Résumé : Première femme réalisatrice, portée sur les fonds baptismaux du cinématographe par Léon Gaumont, Alice Guy aussi connue sous le nom d’Alice Blaché est un personnage hors-norme. Elle a marqué cette industrie naissante par son imagination visionnaire et sa force de caractère. Elle a dominé toute la période pré-hollywoodienne, produisant, réalisant plus de mille films, depuis les photoscènes, sortes de mini-métrages projetés alors par les forains, jusqu’aux fresques applaudies dans les plus grands cinémas d’Europe et des Etats-Unis où elle vécut une grande partie de sa vie. Emmanuelle Gaume, également productrice, dévoile au grand public cette vie exaltante.

 

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Alice Guy premiere femme cineaste de lhistoire

Alice Guy premiere femme cinéaste de l’histoire

De nombreuses fées et quelques sorcières se sont penchées sur le berceau d’Alice Guy. Mais qui sait si les secondes ne lui ont pas été plus bénéfiques que les premières ? Emmanuelle Gaume, journaliste, productrice et animatrice de télévision, raconte le parcours incroyable de cette femme dans Alice Guy, la première femme cinéaste de l’Histoire. Elle y décrit son enfance tourmentée entre un père ombrageux et une mère insoumise, cette sœur, Marguerite, qui la hait au premier regard, son arrivée au Chili à l’âge de 5 ans, ses traits métissés car enfant de l’adultère, l’assassinat sous ses yeux de son père biologique, un Indien chef des révoltés Mapuches. Mais aussi le pensionnat, la ruine, les séparations et enfin, naître femme en 1873, c’est-à-dire condamnée à vivre sous la coupe des hommes. Tous ces faits ne sont-ils pas autant de présages qui ont forgé la personnalité d’une femme de cette trempe ? Alice Guy est définitivement une fille de l’orage au milieu duquel brillent malgré tout pas mal d’arcs-en-ciel. Emile Guy, le mari de sa mère, est libraire et éditeur à Valparaiso. Elle vient donc d’un milieu aisé et cultivé, et reçoit une excellente instruction dans des établissements privés. Elle est redoutablement intelligente et ses dons sont encouragés par sa mère qui la chérit. Sa beauté ravageuse fait aussi soupirer quantité d’hommes qu’elle rejette car, furieusement indépendante, elle veut conserver sa liberté quitte à rester « vieille fille », terrible menace pour une femme de ce temps-là. Mais elle ne fait pas que séduire. Elle intéresse aussi. Elle a des idées et désire travailler pour survivre avec sa mère dans un Paris où ne peinent que les bonnes, les maraîchères et les cousettes.

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Grâce aux méandres des relations sociales, elle fait la connaissance de Léon Gaumont. Il en fait sa secrétaire puis très rapidement, et à bon compte car on le surnomme « Le Barbelé », sa productrice. Il vient de breveter l’invention de l’ingénieur Demenÿ, une drôle de machine au nom de phonoscope, qui permet d’enregistrer son et image, l’ancêtre du video-disque. C’est juste au moment où les Frères Lumière lancent le cinématographe et que naît la maison Pathé. Cela n’empêche pas Alice de progresser. Très vite, elle écrit des petits scénarios et les réalise elle-même. Ainsi La fée aux Choux, l’histoire d’une fée qui fabrique des bébés, est la toute première fiction sur pellicule qui devance de peu Méliès et son Voyage dans la Lune. Depuis, on a oublié l’une et sanctifié l’autre au firmament du cinéma.

 

Pour retracer l’histoire de cet Ovni du muet, Emmanuelle Gaume a choisi la linéarité de la chronologie, de l’éveil à la vie à l’extinction professionnelle d’un véritable génie. Elle explore tous les domaines : les frustrations, les convenances, le féminisme, l’infidélité, le sexe, le cinéma avec ses vedettes pré-hollywoodiennes, et les déchirements d’une enfant devenue pionnière dans son domaine – comme Marie Curie ou Louise Weiss. Elle aborde aussi les tristes contingences de l’amour, du mariage, du divorce et de l’oubli, sans jamais approfondir vraiment le contexte sociétal. Il est vrai que chaque sujet est vaste et la personne d’Alice Guy complexe. Mais tel n’est peut-être pas le propos. Car l’époque où se déroulent les faits se situe à un tel tournant culturel et industriel (aujourd’hui, on parlerait de mondialisation) qu’il faudrait sans doute plus de ces 400 pages à l’eau de rose pour saisir le parcours d’Alice Guy. Cette épouse Blaché-Bolton fut à la fois une amoureuse éperdue de Herbert, une mère aimante de Simone et Réginald et une créatrice de Solax, l’une des plus importantes compagnies de production américaines de son temps, après avoir été l’un des piliers de la Cité Elgé aux Buttes-Chaumont, la compagnie Gaumont.

 

Alice Guy

Alice Guy

 

Le style romancé de cette biographie, qui nous entraîne dans les moments les plus intimes d’une femme exceptionnelle, réduit souvent le destin d’Alice à celui d’une amoureuse exigeante, trompée, bafouée puis ruinée par son mari. Une constante dramatique qui lui fit manquer, comme beaucoup d’autres, le passage au cinéma parlant sous le soleil de Hollywood. Pourtant, elle fut celle qui a mis le pied à l’étrier à de grands auteurs-réalisateurs tels Louis Feuillade (Fantômas). Le roman s’arrête dès lors en 1922. Alice Guy-Blaché est décédée en 1968. Quelques centaines de pages supplémentaires auraient été bienvenues pour expliquer le devenir de ce personnage. Car si elle n’a pu certes satisfaire sa passion cinématographique au-delà de son échec américain, elle n’a jamais cessé de vivre, d’écrire et d’aimer les siens.

 

En dépit des maladresses du roman, du langage simplifié pour faire goût du jour, Alice Guy, la première femme cinéaste de l’Histoire, bénéficie du plus grand des mérites : mettre en « lumière » une femme célébrée par Martin Scorcese cité en exergue : « C’était une réalisatrice exceptionnelle, d’une sensibilité rare, avec un regard incroyablement poétique et un instinct formidable pour choisir les bons lieux de tournage. Elle a écrit, dirigé et produit plus de mille films. Et pourtant, elle a été oubliée par l’industrie qu’elle a contribué à créer. ». Ce discours émane de la remise du prix Lifetime Achievement Award à New York en octobre 2001 pour honorer l’ensemble de la carrière de cette femme. L’ouvrage donne envie d’en savoir plus sur l’incroyable Alice Guy, que l’on soit amateur de cinéma ou de destins particuliers…

 

 

  • ALICE GUY – LA PREMIÈRE FEMME CINÉASTE DE L’HISTOIRE de Emmanuelle Gaume disponible en librairie depuis le 15 mai 2015, aux éditions Plon.
  • 460 pages
  • 21,90 €

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Source: CBO Box office

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