Livre/ Mister Everywhere : critique

Publié par Charles Villalon le 20 janvier 2017

Résumé : Il croisa John Ford, Raoul Walsh, fut l’ami de Joseph Losey, Fritz Lang et Abbas Kiarostami, amena Jane Campion et Quentin Tarantino au Festival de Cannes, dénicha des cinéastes talentueux inconnus aux Philippines ou en Corée… Pierre Rissient, tour à tour programmateur de cinéma, attaché de presse aux côtés de Bertrand Tavernier, distributeur, producteur, réalisateur, est bien ce « Mister Everywhere » du cinéma, tel que le surnomme Clint Eastwood qu’il fut le premier à défendre comme cinéaste. Dans cet ouvrage d’entretiens, Pierre Rissient se livre à l’exercice délicat de la mémoire entre les auteurs qui l’on construit, ces « monstres » du cinéma qu’il a croisés, ses envies et ses réflexions, que ce soit pour vanter les trésors du cinéma muet et ces « jeunes Américains », évoquer des cinéastes de la liste noire ou des talents tombés dans l’oubli… Il explore cette galaxie du septième art dont il est un éternel amoureux avec la même énergie qu’à ses débuts. Passionné et passionnant, cinéphile éclairant et éclaireur, Pierre Rissient reste, aujourd’hui et demain, un spectateur hors pair.

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Mister Everywhere par Pierre Rissient

Mister Everywhere par Pierre Rissient

Pierre Rissient est un personnage confidentiel du cinéma français. Jusqu’à la parution de Mister Everywhere, prix Transfuge 2016 du meilleur livre de cinéma, il était resté méconnu des plus jeunes cinéphiles hexagonaux. Tout juste avait-on pu, ces dernières années, voir quelques-unes de ses anecdotes les plus farfelues sur des légendes du cinéma être adaptées en  bande dessinée dans le magazine SoFilm. Pierre Rissient, né en 1936, a été assistant-réalisateur, attaché de presse, sélectionneur de festival, producteur, réalisateur, programmateur… mais jamais critique. Contrairement à d’autres cinéphiles de sa génération qui, comme lui, ont gravité autour des cinéastes, tels Jean Douchet, Noël Simsolo ou encore Serge Daney, Pierre Rissient n’a rien écrit, à l’exception d’un livre sur Joseph Losey publié en 1960. Ce qui explique sans doute sa faible notoriété. Ce livre d’entretiens avec Samuel Blumenfeld, critique au Monde, qui en avait déjà publié un autre excellent avec Brian De Palma en 2001 aux éditions Calmann-Levy, offre donc l’occasion de découvrir cette figure marginale et insaisissable du cinéma français. Insaisissable car jamais au même endroit, comme le révèle bien le surnom que lui a donné son ami Clint Eastwood et qui sert de titre au livre. Parcourant les souvenirs d’un homme qui a passé sa vie dans le monde du cinéma, Mister Everywhere offre avant tout le grand intérêt de permettre à des cinéphiles aguerris mais toujours curieux de se voir signaler un grand nombre de cinéastes qui n’apparaissent que rarement dans les histoires du cinéma. Leslie Stevens (dont les films commencent à être édités en DVD) ou Cy Enfield aux États-Unis, Lino Brocka ou Ritwik Ghatak en Asie, autant de noms pas ou peu connus que les dithyrambes enflammés de Rissient donnent largement envie de découvrir. Le corollaire un peu frustrant de ses nombreuses allusions est leur caractère nécessairement bref, qui ne permettent guère de se faire une idée nette des œuvres qu’elles évoquent. Raison de plus, ceci étant, pour aller voir par soi-même – quand les films en question sont disponibles, ce qui n’est pas toujours le cas. L’autre atout du livre est la façon dont Rissient nous fait partager l’intimité de certains grands cinéastes classiques qu’il a bien connu, tel Fritz Lang, à propos duquel les multiples anecdotes dispersées au fil des chapitres donnent une image précise et vivante. De la même façon, son traitement du cas Eastwood est exemplaire. À une époque où certains critiques français tendent à balayer son œuvre sous le tapis au nom de sa sensibilité politique, et alors qu’il vient de sortir dans une certaine indifférence l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, il est réjouissant de lire Rissient défendre le grand cinéaste américain, mêlant les arguments de l’ami dévoué et du spectateur admiratif. Mais s’il fallait le résumer en un mot, ce livre serait avant tout une longue balade, un brin nostalgique, dans le monde du cinéma, pleine de surprises, de souvenirs et de découvertes.

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Charles Villalon

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  • MISTER EVERYWHERE par Pierre Rissent et Samuel Blumenfeld, avec la participation de Marc Bernard, disponible aux éditions Institut Lumière / Actes Sud depuis le 14 septembre 2016.
  • 300 pages
  • 23€

  

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