Livre/ Les Révolutions de Mad Men par Damien Leblanc : critique

Publié par Jacques Demange le 20 mars 2017

Résumé : Récompensée par de nombreux prix et soutenue par des admirateurs fidèles, Mad Men a réinventé, entre 2007 et 2015, le concept de série télévisée historique. Durant sept saisons, elle a ainsi présenté l’Amérique des années 1960 à travers le regard de personnages travaillant dans la publicité et assistant aux multiples changements qui secouent la société. Au-delà de sa réputation glamour, Mad Men se distingue par un univers narratif captivant, porté par un héros, Don Draper, qui peine à s’adapter à une époque marquée par l’émancipation des femmes ou la révolte de la jeunesse. Faisant évoluer son esthétique au fil du temps pour retranscrire l’intensité de ces bouleversements intimes et collectifs, la série s’est imposée comme une vibrante épopée sentimentale, doublée d’un ambitieux portrait des États-Unis d’hier et d’aujourd’hui. 

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Les revolutions Mad Men - couverture

Les révolutions Mad Men – couverture

Produit par la chaîne AMC, Mad Men (2007-2015) fait partie de ces séries qui surent convaincre les plus réticents des cinéphiles. En sept saisons et quatre-vingt-douze épisodes, Matthew Weiner, créateur et showrunner, est parvenu à dépeindre avec sensibilité l’atmosphère culturelle et sociale d’une époque. À travers le parcours du publicitaire new-yorkais Don Draper (Jon Hamm), Mad Men propose à son spectateur une traversée des sixties, décennie marquée par l’émergence progressive de nouveaux codes et de nouvelles valeurs. The Times They Are a-Changin’ chantait Bob Dylan en 1964. Tout un symbole. La notion de « révolution » choisie par Damien Leblanc, critique de cinéma et de séries pour Première, afin d’encadrer son étude se révèle alors particulièrement pertinente. La révolution associe une forme évolutive à un principe de répétition, de laquelle résulterait, pour reprendre les mots de l’auteur, une « tension entre des destinées romanesques et des temporalités mouvantes. ». Continuité et aliénation pour une structure biface qui pousse Leblanc à développer ses arguments autour de différentes clés interprétatives. Pas une donc, mais plusieurs révolutions qui correspondent à autant d’axes de recherche. L’ensemble des aspects de la série profitent d’une analyse fouillée qui sait répondre aux attentes des inconditionnels de la série, mais pas seulement. Au fil des pages, Leblanc livre une description très précise de l’atmosphère de l’Amérique des années soixante et de leur traitement à l’écran. À cette approche mythographique et civilisationnelle s’ajoute un intérêt particulier pour la place occupée par les rapports entre femmes et hommes au sein de la série. Cette perspective permet de revenir sur le développement de certaines thématiques (la question du passé, de l’héritage, ou de la marginalité).

 

Mad Men

Mad Men

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L’un des points forts de l’ouvrage est d’offrir une place importante aux questions de forme. Leblanc analyse avec expertise l’évolution de la mise en scène au fil des saisons. Des contre-plongées cloisonnant les personnages dans un cadre clos à la manière d’illustrations de Rockwell, l’espace s’élargit, offrant une nouvelle importance à la profondeur de champ. Une évolution spatiale qui va de pair avec une transformation du décor, permettant à l’auteur de développer d’intéressantes comparaisons avec le cinéma moderne, et notamment l’oeuvre de Michelangelo Antonioni, modèle tout à fait convaincant auquel on pourrait ajouter celui de Douglas Sirk.

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La dernière partie de l’ouvrage est consacrée au seul personnage de Don Draper. Figure centrale de la série, Draper incarne une existence contrariée et ambiguë dont Leblanc souligne les caractéristiques majeures. La description du personnage rejoint celle de son interprète, l’auteur relevant l’importance du regard hors-champ dans le système de jeu déployé par Jon Hamm. En plus de la sélection de douze épisodes proposé en fin d’ouvrage, le lecteur pourra retrouver de nombreux contenus additionnels sur le site internet de l’éditeur. À ce propos, concluons en félicitant l’initiative de Playlist Society qui avec cette collection consacrée aux séries prouve que ces dernières n’ont aujourd’hui plus rien à envier à leurs aînés cinématographiques. À l’instar du Walking Dead publié l’an dernier chez Rouge Profond, ces Révolutions de Mad Men confirment l’importance prise par ce type d’ouvrages à l’intérieur de la constellation éditoriale des images en mouvement. 

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  • LES RÉVOLUTIONS DE MAD MEN par Damien Leblanc disponible chez Playlist Society, Collection « Essai/séries », le 28 mars 2017.
  • 136 pages
  • Presse (14 €) – Numérique (7 €)

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