Livre/ Et vogue le cinéma par Patrick Brion et Georges Di Lallo : critique

Publié par Jacques Demange le 23 novembre 2016

Résumé : Combien de cinéastes ont lancé leurs caméras à l’assaut du monde de la mer, des marins et des mariniers, des croisières et des frégates ? Titanic de James Cameron, Les révoltés du Bounty ou Les dents de la mer et, auparavant, les adaptations des grands romans populaires comme Moby Dick ou Vingt mille lieues sous les mers, hantent tous les imaginaires. Le bateau y est vecteur de conquête, moyen de découverte, espace d’apprentissage, terrain d’aventure, lieu de vie où les destins humains se nouent et se dénouent. Les auteurs, Patrick Brion et Georges Di Lallo s’ingénient à croiser deux inventions technologiques majeures : le bateau et le cinéma. 

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Et vogue le cinema - couverture

Et vogue le cinéma – couverture

En deux volumes, Patrick Brion et Georges Di Lallo avaient exploré les récurrences du motif ferroviaire à travers l’analyse de films plus ou moins connus dans Le Train fait son cinéma. La démarche ayant fait ses preuves, les auteurs ont décidé de renouveler l’expérience. Cette nouvelle étude consacrée au bateau prendra donc modèle sur le précédent essai, puisqu’un second tome est déjà prévu et sera exclusivement consacré aux productions mettant en scène des navires de guerre. Du rythme de croisière au péril en haute mer, la traversée entreprise par les auteurs visent le général, brassant en un seul et même mouvement, cinématographies, genres et époques. En voilier ou en paquebot, mais toujours par la voie des eaux, l’étude prend la forme d’une cartographie maritime de la planète cinématographique s’étendant sur près d’un siècle (du Ben-Hur réalisé par Fred Niblo en 1924 à Au Coeur de l’Océan de Ron Howard en 2015) et abordant pas moins de cent cinquante films. Le lecteur retrouve ici la méthode à l’origine des deux précédentes études. La perspective chronologique et le séquençage film par film déterminent la conduite du navire, tandis que la présence de synopsis permet de garder le cap durant la lecture des analyses. Aux super-productions type Noé (Darren Aronofsky, 2014) ou Cléopâtre (Joseph L. Mankiewicz, 1963) répondent des oeuvres plus intimistes, comme Le couteau dans l’eau (Roman Polanski, 1962), le cadre du bateau apparaissant pour ce dernier comme une nécessité économique porteuse de nombreuses potentialités dramatiques.

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Les commentaires fourmillent d’anecdotes éclairant certains aspects de la production des films envisagés ou revenant sur le contexte de leur réception. Tandis que Plein Soleil permet de situer le style de René Clément, cinéaste vilipendé par les jeunes critiques des Cahiers du Cinéma mais pourtant annonciateur de certains traits caractéristiques des futures mises en scène de la Nouvelle Vague, Brion et Di Lallo rappellent les réactions négatives que reçu Capitaine Phillips de Paul Greengrass de la part des membres du véritable équipage décrit par le film. La légende, on le sait, est souvent plus belle que la réalité, même si parfois la petite histoire du tournage n’a rien à envier à l’épopée mise en scène (All is Lost, JC Chandor). Au fil des pages, les auteurs reviennent sur des films peu connus (la version allemande du Titanic réalisée par Herbert Selpin en 1943) ou injustement mésestimé (Le poids de l’eau de Kathryn Bigelow).

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L’étude intéresse donc le cinéphile confirmé, tandis que la riche iconographie fournie par les éditions Riveneuve sait captiver l’amateur éclairé. On regrette néanmoins, à l’instar des volumes consacrés au train, que le motif du bateau ne soit pas toujours placé au centre des analyses. Parfois secondaire, n’apparaissant qu’à un court moment du film, le navire s’apparente à un prétexte permettant de s’attarder sur une oeuvre appréciée pour d’autres de ses qualités. Il est par ailleurs dommage qu’aucune bibliographie ne soit proposée au lecteur alors que l’écrit use fréquemment de références. Ces écarts restent cependant mineurs au regard de l’ensemble de l’entreprise, et dont le premier mérite est d’inviter à raviver certains de ses souvenirs (ah, le Barbe-Noire le pirate falstaffien de Raoul Walsh, les 20 000 lieues sous les mers de Richard Fleischer) ou à s’en construire de nouveaux par la découverte de films qui prennent l’apparence de trésors oubliés.

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  • ET VOGUE LE CINÉMA par Patrick Brion et Georges Di Lallo disponible chez Riveneuve éditions, Collection « Cinéma » depuis le 27 octobre 2016.
  • 256 pages
  • 34 €

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