient d’une atmosphère oppressante et psychotique. L’action se focalise sur cette âme tourmentée qui se confronte à lui-même, entre réalité et psychose, provoquant le doute chez le spectateur par rapport à ce qu’il voit à l’écran. La trame sonore underground de Gesaffeltstein est d’une profondeur saturnienne et se révèle déterminante dans l’évolution du récit, qui bascule d’un instant à l’autre dans la folie meurtrière. Ainsi, Maryland constitue malgré tout un excellent divertissement en dépit d’un problème de fond sur sa symbolique et de la maladresse de certaines répliques. Il serait ainsi dommage de passer à côté de cette claque visuelle originale et de ce personnage borderline qui confirme les talents indéniables de cette réalisatrice à suivre.

 

 

  • MARYLAND de Alice Winocour en salles le 30 septembre 2015.
  • Avec : Matthias Schoenaerts, Diane Kruger, Paul Hamy, Frank Torrecillas, Percy Kemp, Victor Pontecorvo, Mickaël Daubert, Zaïd Errougui-Demonsant…
  • Scénario : Alice Winocour avec la collaboration de Jean-Stéphane Bron
  • Production : Emilie Tisné, Geneviève Lemal, Isabelle Madelaine
  • Photographie : Georges Lechaptois
  • Décors : Samuel Deshors
  • Costumes : Pascaline Chavanne
  • Montage : Julien Lacheray
  • Compositeur : Gesaffeltstein
  • Distribution : Mars Films
  • Durée : 1h41

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