Synopsis : Pierre et Manon sont pauvres. Ils font des documentaires avec rien et ils vivent en faisant des petits boulots. Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, et elle devient sa maîtresse. Mais Pierre ne veut pas quitter Manon pour Elisabeth, il veut garder les deux. Un jour Elisabeth, la jeune maîtresse de Pierre, découvre que Manon, la femme de Pierre, a un amant. Et elle le dit à Pierre… Pierre se retourne vers Manon parce que c’est elle qu’il aimait. Et comme il se sent trahi, il implore Manon et délaisse Elisabeth. Manon, elle, rompt tout de suite avec son amant. On peut supposer que c’est parce qu’elle aime Pierre.

 

 

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L'Ombre des Femmes - affiche

L’Ombre des Femmes – affiche

Avec L’Ombre des Femmes, Philippe Garrel marque son retour à la Quinzaine des Réalisateurs après Le Lit de la Vierge en 1969. Le cinéaste des Amants Réguliers et de La Jalousie poursuit ici son exploration dans les relations de couple et le sentiment amoureux, thématiques récurrentes dans sa filmographie. Ce drame intimiste, qui a fait l’ouverture de la 47e édition de cette section parallèle au Festival de Cannes, esquisse ainsi le portrait de Pierre et Manon qui tentent de résister face aux épreuves et aux tourments de l’amour avec ses trahisons, ses mensonges, ses tromperies, ses lâchetés, son égoïsme et son aveuglement inhérents. Rien de nouveau sous le soleil donc, toujours ce temps gris persistant qui plane au-dessus de deux amoureux qui ne semblent pas encore affranchis de ce carcan passéiste des générations précédentes. Avec la collaboration entre autres à l’écriture de Jean-Claude Carrière, Philippe Garrel, enfant de la Nouvelle Vague, s’y plonge – voire enfonce le clou – soulignant que les relations n’ont pas changé et se contentent de franchir les étapes par la force des choses. Avec toujours les mêmes exigences de mise en scène minimaliste, il dépeint deux êtres qui évoluent à travers une vision du couple aussi surannée que la texture photographique en noir et blanc de Renato Berta, collaborateur émérite de Godard, Rohmer ou encore de Resnais. Tournée comme de coutume en 35mm et dans l’ordre chronologique des scènes, la caméra suit ainsi le cheminement émotionnel de ce couple de documentaristes, au rythme de la bande son discrète de Jean-Louis Aubert après celle de La Jalousie.

 

Clotilde Courau et Stanislas Merhar dans L'Ombre des Femmes

Clotilde Courau et Stanislas Merhar dans L’Ombre des Femmes

 

Si Pierre aime Manon et inversement, leur vie s’est construite et installée sur des attentes, des espoirs, des silences et des non-dits qui ne les satisfont pas. Ils tentent de survivre tant bien que mal entre leurs jobs alimentaires et le désir de Pierre, soutenu par Manon, de réaliser un documentaire sur les résistants de la Seconde Guerre mondiale, suite à la mort de son père. Ce malaise latent se déclenche lorsqu’il rencontre une jeune stagiaire avec laquelle il entame une liaison qui produit un effet boule de neige sur le couple. De l’ombre à la lumière, tous deux, en proie à leurs propres dilemmes et questionnements, vont dès lors se tromper, se trahir, se maudire, se quitter, se retrouver.

 

Stanislas Mehrar peine ici à s’extraire de ce rôle antipathique, impassible, lâche et égoïste, dévoré par des certitudes poussiéreuses et cette insécurité masculine post-féministe. Face à lui, Clotilde Courau impose en revanche magistralement sa présence solaire. À la fois bouleversante, forte et à fleur de peau, elle joue constamment vrai, ne feinte pas et fait vibrer le cœur de cette histoire, en dépit d’une écriture de personnage tout aussi cloisonné via cet aveuglement amoureux. Même constat pour Lena Paugam, certes trop douce et effacée, qui parvient à tirer son épingle du jeu in extremis dans ce rôle ingrat de l’amante. Ces écarts de prestation ont tendance quelque peu à déséquilibrer le récit, lequel juxtapose en parallèle cette étrange allégorie sur la résistance, à la fois du coeur et contre la guerre, l’adversité, les tromperies, les faux-semblants. Si cette variation sur l’amour et ses contrariétés a souvent été abordée chez Garrel, L’Ombre des Femmes trouve toutefois sa raison d’être, grâce notamment à un dénouement lumineux et émotionnel qui se libère enfin de ses oripeaux.

 

 

 

  • L’OMBRE DES FEMMES de Philippe Garrel en salles le 27 mai 2015.
  • Avec : Clotilde Courau, Stanislas Mehrar, Lena Paugam, Virnala Pons, Mounir Margoum, Jean Pommier, Thérèse Quetin, Antoinette Moya…
  • Scénario : Jean-Claure Carrière, Caroline Deruas, Arlette Langmann, Philippe Garrel
  • Production : Saïd Ben Saïd, Michel Merkt
  • Photographie : Renato Berta
  • Montage : François Gédigier
  • Décors : Emmanuel de Chauvigny
  • Costumes : Justice Pearce
  • Musique : Jean-Louis Aubert
  • Ditribution : SBS Distribution
  • Durée : 1h13

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