The Witch de Robert Eggers : critique

Publié par Laurianne de Casanove le 24 mai 2016

Synopsis : 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

 

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The Witch - affiche

The Witch – affiche

Le premier film de Robert Eggers débarque sur les écrans précédé d’une réputation sulfureuse. Depuis qu’il a remporté le prix du meilleur réalisateur au Festival de Sundance en janvier 2015, The Witch a fait le buzz. Comme souvent, il faut se méfier des campagnes marketing, et ceux qui s’attendent à découvrir le film le plus terrifiant de l’année seront sans doute un peu déçus. On peut d’ailleurs lui reprocher quelques longueurs et un rythme particulièrement lent. Alors, un film sur la peur, oui, avec de l’horreur, oui aussi, mais davantage dans la veine de Shining. Il s’agit d’abord d’une plongée angoissante dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle. Nous sommes en Nouvelle-Angleterre, en 1630, soit une soixantaine d’années avant la chasse aux sorcières qui a mené au procès de Salem. La reconstitution historique est particulièrement précise ; chaque détail est pensé, des assiettes en bois aux nuances de la langue. Robert Eggers explique d’ailleurs s’être servi de textes datant de cette époque pour écrire ses dialogues. D’où un vouvoiement qui rigidifie les liens entre les personnages et rend presque palpable le carcan dans lequel ils sont enfermés. Cette gangue est faite de paranoïa et de fanatisme religieux. En effet, The Witch n’est pas seulement un conte horrifique, c’est aussi une réflexion sur le fondamentalisme. Les membres de cette famille sont hantés par l’idée du péché. Leur bigoterie déforme le réel. Ainsi, l’intrigue oscille entre délire paranoïaque et créature surnaturelle. Tout au long du récit, Eggers entretient subtilement le doute. Qui a raison ? Y a-t-il vraiment une sorcière ? Le spectateur lui-même a du mal à se faire une opinion. Ce mal qui rôde, cette circé lugubre est-elle autre chose que la métaphore d’un éveil à la sexualité ? Caleb, jeune adolescent, refoule ses pulsions et Thomasin quitte l’enfance. De ce point de vue, la scène finale pourrait d’ailleurs être interprétée comme une émancipation ultime de la femme.

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The Witch

The Witch

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Le choix des interprètes est excellent. Ralph Ineson et Kate Dickie sont particulièrement justes dans le rôle des parents. Très crédibles aussi, Anya Taylor-Joy (Thomasin) et Harvey Scrimshaw (Caleb). Quant à Ellie Grainger (Mercy) et Lucas Dawson (Jonas), ils sont terriblement inquiétants dans la peau des deux plus jeunes enfants du couple. Au-delà du propos, The Witch se caractérise par une impressionnante maîtrise formelle. Le récit s’ouvre sur une scène de procès mais la caméra ne nous montre pas immédiatement ce qui se passe. On ignore qui regarde, et même qui est jugé. Il en va de même au moment où la famille de Thomasin quitte la colonie. Ne sachant quel point de vue adopter, le spectateur a parfois l’étrange impression de faire partie du récit. En découle un fort sentiment d’empathie qui ne fait que renforcer son angoisse lorsque les personnages se dressent les uns contre les autres. Les scènes les plus dures sont cependant toujours suggérées. Une main ridée sur un ventre rond de bébé, une vieille femme nue au milieu de la forêt : on devine plus que l’on ne voit. Un procédé de mise en scène particulièrement efficace qui laisse l’imagination du spectateur faire le travail.

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The Witch

The Witch

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La photographie renforce encore ce sentiment d’angoisse, par des couleurs froides et sombres. Dans ce camaïeu austère, des touches de rouge éclatent parfois. Amour, colère, sexe, danger, cette nuance chargée d’ambiguïté éveille des sensations contraires chez le spectateur. La lumière quant à elle, sublime les paysages. La forêt au bord de laquelle vit la famille devient un personnage à part entière du récit. Elle respire, elle murmure. Les branches et les troncs sont filmés de telle sorte qu’ils deviennent les membres d’un monstre gigantesque. On retrouve ici la peur primale inspirée par les bois dans de nombreux contes de fées. La musique, faite de sonorités dissonantes et de chœurs féminins qui semblent presque possédés, est aussi très bien employée. Ces moments de dysharmonie provoquent un certain malaise chez le spectateur et participent à sa psychose. Au final, The Witch est un film élégant, une poésie macabre qui se révèle plus complexe qu’une simple histoire de sorcière. Si les amateurs de grands frissons risquent d’être déçus, l’œuvre n’en reste pas moins réussie. Une chose est sûre, avec ce premier long métrage, Robert Eggers fait une entrée remarquée dans le monde du cinéma.

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  • THE WITCH écrit et réalisé par Robert Eggers en salles le 15 juin 2016.
  • Avec : Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie, Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson, Julian Richings, Bathsheba Garnett, Wahab Chaudhry…
  • Production : Jodi Redmond, Daniel Bekerman, Lars Knudsen, Rodrigo Teixeira, Jay Van Hoy
  • Photographie : Jarin Blaschke
  • Montage : Louise Ford
  • Décors :  Mary Kirkland, Craig Lathrop
  • Costumes : Linda Muir
  • Musique :  Mark Korven
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 1h30

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Source: CBO Box office

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